Il a fait chaud, il fait chaud, il va faire chaud. A tout moment, même quand une bise fraîche nous caresse la peau, il nous faut cet été croire aux incessantes canicules, et plus encore, au réchauffement climatique. Il faut dire que la météo est de la partie. Les 38 et 40 degrés se succèdent et les nuits chaudes épuisent là où manque la clim, là où les constructions modernes remplissent leur contrat en emmagasinant la chaleur, là où on est obligé de dormir à l’étage, sous les toits. Il fait certes chaud. Mais d’un autre côté, les applications de météo vous balancent des alertes jaunes quand il fait 28 °C et on nous parle d’inédit, quand ceux qui ne sont nés ni de la dernière pluie ni de la dernière sécheresse se rappellent juin 1976 et les arbres perdant leurs feuilles comme à l’automne, dès l’été. La météo est pénible… Oui, mais c’est la météo, pas le climat.
Les canicules que nous traversons sont des périodes dures à vivre, parce que les nuits ne se rafraîchissent pas comme elles le font habituellement dans les différentes régions à des degrés divers et ce sur plusieurs jours. Nous devons leur nom à l’inventivité des Romains de l’Antiquité qui, observant Sirius à son zénith aux jours les plus brûlants de l’été, tirèrent de sa constellation, Canis Major (le Grand Chien), le nom de la période où l’on peste le plus contre la chaleur. C’était une ère d’optimum climatique, comme allait l’être par la suite le Moyen Age : une période… chaude où le froid tue moins, où l’agriculture se développe. En tout cas, le phénomène était assez fréquent au début de notre ère pour qu’on lui trouvât un nom.
Beaucoup de canicules ont lieu dans l’histoire, leur nom est romain
Les canicules que nous traversons actuellement auraient-elles changé de nature ? C’est ce que veulent affirmer les partisans du réchauffement d’origine anthropique, en assurant que c’est l’avènement de l’ère industrielle et les émissions de gaz à effet de serre qui sont directement responsables du temps qu’il fait actuellement. Ils affirment que sans le réchauffement climatique global, la succession de canicules actuelles en Europe eût été « quasiment impossible », comme l’assure le World Weather Attribution Group.
Mais pour climaterealism.com, cela n’est nullement prouvé, notamment parce que le groupe fonde son raisonnement sur des modèles climatiques en y appliquant des valeurs d’émissions de CO2. Ils partent du présupposé de la manière dont l’atmosphère aurait réagi dans un monde sans gaz à effet de serre augmenté : il ne s’agit donc pas de données, mais de suppositions. Le site climatosceptique propose alors une liste de vagues de chaleur très sévères répertoriées dans le monde de 1743 à 2023, avec leurs cortèges de morts. Peu nombreuses au XVIIIe siècle (mais c’était la fin du Petit Age glaciaire), elles deviennent plus fréquentes au début du XXe siècle et se multiplient dans divers lieux du monde à partir de 1980 environ. Il faut notamment noter celle, célèbre, de 1911 en France, à laquelle on attribue 41.000 victimes. Elles sont toujours très localisées dans une grande région du monde ; elles apportent surtout la contradiction à l’idée que nous n’avons jamais rien connu d’aussi épouvantable que de nos jours. Nombre de ces vagues de chaleur se sont produites alors que la température moyenne du globe était inférieure aux valeurs actuelles, et surtout que les émissions de CO2 étaient nettement inférieures. D’autres sources font remarquer que les vagues de chaleur aux Etats-Unis ont été plus fréquentes et plus intenses pendant les années 1930 qu’aujourd’hui, en se basant sur les observations de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration).

Les canicules de l’histoire ne faisaient pas la une (il n’y avait pas de JT)
Voilà qui pose la question de l’observation de la température au niveau mondial au fil des siècles, et du « biais » qui s’introduit dans l’évaluation des variations. Du fait que les informations circulent désormais en temps réel sur l’ensemble de la Terre, démultipliées par le phénomène d’Internet et de l’augmentation exponentielle des sources, dans un monde beaucoup plus habité en termes de population et de présence, il est normal que le nombre d’observations de phénomènes météorologiques extrêmes ou inhabituels soit plus important – et qu’on en déduise qu’ils seraient objectivement plus nombreux.
Le décompte des morts attribués aux vagues de chaleur peut lui aussi être trompeur. Ainsi, l’Europe compte davantage de morts lors d’une vague de chaleur que d’autres régions, notamment aux Etats-Unis. Mais un facteur est rarement nommé : c’est le sous-équipement en Europe en matière de climatisation, et ce d’autant que l’Union européenne travaille à son empêchement, voire à son éradication. Ainsi, seuls 20 % des foyers européens sont-ils équipés, contre plus de 90 % au Massachusetts, relève climaterealism.com. Or, selon la Harvard School of Engineering and Applied Sciences, la climatisation est l’une des inventions de santé publique les plus significatives de l’histoire, puisqu’elle permet d’éviter des centaines de milliers de morts prématurées liées à la chaleur chaque année, notamment pour les personnes âgées ou vulnérables. « Dans un monde plus chaud, l’air conditionné n’est pas un luxe, c’est un moyen de sauver des vies » : le titre de l’article annonce la couleur et ajoute que dans un monde plus chaud, des milliards de personnes vont en avoir besoin.
L’odieuse guerre contre la clim
Mais peut-être sommes-nous dans des raisonnements publics apparentés à ceux relatifs à l’euthanasie : on ne veut pas plus de clim que de soins palliatifs.
A quoi s’ajoute le phénomène des îlots de chaleur : le réchauffement des villes où les matériaux de construction et les choix d’urbanisme favorisent la conservation de la chaleur et sa restitution, la nuit. Depuis le temps qu’on parle de réchauffement climatique, on se demande pourquoi les urbanistes ne tiennent pas compte du phénomène pour en atténuer les effets… Comme cela se fait depuis des siècles sur le pourtour méditerranéen, en jouant sur l’étroitesse des rues, la blancheur des murs, la possibilité de créer de l’ombre, et la construction des immeubles autour de patios conservant la fraîcheur et l’agrément de vie, grâce à l’eau et à la végétation.
Le site Climate at a Glance propose des graphiques très parlants sur les anomalies de température aux Etats-Unis ces dernières années. Celui sur les vagues de chaleur aux US depuis 1890 est particulièrement parlant ; nous le reproduisons ci-dessous.












