Une sourde révolte gronde contre les riches retraités qu’il conviendrait de taxer lourdement pour tenter (nous dit-on) d’en finir avec la dette française.
La sourde révolte n’est évidemment pas la colère spontanée du peuple, qui ne rechignerait pas, le jour venu, à jouir d’une retraite sans trop de soucis matériels, mais le résultat de l’agit-prop en faveur de la lutte des classes entre jeunes et vieux entretenue par nombre de politiques et par les médias. Quant au concept de riche retraité, il est à prendre lui aussi avec des pincettes, comme nous allons le voir, et pas seulement parce qu’avoir 3.000 € en poche par mois, sans être inconfortable quand on est propriétaire de son logement, n’est pas forcément le Pérou. A y regarder de plus près, la situation du pensionné n’est pas si rutilante qu’on pourrait le croire. Et se détériore vite après 75 ans avec l’augmentation du coût des soins.
Mais tout se joue ici à coups de chiffres à faire peur ou à faire envie. 3.000 euros, c’est ce qui fait rêver le smicard comme l’assisté du RSA, c’est pour cela qu’on a retenu ce montant quand on parle de faire contribuer davantage les nantis qui en profitent. (Surtout « oublier » d’en défalquer 10 % de charges et l’impôt sur le revenu !)
Les retraités à 3.000 euros par mois, boucs-émissaires de la gabegie
Comment, en effet, réduire la dette publique de la France ? Elle s’élève déjà officiellement à 3.536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB d’après l’INSEE. C’est un des pires pourcentages de l’UE, et tout cet argent-là se paye en intérêts. Sébastien Lecornu à Matignon et Roland Lescure à Bercy cibleraient, par le biais du budget 2027, un déficit public à 4,9 % du PIB l’an prochain, contre 5 % en 2026, selon Le Monde. C’est ridicule ! Ils proposent en fait de creuser encore la dette, en accumulant déficit sur déficit, année après année.
Quelques milliards pourraient être récupérées via la sous-indexation, voire le gel de certaines pensions de retraite, en les revalorisant à un niveau inférieur à celui de l’inflation. Symbolique par son impact quasi nul, la mesure serait aussi symbolique, de façon plus noire, de la haine de ceux qui possèdent – même si ce qu’ils possèdent est le fruit de plus de quarante années de labeur, d’épargne et de gestion prudente. Forcément tous de vieux Harpagon ils garderaient trop de richesse nationale par-devers eux. La propriété n’est-elle pas le vol ? Place aux jeunes ! Haro sur les ancêtres accrochés au soin de leurs bas de laine !
Réduire la dette à 4,9 % du PIB, une ambition de socialistes
Mais d’où vient la dette ? Si elle est multiforme, elle tient tout de même en un mot : socialisme. C’est-à-dire l’ingérence de l’Etat dans tous ces domaines qu’il n’aurait jamais dû retirer à l’initiative privée. Ce sont des choix politiques qui ont augmenté la pression de l’accueil des immigrés, vivier d’économies qu’on ne dérange pas, ou encore l’externalisation de la production à la Chine communiste, ou encore l’intégration dans la zone euro qui spolie la France de sa liberté monétaire souveraine. C’est un excès d’assistanat qui a progressivement rapproché les ressources de celui qui vivote, au moyen de multiples allocations sociales, de celles de l’immense majorité des Français qui peinent à joindre les deux bouts en travaillant, en se formant et en ayant de l’ambition. Prélèvements, impôts, taxes : tout se conjugue en faveur d’une égalisation entre les plus productifs et ceux qui le sont le moins. Les têtes qui dépassent dérangent le système. Il faut donc prélever chez elles ce qui manque pour aboutir à un socialisme encore plus parfait.
On oublie qu’une personne ayant fait des efforts toute sa vie mérite de s’en sortir mieux que celle qui a encore tout à prouver. On passe sous silence le poids d’autres choix politiques qui ont rendu le logement rare et cher, trop cher surtout pour les plus jeunes. La folie dispendieuse de l’Etat comme le foisonnement des directives, des lois et des règlements qui pèse lourdement sur les épaules des gens modestes mériteraient davantage leur colère. Le bouc émissaire, c’est le salaud de riche de préférence : le salaud de riche qui profite d’une retraite bien méritée (et au passage sert si souvent de banque de secours pour ses enfants et petits-enfants qui ne s’en sortent pas à cause du socialisme qui s’aggrave). On veut leur faire les poches : eh bien oui, c’est du banditisme de grand chemin d’une variété qui n’a rien à craindre des forces de l’ordre. Puisque la propriété, c’est le vol, volons la propriété !
Attiser l’envie à l’encontre des retraités à 3.000 euros mensuels
Comment le système fonctionne-t-il ? On attise l’envie, on choisit des slogans qui trompent. Ainsi, toutes ces politiques qui appauvrissent les citoyens en remplissant – toujours trop peu – les caisses de l’Etat sont-elles censées venir au secours des plus fragiles. Ceux qui le sont vraiment n’en obtiennent qu’un minimum de subsistance accordé par une entité sans visage et sans âme qui finit par prendre le contrôle de leur vie. La cause semble noble, la réalité est grise. Elle a aussi pour tort de décourager l’investissement personnel et d’énergie, que ce soit pour gagner sa vie vraiment, ou pour donner aux voisins dans le besoin.
Mais le vrai problème des retraites, c’est la démographie, qui n’a évidemment pas profité du basculement de la politique familiale vers la politique sociale. C’est parce que la France a une proportion de cotisants de plus en plus faible par rapport aux retraités que ceux-ci prennent un poids proportionnellement de plus en plus lourd dans le budget public.
L’IGF et l’IGAS veulent taxer les parents de famille nombreuse
Un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), publié en catimini fin juillet, songe à une autre économie qu’on pourrait faire sur le dos des retraités, mais cette fois seraient visés ceux qui ont eu trois enfants et plus. La majoration de 10 % de la retraite que leur vaut cet effort devrait être limitée, selon le rapport, pour obtenir jusqu’à 1,1 milliard d’euros d’économies sur 10 ans, en remplaçant l’avantage proportionnel à la pension de retraite par une somme fixe de 125 € par mois. Toujours pour faire payer davantage les plus « nantis ».
Tout cela va finalement dans le même sens. Pendant que les jeunes sont de plus en plus découragés face à l’avenir, qu’on leur annonce de toute façon catastrophique, les vieux sont érigés en ennemis. La loi sur l’aide à mourir tombe décidément à point nommé…











