Une charte pro-famille signée en Afrique… et quelques questions

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Vingt gouvernements africains ont approuvé une Charte sur la famille, la souveraineté et les valeurs religieuses et culturelles, qui a fait l’objet de sa 4e conférence en juin dernier à Accra, au Ghana. L’objectif : acquérir un soutien suffisant pour pouvoir soumettre la charte à l’Assemblée générale de l’Union africaine en février prochain, afin de l’y soumettre au vote. Bonne nouvelle ? On applaudirait volontiers des deux mains mais l’affaire pose quelques questions.

Cette charte récuse en particulier le « droit à l’avortement », la politique de planification familiale par la contraception, la légalisation de la prostitution, la promotion de « droits sexuels » pour les mineurs et l’éducation sexuelle, l’idéologie du genre, la redéfinition du sexe ainsi que les revendications du lobby LGBT international, tout comme la subordination de l’aide occidentale à ces prétendues composantes des « droits humains », tels que ceux-ci sont promus par l’Occident. La charte définit le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme – jusqu’à un certain point, puisque selon Le Monde assure que l’inclusion de la polygamie a notamment été demandée par le Burkina Faso, à majorité musulmane, qui réclame la définition du mariage comme l’« union d’un homme et plusieurs femmes ».

 

La charte pour la famille et les valeurs religieuses et culturelle dénonce l’Occident

Le Monde rapportait le 22 juin dernier que ce sujet n’a rien d’« insurmontable pour l’Ouganda », à l’origine de cette initiative en 2023, en réaction à ce que ses promoteurs qualifient d’« impérialisme » des « valeurs occidentales », dénoncé comme le signe du « colonialisme » idéologique ou culturel des gouvernements occidentaux. Notre confrère citait la présidente de l’Association parlementaire des femmes ougandaises, Sarah Opendi qui a déclaré, selon lui : « L’Afrique est polygame, je ne vois pas où est le problème », a assené, à Accra, en faisant implicitement référence à une pratique ancrée dans de nombreux droits coutumiers, y compris dans des pays à majorité chrétienne, comme le Togo ou la République démocratique du Congo.

La définition du mariage n’a pas été amendée dans le document daté de janvier 2026 disponible via Family Watch ; le mariage y est désigné comme l’union d’un homme et d’une femme dans le cadre d’une union légale. Mais selon opendemocracy.net, qui a publié un reportage (critique, mais réalisé sur place) sur l’événement le 24 juin dernier, l’ONG américaine Family Watch a choisi de ne pas être présent à la conférence interparlementaire d’Accra, et le texte de la charte a bel et bien été amendé pour inclure la polygamie en parlant du mariage comme étant l’union entre « un homme et une ou plusieurs femmes », fait dénoncé par le représentant du Libéria qui a pourtant approuvé le texte. Selon cet article, ce sont 18 nations africaines qui ont voté pour la charte, et non vingt.

La charte n’a pas obtenu l’adhésion de l’Afrique du Sud, qui a contesté l’oppsition à l’avortement, et du Mozambique lors de la conférence d’Accra : ces deux pays se sont abstenus.

 

L’Afrique défend la famille, mais aussi la polygamie islamique

On dénombre parmi les participants : le Maroc, l’Eswatini, le Zimbabwe, la Tanzanie, le Burkina Faso, le Nigeria, Madagascar, la Sierra Leone, le Kenya, l’Ouganda, le Malawi, l’Afrique du Sud, la République démocratique du Congo, le Libéria, le Mozambique, le Tchad, le Soudan du Sud, la Zambie et le Ghana, pays hôte.

Selon Le Monde, l’initiative bénéficie du soutien des mouvements « ultra-conservateurs » américains, aux moyens financiers considérables, au grand dam des organisations de gauche, depuis le Planning familial international jusqu’à Human Rights Watch ou encore The Guardian qui consacrait le 6 juin un important article à ce projet de charte.

Au-delà des questions de la famille et des valeurs, la Charte réclame une plus grande auto-détermination africaine pour soustraire les nations africaines à la coercition étrangère, avec notamment la revendication de la liberté vaccinale et l’appel la disparition des barrières au commerce intra-africain.

En somme, on voit ici une curieuse conjonction entre la promotion de la constitution de grandes régions mondiales dotées de droits et cherchant à affirmer leur propre culture selon les critères de la multipolarité, à travers la promotion de « valeurs » traditionnelles, le libre-échangisme continental, et en même temps de la polygamie contre la morale chrétienne « occidentale ».

 

La charte pro-famille de l’Afrique pose des questions en promouvant l’image de révolutionnaires marxistes

Les participants à la conférence étaient ainsi accueillis par une grande décoration murale affichant le slogan : « Unis nous sommes debout, divisés nous tombons » et portant les portraits de Robert Mugabe, ex-tyran marxiste du Zimbabwe ; Nelson Mandela qu’on ne présente plus ; Kwame Nkrumah, l’indépendantiste et panafricaniste ghanéen, autre marxiste mort à Bucarest en 1972 ; Julius Nyerere, premier président de la Tanzanie, anticolonialiste et panafricaniste lui aussi et théoricien d’un socialisme à l’africaine ; Mouammar Kadhafi ; Patrice Lumumba, premier président de l’ex-Congo belge qui récusait le qualificatif de « communiste » mais se disait révolutionnaire

Cette conjonction n’est pas neuve. L’utilisation des valeurs traditionnelles, au moins partiellement découplées de la loi naturelle, et tout cela sous patronage socialo-marxiste, n’est pas totalement nouveau et peut servir d’autres objectifs. La Russie contemporaine a donné un exemple de cette instrumentalisation en promouvant médiatiquement l’idéologie LGBT dans des pays comme Cuba ou le Brésil tout en s’attirant la sympathie des « conservateurs » dans nombre de pays occidentaux, notamment en ce qui concerne la guerre contre l’Ukraine, en affichant le soutien aux valeurs traditionnelle.

Affaire à suivre, donc, mais avec prudence et lucidité, car le recours à la dialectique semble bien à l’œuvre ici.

 

Jeanne Smits