Léon XIV en France : Mgr Hector Aguer donne des conseils pour préparer la venue du pape

  Mgr Aguer venue pape
 

Léon XIV arrivera à Paris le 25 septembre pour une visite très attendue : la dernière visite d’un pape dans la capitale française depuis la venue de Benoît XVI en 2008. Le pape François s’est également abstenu de se rendre dans son pays natal, l’Argentine. Léon XIV la visitera début novembre, Une nouvelle qui a suscité une belle chronique de Monseigneur Héctor Aguer, évêque éjecté de son diocèse de La Plata par François il y a quelques années déjà, pour y être remplacé par celui qui est devenu le cardinal Victor Manuel Fernandez, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi.

 

Le pape vient en France ; les conseils de Mgr Aguer valent pour tous

Ses conseils pour une bonne préparation de cette visite peuvent se transposer, mutatis mutandis, à la venue de Léon XIV en France. Non seulement MgrAguer pose un diagnostic sur les raisons de l’abandon de la pratique religieuse et de la chute du nombre de catholiques (dont les causes, sans être les mêmes, sont analogues pour la France et l’Argentine), mais il rappelle que la renaissance véritable de l’Église passe par la voie exigeante de la sainteté, voire du martyre.

Nous vous proposons ci-dessous la traduction intégrale de sa chronique parue chez nos confrères d’InfoCatólica. Car au fond, la réponse à nos soucis de catholiques qui ont mal à l’Eglise est toujours la même : « prière, pénitence et aumône », et laisser Dieu faire le reste. –J.S.

 

Les conseils de Mgr Aguer pour préparer la venue du pape

« Église, lève-toi et resplendis »

À l’approche de la visite du pape Léon XIV en Argentine, nous devons prier le Seigneur pour que celle-ci serve pleinement à ce que le Souverain Pontife nous confirme dans la foi. Car telle est, avant tout, la mission du Successeur de Pierre, selon le mandat de Jésus-Christ lui-même : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point. Et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 32). Nous aussi, nous devons demander au Seigneur : « Augmente notre foi » (Lc 17, 5). Les paroles du Christ doivent toujours nous interpeller : « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8). La prière, la pénitence et l’aumône sont les moyens accessibles à tous les catholiques, dont nous faisons partie. Il nous faut, ces jours-ci, les intensifier, en vue du voyage annoncé. Il serait tout à fait opportun d’implorer Dieu de nous libérer des simples perspectives sociologiques ou politiques, dépourvues de références surnaturelles. Seul le Seigneur récoltera les fruits de ces journées de novembre, en son temps et à sa manière. Il ne nous appartient pas de les calculer en chiffres et en statistiques. L’œuvre silencieuse de Dieu dans les âmes ne peut se mesurer au nombre de participants dans les stades, ni aux manifestations ou célébrations de masse.

Il est évident, en tout état de cause, que Léon XIV ne découvrira pas sur son passage ce Paradis — selon ses propres mots — que le cardinal Eugène Pacelli, futur pape Pie XII, avait trouvé lors du Congrès eucharistique international de Buenos Aires, en octobre 1934. Il ne s’agira pas non plus d’établir des comparaisons avec l’accueil enthousiaste réservé à saint Jean-Paul II lors de ses deux visites dans notre pays, en 1982 et 1987. Léon XIV sera confronté à une autre Argentine, de plus en plus dégradée spirituellement et matériellement. Il trouvera Église qui a vu diminuer de manière alarmante, ces dernières années – en particulier depuis 2013 –, le nombre de ses fidèles et la pratique religieuse.

 

Les conseils de Mgr Aguer pour que l’Eglise resplendisse de nouveau

Il convient donc, près de 40 ans plus tard, de méditer à nouveau sur les paroles de saint Jean-Paul II, prononcées lors de la messe pour les consacrés qu’il a célébrée à Buenos Aires, le 10 avril 1987. À cette occasion, le pape polonais nous avait lancé un appel pressant : « Église d’Argentine ! “Lève-toi et resplendis, car ta lumière est venue, et la gloire du Seigneur se lève sur toi” (cf. Is 60, 1). » Il est évident, quatre décennies plus tard, que c’est là une tâche qui reste à accomplir. Prise au piège de diverses idéologies, une grande partie de la hiérarchie ecclésiastique argentine a édulcoré le message évangélique ; et elle assiste, impassible, à l’hémorragie permanente des fidèles. Cela devrait nous bouleverser de savoir qu’en 1960, 90 % des Argentins se déclaraient catholiques ; aujourd’hui, ils ne sont plus que 57 %. Et la chute libre continue.

Le fait d’avoir abandonné le message courageux, ferme et prophétique de Jésus-Christ pour se concentrer presque exclusivement sur « le politique et le social » a fait que d’innombrables baptisés se sont tournés vers différentes confessions évangéliques. Plus grave encore, beaucoup d’autres sont venus grossir les rangs de ceux qui se déclarent sans appartenance religieuse, ou bien adeptes d’une « religion » fabriquée sur mesure. Ni de près, ni de loin, la foi ne s’est imposée comme culture dans notre pays. Les discours épiscopaux, ancrés dans ce que j’ai appelé « l’extrême centre » (pour ne déplaire ni à la « droite », ni à la « gauche »), n’ont pas le moindre retentissement, hormis quelques étincelles politiques. En outre, ces dernières années, en raison d’une tendance progressiste de plus en plus marquée, on a pratiquement renoncé à hausser la voix pour défendre la vie, le mariage et la famille, car ces thèmes sont considérés comme des « thèmes de droite ». Les fameux « nouveaux paradigmes » règnent en maîtres dans les diocèses. Et à l’instar de ce qui s’est produit sur le plan économique, nous assistons également, sur le plan ecclésial, à une « hyperinflation » d’évêques. Depuis 2013, par exemple, le nombre d’évêques auxiliaires, assez jeunes et donnés pour proches de la ligne du pontificat précédent, s’est multiplié.

 

Le pape trouvera en France comme en Argentine une déchristianisation qui s’aggrave

La « théologie de la libération » ainsi que sa version locale, la « théologie du peuple » » et le « tiers-mondisme » (dénoncé, de manière prophétique, par Carlos Alberto Sacheri, assassiné par des terroristes de l’Armée révolutionnaire du peuple, dans son ouvrage L’Eglise clandestine) ont fait des ravages au sein de l’Eglise qui pèlerine en Argentine. Ils ont vidé les couvents et les séminaires ; ils ont provoqué des défections massives parmi le clergé et les religieux ; ils ont relâché la discipline au sein des cloîtres et ont même entraîné des jeunes des paroisses dans la violence armée. Des séminaires qui se distinguaient par leur fidélité et leur saine doctrine, comme ceux de San Rafael et de San Luis, ont été fermés. D’autres, qui tentaient eux aussi de former des prêtres virils, intègres, fervents et missionnaires, ont été dénaturés et se débattent aujourd’hui entre le naufrage et leur très probable disparition. Il existe des diocèses qui comptent plus d’évêques que de séminaristes.

Le modèle « assembléiste », que l’Eglise de Buenos Aires a connu à la fin du XXe siècle et au cours de la première décennie de ce XXIe siècle, a été exporté vers l’Église universelle, sous le couvert de la « synodalité » tant célébrée. On ne parle presque plus de l’Église communion. Et l’on assiste, avec stupéfaction, à la montée des défis de lancés par l’Eglise d’Allemagne – et d’autres – à l’encontre de la saine doctrine et de la discipline. Chercherait-on à progresser vers une « fédération d’Eglises nationales » ? Veut-on, par hasard, imiter les anglicans, qui semblent s’avancer, d’un pas décidé, vers leur propre extinction ? Que le Seigneur éclaire le pape Léon XIV afin qu’il mette un terme à cet état délibératif permanent. L’Eglise n’est pas là pour « voter » une nouvelle foi, mais pour accomplir la Volonté de Dieu, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la Vérité (1 Tm 2, 4).

 

Remédier aux documents malheureux du pape François

Une autre grande tâche qui attend le pape consiste à réaffirmer clairement l’enseignement de l’Église sur les valeurs non négociables, sur le début et la fin naturels de la vie, sur le mariage et la famille, sur la liberté des parents de choisir librement l’éducation de leurs enfants, et sur le bien commun. Il ne sera certes pas facile de remédier aux conséquences extrêmement graves de documents tels qu’Amoris laetitia, Traditionis custodes et Fiducia supplicans, entre autres.

Hier, aujourd’hui et toujours, la véritable réforme de l’Eglise est l’œuvre des confesseurs et des martyrs, avec la grâce de Dieu. Le 22 de ce mois, lors de l’ordination de 14 prêtres dans le diocèse de Makurdi, dans l’Etat de Benue, au Nigeria, l’archevêque de San Francisco (États-Unis), Mgr Salvatore Cordileone, a souligné que « l’Occident a besoin non seulement de la voix de l’Afrique, mais aussi de son témoignage, en particulier celui du Nigeria ». C’est là que s’accomplit, une fois de plus, la parole de Tertullien : « Le sang des martyrs est une semence de chrétiens. » L’Afrique sera, au XXIIe siècle, le continent comptant le plus grand nombre de catholiques au monde. C’est là, en vérité, que l’Église se relève et resplendit.

Héctor Aguer.

Archevêque émérite de La Plata.

Buenos Aires, samedi 29 août 2026.

Martyre de saint Jean-Baptiste.

 

Traduction par Jeanne Smits