Chine : la sinisation de l’Eglise selon un prêtre de l’Association patriotique

  Chine sinisation Eglise prêtre
 

Pour ceux qui se demandent ce que signifie la sinisation de l’Église imposée par le Parti communiste chinois à travers sa mise sous tutelle des catholiques, assistée par les accords secrets conclus entre le Vatican et Pékin en 2018, un article publié par l’agence Fides permet de beaucoup mieux comprendre. Rédigé par un prêtre chinois officiel, Paul Han, pour célébrer le centenaire tout proche de l’ordination épiscopale de six évêques chinois par Pie XI à Saint-Pierre, le 28 octobre 1928, sa longue réflexion est pleine de bizarreries. InfoCatólica note de manière pointue que l’agence Fides elle-même se distancie de l’article qu’elle présente comme une contribution à la réflexion sur le sujet.

Paul Han fait un lien – inexistant – entre l’ordination des premiers évêques chinois qui avait marqué en quelque sorte la majorité de l’Église dans l’Empire du Milieu, et l’accord provisoire, comme si ce dernier était une sorte de suite logique. Certes, il réglemente la nomination des évêques catholiques en Chine, avec pour conséquence la régularisation d’évêques choisis par le pouvoir communiste chinois et opérant au sein de l’Association patriotique, créée par Pékin et totalement sous la coupe du Parti.

 

La sinisation de l’Eglise de Chine selon le Parti communiste

Le père Han n’y voit que des bonnes choses, par exemple la possibilité d’avoir dépassé des divisions de longue date au sein de l’Église officielle et l’Église clandestine, et ce au moyen de la reconnaissance d’une « réalité fondamentale dans la Chine contemporaine, la question de la nomination des évêques ne peut pas se détacher de la structure politique de l’État ». Eh oui, on s’en doute. Dans un État essentiellement totalitaire, il n’y a pas de place pour la reconnaissance des droits du spirituel.

Tout cela est dit sans la moindre mention des souffrances et des persécutions subies par les catholiques clandestins et leurs évêques, des persécutions qui se poursuivent.

Mais le père Hahn va plus loin, et c’est là vraiment le clou de sa pensée : pour lui, en Chine, le christianisme doit se comprendre depuis le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme : « Le “renai“ (bienveillance) et le “xiushen” (se cultiver soi-même) du confucianisme ; le principe taoïste consistant à vivre en harmonie avec la nature et le “wuwei wubuwei“ (atteindre tous les résultats possibles par la pratique du non-agir) ; ainsi que la notion bouddhiste de “śūnyatā” (vide) et la pratique de la compassion, entre autres traditions, peuvent offrir de nouvelles clés pour interpréter le christianisme. »

 

Un prêtre de Eglise sous tutelle en Chine dévoile la réalité de la sinisation

Voilà qui est clair : le christianisme accepté de l’Église patriotique doit s’imprégner d’autres choses que de ce qu’il est lui-même, se comprendre à partir d’autres religions et, au besoin se renier en acceptant des principes qui lui sont contraires. Avec cela, il n’y a plus de place pour la révélation divine. Aussi, ce prêtre officiellement catholique voit-il l’Église de Chine comme le porte-parole pour le monde entier d’une « nouvelle perspective humaniste capable d’intégrer l’esprit chrétien, la sagesse chinoise et la conscience scientifique moderne ». Sans surprise, sa figure de prédilection est le père Teilhard de Chardin.

Il n’est pas besoin de chercher bien loin pour y voir une expression de la volonté de restructurer les religions traditionnelles pour les rendre compatibles avec la pensée mondialiste, où toutes les religions se valent et aucune ne revendique d’être seule vraie.

D’ailleurs, pour enfoncer le clou, le père Han résume cette véritable sinisation du christianisme en expliquant qu’elle exige de « découvrir de nouvelles formes de compréhension des mystères du cosmos et de l’existence humaine, moyennant un dialogue constant et l’enrichissement mutuel des grandes traditions spirituelles du monde ».

Si son analyse est exacte, c’est bien que les accords entre le Saint-Siège et Pékin s’inscrivent dans la grande marche vers le syncrétisme, qui n’a absolument rien de catholique. À ce titre, oui, en effet, c’est un article qui contribue à la réflexion et qui devrait susciter une claire réaction.

 

Jeanne Smits