Burning Man ou la « repaganisation de l’Occident »

 

La 40e édition du festival Burning Man, dans le désert de Black Rock au Nevada, a eu lieu pendant la première semaine de septembre. Comme toujours, l’événement s’est articulé autour d’une effigie d’homme en bois et du « Temple de la Lune » brûlés à la fin du festival, et de la construction d’une ville éphémère sous forme de campements. Plusieurs dizaines de milliers de personnes y ont convergé pour un rendez-vous bien plus important qu’il n’en a l’air.

Il ne faudrait pas en effet confondre tout cela avec un festival hippie des années 1970. Ici, ce sont des professionnels qui se rassemblent, souvent du monde de la tech (la Silicon Valley est fortement représentée). On y construit un monde nouveau où les participants trouvent un refuge de la matrice du monde réel, dépourvu d’échanges commerciaux, de monnaie et de publicité, fondé sur la bienveillance… mais celle-ci a des limites.

Derrière tout cela, il y a un aspect religieux : tout y est possible, sauf Jésus-Christ.

 

Burning Man attire l’élite des sociétés de la tech

The New American et en particulier son journaliste Alex Newman suivent depuis longtemps ce rendez-vous qui repose sur une volonté de « repaganisation de l’Occident », pour reprendre le titre du premier reportage consacré par Newman à cette édition.

Son nom dit tout. Le rendez-vous du désert baptisé cette année Axis Mundi, affiche claire référence à l’idée d’un centre du monde reliant les humains, la nature et le cosmos, marquée par des installations artistiques géantes autour de celle, centrale, de l’effigie d’homme à détruire. On y trouvait notamment cette année une tour Eiffel cassée et gisant dans le sol en deux morceaux : un vrai symbole de la déconstruction qui est au cœur du projet.

Mais la déconstruction est bien davantage spirituelle que matérielle. Burning Man attire des gens influents et au pouvoir démesuré, en ce qu’ils sont nombreux à participer à la révolution de l’intelligence artificielle : beaucoup sont d’anciens chrétiens qui ont abandonné leur foi au point que leur apostasie les fait se retourner contre tout ce qui relève du christianisme. L’un des membres de l’équipe du New American qui s’est rendu sur place témoigne ainsi : « On mentionne le nom de Jésus et tout le monde se sent offensé. C’est vraiment un lieu difficile pour le ministère. » Il faisait de la prédication chrétienne en habits de croisé : rien de surprenant en ce lieu où on s’habille comme on veut et on fait ce que l’on veut. Plutôt bien reçu par les curieux, il a fini par être éjecté par le service d’ordre, les Black Rock Rangers, mais non sans qu’un homme ne se soit approché avec un mégaphone, hurlant : « Moloch a besoin de plus de bébés morts, nous avons besoin de plus de sacrifices d’enfants, de sang de bébés, du culte de Moloch ! » Simple provocation ? Cela se conçoit, mais les mots ont un sens, et une violence verbale analogue en marge d’une Gay Pride entraînerait une répression immédiate.

Dans ce lieu supposé sans gouvernement, sans ordre et en tout cas sans droit, un autre groupe chrétien a carrément été expulsé, sans possibilité d’appel. D’autres festivaliers lui avaient reproché son prosélytisme, et ce sont les forces de l’ordre fédérales qui ont fini par les sortir du camp en pleine nuit.

 

Burning Man promeut la repaganisation de l’Occident, et expulse des chrétiens

De fait, des groupes chrétiens se joignent aux festivaliers dans l’espoir de toucher les cœurs dans un lieu de perdition où un hall est réservé aux orgies sexuelles : tout y est permis moyennant consentement, et les drapeaux LGBTQI y ont toute leur place. Dans les « rues » poussiéreuses ou lors de conférences organisées on rencontre la promotion des drogues hallucinogènes, de la sorcellerie, la consommation de drogues et le blasphème tous azimuts. On peut ainsi croiser des strip-teases sur fond de cantiques chrétiens ou de comptines pour enfants, témoigne l’équipe du New American. Tout cela à la vue des enfants qui viennent aussi sur le camp avec leur famille.

Le mot d’ordre, en effet, est celui des « Dix Principes », qui porte sur l’« inclusion radicale » et l’« auto-expression radicale » – hormis pour les chrétiens qui expriment trop ouvertement leur foi. Les participants sont d’ailleurs extrêmement gentils, partageant tout, proposant nourriture et autres cadeaux à tous ceux qu’ils croisent. Dans les limites précédemment mentionnées…

Mais il est aussi ce principe : « Ne pas laisser de traces. » On retrouve ainsi le commandement qui défend chez les écologistes adorateurs de Gaïa le mal que constituerait le fait de laisser son empreinte écologique. Dans le désert de Black Rock, cela va très loin puisqu’on se fait houspiller, témoigne Alex Newman, si on laisse tomber des gouttes d’eau de sa gourde : « Dieu nous préserve de faire tomber quelques gouttes d’eau sur le désert, même si, bien sûr, il a déversé des trombes d’eau sur nous. »

 

Quand il pleut à Burning Man, la presse mondiale en parle

C’est drôle, on en a même parlé en France. C’est Paris Match qui, à l’issue du festival le 7 septembre dernier, a évoqué les violentes intempéries qui ont frappé l’événement, et qui évoque deux morts sur place (des malaises comme il peut en arriver partout). Mais voilà, c’est le rendez-vous du beau monde du jour : on n’y trouve guère de pauvre, le ticket d’entrée vaut cher, « il y a une forte concentration de cadres, dirigeants de grosses sociétés, de PDG, de managers, des gens de la Silicon Valley », a constaté l’équipe du New American. Il y a là essentiellement la symbolique d’un monde qui tourne le dos à tout dogme et à toute morale traditionnelle, de telle sorte que tout fait divers le concernant – tempête de sable, averses un peu soutenues, morts fortuites comme il peut en arriver lors de n’importe quel rassemblement – devient de soi une information planétaire.

 

Burning Man c’est une contre-religion au service de la repaganisation de l’Occident

Il faut bien y voir une religion, et une religion New Age, comme le note un pasteur chrétien membre de l’équipe du New American :

« Je ne sais pas s’il y a quoi que ce soit à sauver, car il s’agit d’une religion contrefaite :

• Le pèlerinage : le voyage dans le désert

• La géographie sacrée : la playa

• Le centre sacré : l’homme qui est brûlé, mais aussi le temple

• Les rituels : les brûlages et les cérémonies

• Le don et la communauté : Black Rock City

Black Rock City est véritablement une nouvelle Babylone. Toute la Bible est écrite comme un récit mettant en scène deux villes : Babylone et Sion. Si je devais citer un exemple, Black Rock City serait la réincarnation de Babylone :

• Le code moral : les Dix Principes

• La transformation : se tourner vers son for intérieur là où la playa vous transforme, considérer cela comme votre vie principale, et voir le “monde par défaut” comme un endroit dans lequel vous devez replonger (à l’instar de Matrix)

• Art sacré : installations gigantesques et “art cars”

• Sacrifice : votre argent, votre confort, votre temps et vos biens

• Mort et deuil : les lieux de mémoire pour les proches disparus

• Extase et états modifiés de conscience : danse, expériences communautaires

• Une nouvelle identité : se qualifier de “burners” et pratiquer une expression de soi radicale

• La transcendance : la quête du paradis sur terre, l’immédiateté et les expériences spirituelles

• L’exode : le retour dans le monde par défaut pour reprendre une vie ordinaire

• Le péché et la pénitence : nous l’avons vu avec les chrétiens qui ont été expulsés, ce qui a entraîné leur relégation dans les ténèbres extérieures

Il y a énormément de parallèles avec le christianisme, mais tout est à l’envers. »

Et c’est là qu’il faut revenir au titre de l’événement, Axis Mundi. Tout est centré sur la Terre, sur la matière comme expression de cette spiritualité sans Dieu et sans véritable transcendance, sur fond de morale inversée. On s’étonne moins dès lors des objectifs poursuivis par la Silicon Valley : le transhumanisme et l’immortalité matérielle.

 

Jeanne Smits