Rentrée après rentrée l’intersyndicale des fonctionnaires annonce une « journée importante de mobilisation ». Près de six millions d’agents publics sont appelés à faire grève aujourd’hui. Encore une grève qui paralyse l’économie et gêne les Français. Le prétexte : Lecornu l’a confirmé, leurs traitements fixes ne seront pas tous augmentés afin de modérer l’augmentation des dépenses de l’Etat. Immédiatement les jérémiades sur l’inflation, le pouvoir d’achat, etc. ont fusé. Elles servent à masquer trois faits : les fonctionnaires sont de plus en plus nombreux, la masse de leurs traitements augmente, leur statut en fait des privilégiés qui coûtent très cher à leurs compatriotes et à l’économie française, notamment par leurs retraites qui feraient rêver le privé.
La rémunération des fonctionnaires augmente
Premier point, la rémunération des fonctionnaires. Sébastien Lecornu veut geler le point d’indice, qui sert à calculer leur traitement de base, pour la quatrième année consécutive. Le Premier ministre en attend environ 2 milliards d’euros. Les syndicats crient à la « paupérisation » et appellent à la grève. Les deux antagonistes qui nous prennent en otages nous prennent aussi pour des poires. Comme si geler le point d’indice revenait à geler les salaires ! Une note de la Cour des comptes du 21 septembre montre qu’il n’en est rien. La rémunération des fonctionnaires continue d’augmenter. Entre 2012 et 2024, le point d’indice n’a été revalorisé que de 6,3 %, soit une sous-indexation de 75 % par rapport à l’inflation. Pourtant, entre 2012 et 2023, la rémunération nette des agents en place a progressé de 15,1 % en euros constants dans la fonction publique d’Etat, de 23,4 % dans l’hospitalière et de 1,5 % dans la territoriale.
Ces privilégiés coûtent 12,3 % du PIB contre une moyenne de 10,7 dans l’UE
Pourquoi ? Il y a d’abord le « glissement vieillesse technicité » (GVT), qui fait monter chaque agent dans la grille avec l’ancienneté. Il y a surtout des mesures catégorielles, que la Cour qualifie de « compensatoires » : quand le point est gelé, l’Etat distribue des revalorisations corps par corps. Elles lui ont coûté 12 milliards d’euros par an depuis 2012, soit près de la moitié de la hausse de sa masse salariale. Les primes elles aussi augmentent toujours. De 2015 à 2025, si le point d’indice n’a augmenté que de 6,3 %, le montant moyen des primes et indemnités par agent a augmenté de plus de 47 %. Ce que l’Etat économise sur la rémunération fixe de ses fonctionnaires, il le dépense sous forme de primes. Tout compte fait, la France consacre 12,3 % de son PIB à la rémunération de ses agents publics, contre 10,7 % en moyenne dans l’Union européenne.
Plus de fonctionnaires, plus de grèves et de jérémiades
La masse salariale publique a atteint 362,1 milliards d’euros en 2024, 89,5 milliards de plus qu’en 2012. Et elle progresse chaque année plus vite que les prix : 2,4 % par an en moyenne contre 1,8 % d’inflation. Sans doute aussi est-ce dû à… l’inflation du nombre de fonctionnaires. Selon la Cour, la France est passée de 83 à 85 agents publics pour 1.000 habitants entre 2012 et 2024. Soit 140.000 fonctionnaires de plus en douze ans. Les effectifs de la fonction publique augmentent plus vite que la population. La logique socialiste de l’Etat est de dépenser toujours plus, malgré les déclarations vertueuses des premiers ministres successifs : le projet de budget 2027 l’avoue encore, toujours plus de prélèvements et de redistributions, toujours plus de déficit et de dette.
La Cour des comptes veut 240.000 fonctionnaires en moins
La Cour des comptes recommande de supprimer 240.000 postes de fonctionnaires. En ramenant les effectifs des collectivités à leur niveau de 2014 (- 140.000), et en ne remplaçant qu’un départ à la retraite sur deux dans une grande partie des ministères (- 100.000). C’est bien mais c’est de la dentelle par rapport à ce qui serait nécessaire. En France cependant, avant qu’un Milei ait le temps de tirer sa tronçonneuse de son abri de jardin, tout serait en grève, à commencer par l’audiovisuel public. Les privilégiés ont la voix qui porte et la jérémiade impérieuse. La masse salariale n’est d’ailleurs qu’un aspect du problème. Il y a aussi les retraites, et le privilège des fonctionnaires y est si flagrant que la grève en cours apparaît d’une folle indécence.
Ce que l’État dépense pour ses privilégiés
Les retraités du secteur privé cotisent toute leur vie et touchent une retraite qui peut se composer d’un versement du régime général des retraites et d’un versement de retraite complémentaire. Les caisses de retraites complémentaires sont excédentaires et ne coûtent pas un sou au contribuable. Le régime général est en léger déséquilibre que l’Etat finance avec nos impôts. Les régimes spéciaux (SNCF, RATP, etc.) bénéficient de subventions d’Etat (10 milliards annuels). Mais le coup de pouce de l’Etat pour ses fonctionnaires est bien plus spectaculaire. Le régime de retraite de ses agents, qui coûte 15 % de son budget à l’Etat fonctionne sans caisse, sans bilan, et sans contrôle. En 2025, le contribuable a versé 47,6 milliards d’euros en 2025 pour les seules retraites des fonctionnaires de l’Etat, sur 65,1 milliards de pensions payées, les cotisations des agents n’en couvrant que 7,5 milliards.
La grève défend les acquis des privilégiés
Et les choses ont empiré depuis. Le 26 décembre 2025 paraissait au Journal officiel un décret augmentant le taux de cotisation de l’Etat employeur de 78,28 % à 82,28 % au 1er janvier 2026 ! L’Etat a ainsi augmenté, avec l’argent des contribuables, la dotation aux retraites des fonctionnaires. Et dans le projet de budget 2027, rien n’est encore inscrit pour faire cesser le scandale : ce sont les séniors du privé qui se verront privés de leur abattement de 10 % ou qui verront leur retraite désindexée. On pourrait ajouter que les 7,5 milliards de « cotisations » n’en sont pas : ce ne sont que le prélèvement opéré par l’Etat sur le traitement qu’il verse et réaffecté sur une autre ligne comptable. En d’autres termes, quand l’Etat décide, et c’est très bien, de garantir une vieillesse digne à ses serviteurs, cela n’est pas une pension comparable à celle du privé, acquise par des cotisations, c’est un traitement versé à vie. C’est-à-dire, malgré les jérémiades des syndicats, un traitement de privilégiés.











