C’était inévitable. Ayant dansé sur fond de feux de poubelles, ayant soutenu les « blocages » de lycées et affirmé que « la violence peut être légitime », Bally Bagayoko a provoqué la réaction du préfet de Seine-Saint-Denis, qui le poursuit en justice pour « provocation à commettre un délit ». Va-t-il tomber, ou retomber sur ses pattes comme un grand chat qui a neuf vies et survit aux innombrables affaires qui lui collent au dos ? L’énarque chirurgien politologue touche-à-tout Laurent Alexandre croit à sa bonne étoile, il « succèdera à Mélenchon » et « sera président de la République ». Cette opinion, exprimée sur fond d’images où l’on voit le roi de Saint-Denis porté en triomphe par les lycéens qu’il excite, ouvre une réflexion sur la nature du mouvement lycéen actuel, sur la Nouvelle France chantée par La France insoumise, et sur l’avenir de la France.
Bagayoko président de la République en 2032 ?
Pour Laurent Alexandre, c’est sûr, « la vieille France » n’a rien compris. « Bally Bagayoko sera Président de la République en 2032 ou 2037. » Et « la dynamique de la Nouvelle France est irrépressible ». Sur le plan démographique, les chiffres paraissent le confirmer. Les prénoms du calendrier ne sont plus majoritaires chez les bébés déclarés en mairie et 40 % des nouveau-nés sont vaccinés contre la drépanocytose, maladie congénitale qui ne touche pas les Européens de souche. Un peu plus tôt, un peu plus tard, vers 2060 au plus tard, la vieille France sera morte de vieillesse et la Nouvelle, la « jeune », l’aura remplacée. Même si, d’aventure et par extraordinaire, le flot de l’immigration-invasion se tarissait. La composition ethnique des différentes classes d’âge présentes en France implique le grand remplacement de la vieille France par la nouvelle – sauf remigration bien sûr.
Le roi de Saint-Denis peut tomber comme un soufflé
Mais une deuxième dynamique est importante, qui conditionne l’accès de Bally Bagayoko (ou d’un homme analogue) à l’Elysée, la dynamique politique. Laurent Alexandre semble tenir pour acquis que la nouvelle France démographique se rangera intégralement sous la bannière politique de la Nouvelle France mélenchonienne dont Bally Bagayoko est aujourd’hui la figure de proue. Or rien n’est moins sûr. D’abord parce qu’un regain de vie de l’ancienne France s’est exprimé lors du récent voyage du pape. Ensuite parce que les violences et le communautarisme de La France insoumise lui valent, à proportion de sa popularité chez les jeunes radicalisés, l’inquiétude des bourgeois et l’animosité de beaucoup de républicains. LFI et le maire de Saint-Denis pourraient tomber comme un vulgaire soufflé. La nouvelle France n’est pas la Nouvelle France.
Bagayoko, Saint-Denis, les rois, l’intégration
C’est pourquoi la dynamique politique insoumise pourrait être brisée, la dynamique démographique s’intégrant finalement dans le cadre d’une France hybride dirigée, par exemple, par une Marine Le Pen donnant forme sur le sol métropolitain au rêve d’intégration que fit son père voilà soixante-dix ans sur le sol algérien. Bagayoko a paru sentir la chose, et il s’est démarqué tant de la violence que du communautarisme en déclarant à Tribune Chrétienne, à propos de la basilique de Saint-Denis et de la venue du pape : « La laïcité n’est pas l’amnésie. (…) On ne peut comprendre notre pays sans comprendre l’influencer du christianisme. (…) La France n’a pas besoin de choisir entre son héritage chrétien et ses citoyens musulmans. »
Mélenchon et Bagayoko rentiers de la violence
Cependant, le nouveau roi de Saint-Denis a été rattrapé par l’actualité et les forces qui l’ont fait roi : il a légitimé la violence, il a dansé devant les feux de poubelle, il a approuvé les lycéens qui cassent, brûlent et tabassent leur professeur. Il a été rattrapé par la dynamique de la France insoumise, en fait. Et par la dynamique des banlieues qu’il représente symboliquement. Depuis 2005, les émeutes n’y ont jamais vraiment cessé en France, comme un feu qui couve dans la tourbe. Elles se rallument à la moindre saute de vent. Mélenchon en est le rentier, et Bagayoko aussi, le cours de leur valeur politique dépend des variations de la violence.
Justice ou révolution : le verdict va tomber
Aussi soutiennent-ils le mouvement de blocage, où l’on voit des drapeaux algériens et palestiniens : ce n’est pas une revendication de moyens, c’est une émeute politique. Les chiffres commencent à le montrer : 1.000 interpellations, 76 policiers blessés, tel est le bilan provisoire de violences qui s’étendent désormais à plus de 355 établissements. Des collectifs proches de LFI, d’autres des Frères musulmans, excitent les apprentis casseurs auxquels se mêlent des hommes politiques d’extrême gauche. On ignore comment la situation évoluera. Cela peut enfler et dégénérer en révolution, où tout est possible. A l’inverse, cela peut déboucher sur une reprise en main par le pouvoir, assortie d’une justice sévère contre les émeutiers et leurs inspirateurs. Cela serait une victoire pour Emmanuel Macron, et pour le bloc central en vue de 2027.











