Oublions par méthode les violences. Deux écoles de commentaires s’opposent pour expliquer la crise des lycées. Les uns insistent sur les revendications : plus de moyens et de profs, moins de parcours sup. Les autres focalisent sur l’angoisse des jeunes devant leur avenir, la faillite du système français, une crise de confiance et de conscience à laquelle les sociologues trouvent mille causes. Les seconds ont raison. Les chiffres montrent que les moyens ne manquent pas. Le ministre Claude Allègre parlait de dégraisser le mammouth de l’Education nationale : il reste du gras, mais malsain, et l’animal souffre d’une profonde maladie politique et spirituelle, le syndrome de Ferry. L’instruction publique obligatoire, dispensatrice de bons diplômes garantissant l’ascension sociale, n’est pas adaptée au biotope de la nouvelle France, ravagée par l’invasion migratoire et la révolution arc-en-ciel.
Le Mammouth est gras, les lycées profitent
Il y a bien sûr, en France, des écoles et des lycées vétustes. Mais ce n’est pas le cas général. Depuis 1980, la dépense intérieure d’éducation a plus que doublé en euros constants. Et ce montant, qui frôle aujourd’hui les 200 milliards d’euros, avoisine 7 % du PIB (il a culminé dans les années 90 à 7,8 %). Sans doute une part de cet effort financier sert-il à financer les retraites du personnel, mais ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher la source des difficultés actuelles. De nombreux pays qui dépensent moins que nous pour l’instruction publique ont de meilleurs résultats et une jeunesse studieuse. La question n’est pas non plus le nombre d’élèves par classe, qui n’affecte guère le niveau des élèves. Le Japon, la Corée, ont de très bons résultats avec des classes de 30 élèves au lycée. Le niveau français s’est effondré en primaire au moment même où le nombre moyen d’élèves par classes passait de 23 à 21.
Plus de profs moins d’élèves, au lycée comme ailleurs
Le manque d’enseignants lui aussi invoqué demande une analyse plus précise. C’est le rapport entre le nombre de professeurs et le nombre d’élèves qui compte. Depuis 1970, le nombre total d’élèves scolarisés a d’abord cru pour retrouver à peu près le même niveau. Dans le primaire, la baisse a été constante, dans le secondaire il a cru avant de décroître. Pendant ce temps, le nombre d’enseignants augmentait. En 1970, il y avait 60,1 enseignants pour 1.000 élèves du secondaire, 76,53 en 1990 et 86,36 en 2025. Une augmentation de plus de 40 %. En même temps, le nombre d’options et d’enseignements augmentait, ce qui peut paraître un progrès mais consomme beaucoup de personnel d’une part et déconcerte le choix des élèves. De plus, il y a une proportion non négligeable de professeurs non affectés à l’enseignement (c’est une question d’organisation et de relations avec les syndicats) et 5,8 % d’absents – c’est de cela que souffrent les lycées.
L’absentéisme symptôme du syndrome de Ferry
Ce chiffre est à lui seul un symptôme du syndrome qui tue le Mammouth à petit feu. Beaucoup d’enseignants sont victimes d’une dépression, d’une peur, d’une angoisse, engendrées pour partie par les élèves et leur violence, pour partie par le découragement où les placent une pédagogie discutable et un niveau globalement catastrophique. Sans doute le salaire relativement bas joue-t-il un rôle mais l’avantage des vacances et la garantie de l’emploi compensent, et le mal dont souffre les enseignant est moral, spirituel. Le manque d’autorité, le désordre anxiogène tiennent à la fois aux contraintes humaines et civilisationnelles imposée par la société française, par la maladie syndicale omniprésente, et par l’auto-intoxication de l’école par les idéologies post-soixante-huitardes, la déconstruction décoloniale, le genre, le climatisme, etc.
La colère lycéenne, maladie auto-immune de la République
L’école de Jules Ferry avait pour objectif de mettre tous les élèves dans la main de l’Etat centralisateur républicain pour leur donner des connaissances de bases communes, permettant aux boursiers les plus méritants d’accéder à des études secondaires, puis supérieures le cas échéant, réservées à une élite en petit nombre. Mais son principal objectif était de façonner le peuple à l’image de la République. C’est toujours le cas, il suffit de lire l’ancien ministre Vincent Peillon à cet égard. Et surtout de voir les dernières réformes de poids : extension de l’école obligatoire à partir de trois ans, loi Evars, manuels politisés. Le but de l’école, du collège, des lycées, est toujours de faire de l’élève un citoyen – citoyen aujourd’hui de la République arc-en-ciel. Autrement dit un citoyen déconstruit : et c’est là que le paradoxe trouve sa limite. Car la déconstruction, c’est l’école de la destruction de la civilisation : elle ne saurait produire que désordre, angoisse, peur, violence. Les crétins désespérés qui cassent et revendiquent sont le produit de la République qui les a formés à ça, et qui s’attaquent à elle dans une sorte de maladie auto-immune.











