Il n’a jamais été aussi facile de créer une vidéo « fake » avec l’IA, mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises : Microsoft a déposé un brevet sur un procédé permettant de changer l’image du visage et les paroles d’une personne filmée, en temps réel ou quasi. En clair, un reportage en « live » d’un événement donné pourra, grâce à cette intelligence artificielle, modifier ce que dit un intervenant et adapter la position de sa bouche, et créer des « transitions fluides » en cas d’élimination ou de remplacement d’un mot.
On comprend à quel point un tel procédé d’hypertrucage pourrait permettre une modification instantanée, de façon indécelable pour le spectateur, du propos d’une personne filmée, interviewée ou « citée » par voie d’extrait vidéo. Il s’agit ni plus ni moins que de se donner les moyens de modifier la réalité. Et cela va de faire dire à une personne ce qu’elle n’a pas dit, à éliminer ce qui déplaît, ou à carrément lui faire dire le contraire de ce qu’elle pense.
La modification instantanée du doublage au service de l’hypertrucage
Selon Futurism, le brevet donne des idées d’applications. Par exemple, ôter des paroles précises qu’un spectateur pourrait ne pas vouloir entendre en suivant un événement en direct, ou encore bénéficier d’une traduction immédiate en ayant l’illusion que la personne filmée parle vraiment dans la langue cible.
Autre utilisation bienveillante proposée dans le brevet : l’élimination des hésitations (les « euh » ou les « ah »), voire le nettoyage de défauts d’élocution comme le bégaiement.
Mais ce n’est là encore que la pointe de l’iceberg. Le brevet précise que le logiciel d’IA pourrait traquer et faire disparaître des expressions très personnelles ou des clichés, voire des analogies familières ou des accents ou des mots régionaux.
Microsoft développe l’IA dans le sens de rendre le mensonge plus facile
Le système pourrait également éliminer « les mots marmonnés, mal prononcés, mal utilisés, mal formulés, offensants, déplacés ou inappropriés ». Il précise que les mots de remplacement pourraient provenir d’une « recherche sur Internet ». De là à s’en servir comme outil de censure pur et dur pour remplacer des mots qui fâchent par ceux qui se plient à la pensée unique, il n’y a qu’un pas.
Le trafiquage d’images ou de vidéos ne date pas d’hier. On se souvient du célèbre « Les chambres à gaz n’ont pas existé » prêté à Jean-Marie Le Pen, qui avait dit en réalité : « Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. » Mais grâce à l’IA, on change en quelque sorte de dimension, puisque même un propos capté en direct pourrait ne correspondre en aucune façon à celui qui aurait été réellement tenu, et le mensonge serait de surcroît maquillé par la modification de la position des lèvres.
Maigre consolation : le procédé, affirme le brevet, comprend la possibilité d’enregistrer et de conserver les prises vidéo et audio d’origine pour qu’un accès demeure à la réalité du terrain. Une possibilité, rien de plus. Le monde de demain se souciera-t-il encore de vérité ?











