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Salah Abdeslam veut « collaborer » avec la France

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Salah Abdeslam.


 
Changement d’attitude chez Salah Abdeslam, le dernier terroriste des attentats parisiens du 13 novembre 2015. Alors qu’il s’opposait, depuis son interpellation le 18 mars dernier, à l’idée d’un transfert en France, où il est attendu pour répondre de ses actes, et notamment de sa participation à ces crimes sanglants, l’un de ses avocats a fait savoir jeudi qu’il était désormais prêt à « collaborer » avec les enquêteurs français.
 
Dans la journée, la justice belge a alors autorisé la remise à la France de Salah Abdeslam. Un transfert qui, selon Jean-Jacques Urvoas, ministre français de la Justice, pourrait intervenir dans les dix jours – soit beaucoup plus rapidement que ce qui était envisagé jusqu’ici.
 

Salah Abdeslam accepte d’être transféré en France

 
« En vertu de la loi belge, le consentement du suspect de se rendre à la Justice française est désormais irrévocable, précise Jean-Jacques Urvoas dans un communiqué. Ainsi, la procédure devient courte ; sauf circonstance exceptionnelle, la remise interviendra dans un délai de dix jours. »
 
C’est assurément une bonne chose pour les enquêteurs français, et sans doute pour les victimes et leurs familles – sans doute, parce que cela dépend encore beaucoup de ce que Salah Abdeslam est susceptible de leur dire…
 
Quoi qu’il en soit, « cette décision traduit la qualité des échanges et de la coopération entre la France et la Belgique dans l’enquête sur les attentats de Paris et Saint-Denis », croit pouvoir se féliciter le ministre. En ce qui concerne la décision de la justice belge, sans doute.
 
Elle était d’ailleurs attendue, et, une fois que le prisonnier n’y mettait plus obstacle, la chambre du conseil de la Cour d’appel de Bruxelles, à la suite d’une audience à la prison de Bruges où le djihadiste est incarcéré depuis son interpellation, a pu la rendre rapidement. Ce qui suppose tout de même que la justice belge a tiré de Salah Abdeslam tout ce qu’il pouvait dire sur les filières djihadistes en Belgique, et notamment sur Molenbeek qui était l’un de ses principaux lieux de résidence, et où il a été capturé – et peut-être sur les attentats de la semaine dernière. Ou alors qu’elle estime ne pas pouvoir en apprendre davantage de lui, du fait de son silence ou de son ignorance.
 
Le procureur fédéral s’était, pour la circonstance, rendu sur place en vue de l’exécution du mandat d’arrêt européen émis par la France.
 

Le djihadiste entend « collaborer » avec la justice de notre pays

 
Une interrogation demeure néanmoins, pour ce qui est de la décision de Salah Abdeslam lui-même…
 
Venir en France n’est en effet pas anodin pour lui. Contrairement à la Belgique, il y est impliqué dans des actes précis et graves, ayant provoqué des morts nombreuses. Et il est en outre le dernier survivant des commandos impliqués dans ces tueries. Autrement dit, il peut s’attendre à payer le prix fort.
 
Cette situation correspond assez bien avec son opposition première à toute idée de transfert vers notre pays. Avec le fait aussi que, selon les enquêteurs, il se soit peu livré, jusqu’ici, au cours des auditions qui ont été faites depuis deux semaines.
 
Aujourd’hui, et, si l’on en croit ses conseils, plus précisément depuis le 24 mars, il demande à regagner la France pour « s’y expliquer ».
 
« Il souhaite collaborer avec les autorités françaises », affirmait jeudi matin Me Cédric Moisse.
 
« Je ne voudrais pas qu’il se referme, affirmait déjà la semaine dernière Me Sven Mary. S’il se refermait, ça nous mettrait encore devant d’autres Zaventem et d’autres Bataclan, et c’est peut-être ça que je veux éviter. »
 

Quelles réponses pour quelles questions ?

 
Après les attentats de Bruxelles, Salah Abdeslam aurait-il donc compris que, s’il devait advenir encore d’autres épisodes sanglants, il lui serait tenu grief de son silence ?
 
Ou alors préfère-t-il répondre d’actes dans lesquels il ne peut nier son implication, comme ceux de Paris, plutôt que de devoir répondre sur des actes auxquels rien, visiblement du moins, ne le relie, comme ceux de Bruxelles ? Avec le risque très net qu’on découvre, le temps passant, des liens nouveaux avec des affaires nouvelles…
 
Difficile, sans doute, de répondre, en l’état, à ces questions. Et il n’est pas sûr que Salah Abdeslam, s’il continue à observer un certain mutisme, y apporte des réponses.
 
Mais, en arrivant à Paris, ce qui comptera d’abord pour la justice française, et, au-delà, pour tous ceux qui sont concernés, c’est ce qu’il pourra dire sur cette tragique journée du 13 novembre dernier…
 

François le Luc