Génération décervelée : L’absence d’écrans améliore la lecture, une expérience à l’école l’a prouvé

 

Un professeur de littérature et d’anglais et ses élèves de Washburn High School à Minneapolis participent depuis l’an dernier à une expérience conjointement décidée visant à bannir des cours l’utilisation des dispositifs technologiques. L’enseignante, Maureen Mulvaney, en avait assez du plagiat, du manque de concentration de ses élèves et de leurs capacités de lecture de plus en plus médiocres.

Les parents de ces jeunes se sont eux aussi montrés enthousiastes à l’idée de bannir à la fois les smartphones et les ordinateurs portables des poches et des cartable, afin que tout le travail scolaire, que ce soit en cours ou à la maison, soit fait au crayon et au papier.

Les résultats ont été rapides et impressionnants. Même si certains élèves ont rechigné au début, ils ont été les premiers à apprécier – on parle même de « tomber amoureux » – la façon analogique ancienne de travailler. La proportion d’élèves de cette classe à se dire confiants quant à la lecture est passée de 46 % en septembre à 95 % en février. Pour Maureen Mulvaney, il est primordial d’éliminer tous les dispositifs qui contribuent à la distraction des élèves. « La solution, c’est le low-tech », a-t-elle dit dans une récente interview à la télévision locale. Refaire les choses à l’ancienne « nous permet de récupérer nos gamins ».

 

L’absence d’écrans a permis de « récupérer » des gamins qui ne se concentraient plus

L’épreuve qu’elle a imposée à ces adolescents n’est pas sans rappeler un entraînement sportif. Ils ont dû commencer doucement avec dix minutes de lecture silencieuse accompagnée de l’écriture à la main.

La plupart se sont arrêtés au bout d’une demi-heure, épuisés. Février étant arrivé, la plupart étaient capables d’écrire au moins deux pages, tandis que d’autres arrivaient à cinq ou six. 79 % d’entre eux ont reconnu à cette date qu’il était plus facile d’écrire et d’organiser leurs pensées sur le papier que sur un écran.

Un élève, Khalil Omar, a raconté qu’il préférait l’écriture à la main : « Désormais, je ne suis plus tenté. Quand je travaille sur le papier, j’ai l’impression que je peux utiliser mon écriture pour moi-même. » Une autre élève explique : « Lorsque nous utilisons le papier, nous n’avons pas la tentation de nous adresser à l’IA. Je suis obligée de me forcer à trouver mes propres idées, et c’est donc ce que je fais. »

 

Ce qui améliore la lecture, c’est de lire et d’écrire sans écrans

La nocivité des smartphones est à peu près reconnue par tous pour les jeunes d’âge scolaire. Maureen Mulvaney est allée plus loin en bannissant également l’ordinateur qui donne tout aussi bien accès aux chatbots d’intelligence artificielle, et incite également à ne pas lire.

Tout cela intervient alors que les effets néfastes de l’IA se font de plus en plus évidents, se manifestant notamment à travers une activité cérébrale moindre et mesurable chez ceux qui y ont recours pour les tâches intellectuelles.

Reste à savoir à quel point les jeunes passés par les écoles appliquant les pédagogies modernes de l’apprentissage sont réellement capables de lire et d’écrire consciemment. On sait que les méthodes d’apprentissage produisent des effets différents : meilleurs, moins bons, voire catastrophiques. On n’a pas attendu les ordinateurs et l’IA en effet, pour mettre en place « la fabrique du crétin », mais c’est une autre histoire. Mais la facilité avec laquelle l’IA et les écrans sont adoptés par les élèves tient certainement aussi à ce conditionnement dans la durée.

 

Jeanne Smits