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Al Gore sur VaticanNews : le pape François, une « force morale » face à la crise du changement climatique

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Une longue interview, quelque 1.400 mots… C’est beaucoup, à l’aune des capacités de lecture de nos contemporains, mais le site officiel d’informations géré par le Secrétariat pour les communications du Saint-Siège – devenu il y a peu le Dicastère pour la Communication dont le préfet vient d’être nommé – a voulu donner longuement la parole à Al Gore, ex-vice président des Etats-Unis de l’ère Clinton. L’entretien réalisé par VaticanNews est un hommage sans réserve à l’égard du pape François, présenté par Al Gore, prix Nobel de la paix et environnementaliste forcené, comme une « force morale » face à la « crise » du changement climatique.
 
C’est que tout change actuellement au Vatican. La morale n’est plus celle de papa, on lui préfère la fameuse « conscience écologique » et la non moins contraignante « conversion écologique » mises en avant par François, dans Laudato si’ notamment, tout comme le préfet du Dicastère pour la Communication n’est pas un cardinal ni même un évêque : le tout nouveau responsable presse du Vatican, nommé pour remplacer Mgr Dario Viganò, rattrapé par le scandale du Lettergate il y a quelques mois, est un laïc. C’est un journaliste de surcroît : Paolo Ruffini, ancien du Mattino di Napoli, du Messagero, de la RAI et, ces dernières années, directeur de radio et de la télévision de la conférence épiscopale italienne, Inblu et Tv2000. C’est la première fois qu’un Dicastère romain est dirigé par un laïc. Décidément, tout est possible.
 

Al Gore chante les louanges du pape François sur VaticanNews

 
Interroger Al Gore, pour en faire une sorte d’arbitre des élégances ou de la moralité de l’action du souverain pontife, relève déjà d’un exercice pour le moins étonnant. S’il est, en tant qu’auteur en 2006 du film Une vérité qui dérange ( et de son deuxième épisode paru l’an dernier) et promoteur de la taxe sur le carbone, une sorte de visage de l’écologisme le plus radical, il est à l’égard de la moralité catholique et de la loi naturelle clairement dans le camp de la mort puisque, après s’être affirmé globalement pro-vie jusqu’au début des années 1980, il a basculé dans le camp dit « pro-choix », jusqu’à participer à des événements du lobby pro-avortement NARAL aux Etats-Unis. Il prône la « stabilisation » de la population mondiale par la gestion de la fertilité dans les nations pauvres. Et il vient faire la leçon, avec la bénédiction des services de presse du Vatican !
 
Richissime – il « pèse » 200 millions de dollars – le globe-trotter Gore prêche la modération écologique et la vie simple, pauvre en émissions carbone à coups de déplacements énergivores, quand il n’est pas dans sa villa cossue, vingt pièces, dans le quartier huppé de Belle Meade à Nashville. Une « empreinte écologique » tendance « Faites ce que je dis, pas ce que je fais »…
 
Sa fortune considérable, Al Gore la doit notamment à sa croisade contre le CO2, par ses investissements dans des sociétés « vertes » qui ont certainement bénéficié de ses dadas en politique. Dès son premier livre, Urgence planète Terre, paru en 1992, il présentait « sa » solution : mettre en place une taxe carbone punitive, à 50 dollars la tonne au moins ayant vocation à doubler de manière à rendre financièrement impossible le développement de l’énergie fossile, condition pourtant du bien-être et de la santé d’innombrables millions d’êtres humains sur cette Terre qui n’ont pas d’autre source d’énergie indispensable à l’hygiène, aux soins, aux échanges, à l’alimentation. Pour un coût évalué à 15.000 milliards de dollars, sa nouvelle Commission de la transition énergétique créée en avril 2017 a promis de nouveau de transformer le monde grâce à ces investissements et ces taxes démesurés au service d’un plan véritablement anti-humain, alors même que la population actuelle du monde bénéficie d’un allongement de sa durée de vie, d’un meilleur accès à la nourriture et de ressources plus abondantes, contrairement aux prophéties alarmistes des années 1970.
 

Le pape François, une « force morale » face au changement climatique

 
Dans son entretien avec VaticanNews, Al Gore affirme d’emblée, pour expliquer son engagement « vert » : « Je crois que le but de la vie est de glorifier Dieu : si nous couvrons de mépris, si nous détruisons la création de Dieu, cela révèle une incohérence grotesque dans la manière dont nous vivons nos vies. »
 
Et il ajoute : « La crise du climat est aujourd’hui le défi existentiel le plus important que l’humanité ait jamais connu », assurant qu’outre l’homme, la moitié des espèces actuelles sont aujourd’hui menacées. « Lorsque Noé reçut l’instruction de prendre avec lui deux individus de chaque espèce dans l’arche pour les “garder en vie”, je crois que cette instruction vaut aussi pour nous », assure Al Gore. Le péché originel, le Déluge sont de la petite bière, donc !
 
Mais pourquoi l’humanité était-elle menacée du temps de Noé ? Du fait de ses transgressions, de ses péchés sans nombre. Aujourd’hui, les transgressions sont devenues la norme mais il faudrait que l’homme s’occupe d’abord du monde qui l’entoure, et non de sa conversion à Dieu. Indépendamment du fait que le changement climatique et le réchauffement de la planète restent à prouver, cette attitude en dit long sur le véritable changement de paradigme auquel on voudrait nous faire croire jusque dans les hautes sphères de l’Eglise.
 

La nouvelle moralité selon Al Gore

 
Lorsque Gore annonce que la quantité de gaz à effet de serre piègent autant de chaleur supplémentaire que 400.000 bombes nucléaires de type Hiroshima que l’on ferait exploser toutes les 24 heures, on se demande pourquoi il neige encore en hiver, et même pourquoi tous les océans ne se sont pas transformés en vapeur d’eau…
 
Mais ce que veut Al Gore, c’est renforcer le discours écologique du pape dont il faut bien dire qu’il est exactement sur la même longueur d’onde que le sien. Interrogé sur une déclaration récente affirmant que le changement climatique n’est pas une question politique, mais une affaire spirituelle (voir ici l’article de reinformation.tv du 14 août dernier), Gore a particulièrement salué le leadership moral du pape dans ce domaine.
 
Il « a été une inspiration pour nous tous à travers le monde, particulièrement en raison de son insistance forte et répétée sur la résolution de la crise climatique », a déclaré Al Gore à VaticanNews. « Je suis reconnaissant, je suis émerveillé par la clarté de la force morale qu’il incarne. Il parle aussi de la manière la plus forte des plus vulnérables d’entre nous – les pauvres – et aide tous ceux qui veulent bien écouter à comprendre de quelle manière ils sont particulièrement affectés par la crise du climat… Quasiment tous mes collègues et amis catholiques tressaillent d’allégresse jusqu’à la moëlle de leurs os parce qu’il offre ce leadership spirituel. Je suis comme eux. »
 

VaticanNews publie un entretien complaisant avec Al Gore, promoteur de l’avortement et du contrôle de la population

 
« Plus généralement, l’enseignement spirituel joue à l’évidence un rôle crucial parmi les communautés du monde entier. Le pape est un modèle pour les leaders d’autres traditions religieuses pour ce qui est de la communication des dangers que pose la crise du climat et de notre devoir, en tant que gardiens de la création de Dieu, de la résoudre », ajoute Gore.
 
Et de souligner combien le pape participe au discours selon lequel les pauvres sont les premières victimes du changement climatique : cela donne l’occasion d’un petit couplet sur la « justice environnementale », et d’un autre pour féliciter le pape d’avoir réuni les plus hauts responsables de l’énergie pétrolière. « Nous sommes au premier stade d’une “Révolution durable” globale » assure encore Al Gore, qui y voit un événement comparable à la révolution industrielle, mais bien plus rapide encore grâce à la révolution numérique. Il salue au passage la Chine – toujours elle – d’y avoir adhéré.
 
Tout cela, il ne faut pas s’y tromper, renvoie en définitive vers une nouvelle, ou plutôt vers une très ancienne idolâtrie, celle de la Terre. Dans son entretien avec VaticanNews, Al Gore l’a laissé entrevoir : la nouvelle religion, la nouvelle moralité portent sur la planète. Comme le prochain synode pan-amazonien, lui et les siens se focalisent sur les spiritualités indigènes. Tout cela est profondément cohérent.
 

Jeanne Smits