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Les Américains donnent la priorité à la liberté d’information – mais soutiennent aussi les entreprises technologiques contre les « fake news »

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C’est un sondage du Pew Research Center, mené entre le 26 février et le 11 mars 2018, qui le démontre : Républicains ou Démocrates, les Américains se dressent majoritairement contre les limitations gouvernementales aux libertés d’internet qui permettraient de lutter contre les « fake news » sur les médias sociaux. En revanche, paradoxe flagrant, quasiment le même pourcentage, à 2 % près, se montre prêt à soutenir l’action de censure du même métal des entreprises technologiques, alias Facebook et Cie !
 
Bien que l’effet soit aussi nocif, voire plus encore. Mais il est moins direct, moins douloureusement voyant… L’éthique moderne a ses impératifs. Orwell sans être Orwell ! On revisite le totalitarisme.
 

Une majorité de Démocrates sont favorables aux mesures prises par les entreprises technologiques

 
Les affaires se succèdent et Facebook, en la personne de Zuckerberg, a dû finir devant le Congrès des États-Unis pour arguer (entre autres) de la bonne foi du réseau social contre la désinformation… Seulement, entre se faire occasionnellement berner et se faire constamment raconter la vie sous un certain angle, il y a comme un fossé que les Américains, friands de leur indépendance d’opinion, ne veulent pas voir franchir.
 
Pour 58 % d’entre eux, la liberté de l’information devrait donc être protégée, même si cela signifie que « de fausses informations peuvent être publiées ». Et Républicains et Démocrates sont pratiquement à égalité dans cette opinion (60 % et 57 %).
 
Seulement 39 % ont déclaré que le gouvernement américain devrait « prendre des mesures pour réduire les fausses informations en ligne, même si cela limite la liberté d’information ».
 
Cependant, lorsque la même question se pose au sujet des entreprises de technologie qui prendraient la responsabilité de ces mesures de restriction, l’équilibre se modifie. Seulement 42 % préfèrent protéger ces libertés plutôt que de faire intervenir des entreprises technologiques, même si cela signifie la présence de certaines informations erronées en ligne : 56 % préfèrent donner carte blanche aux Facebook et Cie.
 
Et dans ce dernier groupe, il faut bien sûr noter la forte présence des Démocrates : 60 % d’entre eux soutiennent les entreprises technologiques contre seulement 48 % des Républicains.
 

Les jeunes signent (encore) pour la liberté d’information

 
A regarder l’affaire par le prisme des âges, on s’aperçoit que l’opposition à la censure des médias sociaux par le gouvernement et les entreprises technologiques est particulièrement forte parmi les jeunes générations. 65 % des 18-29 ans sont opposés à ce que le gouvernement restreigne la liberté d’information pour lutter contre les « fake news », et 56 % le sont de la même façon face aux entreprises technologiques.
 
A mesure que l’on remonte chaque groupe d’âge, la proportion des amoureux de la liberté diminue. On observe néanmoins une différence entre les deux formes de censures : dans le cas d’une censure gouvernementale, le groupe des plus de 65 ans se partage équitablement entre les pour et les contre (48 % de part et d’autre) ; alors que dans le schéma d’une censure opérée par les « tech companies », 64 % l’accepteraient contre 34 %.
 
On peut faire la même observation chez les plus jeunes, une censure « made by Facebook » fonctionnerait clairement mieux qu’une censure opérée par le gouvernement (42 % contre 31 %).
 

Chez les Américains, les femmes sont moins libres ?

 
Il est également à noter que les moins éduqués sont logiquement plus favorables à l’action du gouvernement américain pour organiser un contrôle des « fake news ». Le niveau d’études est en lien avec la liberté d’opinion : au moins six adultes sur dix ayant fait des études supérieures (64 %) et un baccalauréat ou plus (68 %) préfèrent accepter la présence de fausses informations en ligne tant que la liberté d’accès et de publication de l’information demeure intacte.
 
Se remarque aussi un écart notable entre les sexes. 10 % de plus d’hommes ont déclaré que le gouvernement ne devrait pas restreindre la liberté d’information pour lutter contre les « fausses informations », bien qu’une faible majorité (53 %) des femmes reste d’accord. Et lorsque la question est posée sur les entreprises technologiques, les femmes préfèrent que des mesures soient prises alors que les hommes sont divisés entre les deux positions.
 
Le sexe féminin penche pour une prudence raisonnée mais non raisonnable…
 

Les « fake news » seront à revoir par les entreprises technologiques

 
Globalement donc, la résistance à l’action du gouvernement américain touche presque tous les groupes démographiques étudiés, avec de forts sentiments parmi les jeunes Américains, les universitaires et les hommes, ainsi que les Démocrates et les Républicains, à l’exception des plus âgés et des moins instruits qui se partagent équitablement entre le oui et le non.
 
En revanche, seuls le groupe des 18-29 ans et les Républicains (même si c’est de peu) résistent encore à l’idée d’une liberté d’information restreinte par les technologies d’information elles-mêmes. C’est dire à quelle vitesse la censure web avance ses pions, à peine masquée…
 

Clémentine Jallais