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Pour Bannon, il faut vaincre la Chine totalitaire communiste et favoriser une alliance avec la Russie – pourtant bien proche de Pékin…

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L’ancien conseiller de Trump et rédacteur en chef de Breitbart, Steve Bannon, a déclaré que les États-Unis étaient en guerre avec la Chine. Une guerre commerciale, mais aussi une guerre idéologique contre un État totalitaire avec lequel l’Occident judéo-chrétien n’a rien à voir. Une réalité politique de taille, mais que Bannon voudrait voir réduire grâce à une alliance avec… la Russie. Quid, alors, de l’alliance sino-russe ? Les partenariats sont nombreux et toujours croissants. Quant à la nature politique du Kremlin, il n’est pas évident qu’un juste et libre partage des pouvoirs préside à ses destinées – on n’efface pas si rapidement sept décennies de communisme et l’élite d’antan est toujours en place.
 
Certes, Poutine a de qui séduire, avec son nationalisme énergique, son orthodoxie affichée, son sens de la famille… Mais l’engouement qui chatouille Bannon – et d’autres dirigeants ou chefs de partis en Europe – doit être pris avec des pincettes.
 

Un rapprochement avec la Russie – et plus si affinités…

 
C’était mercredi, lors de l’événement « Delivering Alpha » de CNBC (chaîne de télévision d’information économique et financière). L’ancien stratège en chef de la Maison-Blanche a redit tout son soutien à Trump contre l’adversaire chinois : « Nous sommes en guerre (…) la victoire sera lorsqu’ils nous donneront l’accès complet à tous leurs marchés ».
 
Lors de sa campagne, le président américain pointait déjà la menace qui se lève à l’Est et dont l’ombre croit depuis des décennies sur les États-Unis. Il a accusé la Chine de « violer » les États-Unis avec sa politique commerciale et de « tuer » des emplois américains ; il l’a aussi tancée sur son ambition territoriale à maintenir une présence en mer de Chine méridionale en y construisant des îles artificielles…
 
Mais Bannon va plus loin, en replaçant cette guerre dans une perspective plus large. C’est l’Occident qu’il veut réunir « contre la montée d’une Chine totalitaire », contre la menace civilisationnelle et même idéologique que représente cette gigantesque puissance économique qui a su verser dans un libéralisme financier effréné sans pour autant renier ses convictions communistes – en particulier et surtout le contrôle qu’elle garde sur à peu près tous les secteurs.
 

Alliance de Bannon contre la Chine communiste : un « réalignement civilisationnel »

 
Et en qui voit-il un allié potentiel voire nécessaire… ? La Russie de Poutine. Steve Bannon croit que les États-Unis devraient se lier d’amitié avec la Russie pour isoler la Chine, « tout comme lorsque lorsque Richard Nixon et Henry Kissinger ont cherché, il y a des décennies, à renforcer leurs relations avec Pékin afin d’isoler Moscou » écrit l’agence russe Sputniknews.
 
Pour Vanity Fair, il s’agit d’un « réalignement civilisationnel longtemps recherché ». Un réalignement dont Bannon travaillait largement à la réalisation lors de son mandat à la Maison Blanche (on a vu s’imposer à la Chine les droits de douane et s’améliorer les relations avec le Kremlin en dépit de l’acharnement médiatique antirusse)
 
« Les Russes font partie de la culture judéo-chrétienne », a-t-il déclaré au quotidien israélien Haaretz, « nous n’avons pas besoin de nous battre avec eux, il faut que la guerre froide finisse ».
 
Quelque part, la Russie représenterait ce que le monde occidental était avant, un Etat fort, nationaliste et indépendant… autant d’éléments, disait déjà Bannon lors d’une conférence en 2014 au Vatican, qui font partie des « fondements qui ont construit l’Europe de l’Ouest et les États-Unis », à rebours d’une union européenne oligarchique ou d’un gouvernement centralisé américain… « Je pense que c’est ce qui nous permettra de progresser ».
 

30 % des Républicains américains favorables à Poutine

 
De fait, depuis que Trump a pris ses fonctions, le pourcentage de Républicains exprimant des opinions « plutôt favorables » ou « très favorables » à Vladimir Poutine a grimpé de 8 % à environ 30 %. Et Bannon est parti pour rassembler en Europe via The Movement qu’il vient de lancer, tous les partis populistes qui lorgnent sur la souveraineté préservée du pays de Poutine alors qu’ils se font de plus en plus chapeauter par Bruxelles.
 
Cependant, les rêves peuvent créer des œillères.
 
On parle de se rapprocher de la Russie pour isoler la Chine, mais la communiste Pékin et la post-communiste Moscou, en plus de leurs liens historiques, cultivent un partenariat très établi qui tend plus à augmenter qu’à décroître ! Bannon le sait fort bien.
 
De plus, il semble qu’il élague tout d’un coup certaines suspicions sur l’État russe qu’il livrait encore, en 2014, au Vatican : « Vous savez, disait-il, Poutine a été un personnage assez intéressant. Il est aussi très, très, très intelligent. Je peux le constater aux États-Unis, où il joue très fort avec les conservateurs sociaux au sujet de son message sur les valeurs plus traditionnelles, alors je pense que c’est quelque chose sur lequel nous devons être très vigilants. Parce qu’au bout du compte, je pense que Poutine et ses acolytes sont vraiment une kleptocratie, qu’ils sont vraiment une puissance impérialiste qui veut se développer ».
 

Un mot sur l’État profond russe ?

 
Et puis quelle est la nature de cet impérialisme ? Qu’on se le dise, la Perestroïka (qui signifie d’ailleurs seulement « restructuration ») qui a fini par mettre au pouvoir Poutine, n’est pas descendue du ciel, tel un deus ex machina. Elle a été préparée, organisée, par ces mêmes esprits qui présidaient aux destinées de l’URSS (le livre de l’ancien membre du KGB Anatoli Golitsyne, New Lies for Old, illustre fort bien cette continuité de l’action politique russe, en dépit de la disparition officielle du communisme) : l’élite est toujours présente, les oligarques et dirigeants actuels en sont tous issus.
 
Certes, est entrée en scène la Maison Blanche, l’appareil législatif russe, mais cette démocratie est bien maigre, le pouvoir exécutif, le gouvernement réel, lui restant en tous points supérieur. Et question conflits et oppositions politiques, la réponse ne se situe jamais dans le consensus (en 1993, Eltsine éliminait ses opposants en faisant tirer les chars sur la Maison Blanche, 150 morts officiels, 1 500 officieux).
 
Quant aux véritables dirigeants du pays, ce n’est pas le parti au pouvoir, nous dit Gleb Pavlovsky lui-même, ancien conseiller politique de Poutine entre 1999 et 2011, dans le Gardian en janvier 2012 : « Le parti au pouvoir, Russie unie, n’est pas l’État. C’est juste un sac plein de gens accrochés au Kremlin (…) Il n’a absolument aucune indépendance et ne peut pas agir seul. Il ne peut pas remplir les directives politiques. Il a besoin d’instructions complètes. Russie Unie n’a rien de commun avec le PCUS. Cela a été utile en tant que composant du système. »
 
Cette idée fondamentale du contrôle, qui fit la Révolution, semble donc persister (qu’on cesse de regarder l’économie comme l’unique laboratoire révolutionnaire). Peut-être faudrait-il alors se poser des questions quant à l’État profond russe et la réalité idéologique de ce système dit « post-communiste » ? Encore plus s’il est question d’y allier le monde occidental et la défense de ses valeurs judéo-chrétiennes – même pour contrer la Chine… Et si pour éviter la peste, on se laissait gangrener par le choléra ?
 
C’est au moins à méditer.
 

Clémentine Jallais