fbpx

Béatification de Mgr Enrique Angelelli, un évêque argentin engagé, politiquement mort dans des circonstances troubles

béatification Enrique Angelelli
 
Le pape François a signé le 8 juin le décret de béatification de quatre Argentins, parmi lesquels Mgr Enrique Angelelli, mort au début de la dernière dictature militaire en 1976 alors qu’il était évêque de La Rioja. Le pape argentin a annoncé lui-même la nouvelle à l’actuel évêque de La Rioja, Mgr Marcello Colombo. Vatican News décrit ainsi son parcours : « Mgr Enrique Angelelli (1923-1976) fut une figure particulièrement marquante de l’Eglise argentine. Après avoir été évêque de Cordoba, et avoir participé au Concile Vatican II, il fut nommé par le Bienheureux Paul VI évêque de La Rioja, où il se distingua par un fort engagement social. “Toujours avoir une oreille tournée vers le peuple, et l’autre vers l’Evangile”, aimait à répéter celui que beaucoup surnomment le “Romero argentin”. Il ne prit jamais la peine de cacher son hostilité envers la “guerre sale” et la dictature du général Videla, s’attirant l’ire des autorités. Il mourut dans un accident de voiture déguisé le 4 août 1976. Pendant des années, les autorités soutinrent que cette mort était accidentelle, en dépit des signes qui attestèrent de sa nature criminelle. En 2014, deux officiers de l’armée, – qui avaient, selon un témoin, achevé par balles Mgr Angelelli après le simulacre d’accident –, furent condamnés à la prison à perpétuité. »
 

Enrique Angelelli, évêque martyr de la foi catholique ou militant politique mort dans un accident de la route ?

 
Une béatification troublante pour certains comme le montre cet article publié lundi par un blogueur chrétien argentin, qui souligne à la fois les doutes pesant sur les circonstances réelles de la mort d’Enrique Angelelli – accident de la route ou assassinat politique – et son engagement plus politique que religieux dans le camp du mouvement des prêtres pour le tiers monde. Ce mouvement, précurseur direct de la théologie de la libération, a vu certains de ses membres adhérer au péronisme révolutionnaire et à des guérillas comme les Montoneros. Le jugement contesté de 2014 est essentiel pour cette béatification dans la mesure où, s’il n’y a pas eu meurtre, il n’y a pas eu non plus martyre. Il est d’ailleurs curieux que le site Vatican News parle des deux officiers condamnés comme ayant « achevé par balles Mgr Angelelli » alors que l’autopsie réalisée après exhumation du corps en 2009 n’a laissé apparaître aucune trace de balle mais uniquement une trace de coup avec un objet contondant au niveau de l’os occipital ainsi que des côtes cassées. Et même si assassinat il y a eu, on peut se demander, souligne l’auteur de l’article, si le prélat est mort pour sa foi ou pour son idéologie politique. Et s’il est mort pour sa foi, quelle était cette foi ? Car son idéologie et son engagement politique et social clairement ancrés à gauche étaient antérieurs au coup d’État militaire de 1976. Accessoirement, Mgr Angelelli participa aussi au concile Vatican II, et ses positions modernistes furent à l’origine d’un conflit avec l’évêque titulaire du diocèse argentin de Córdoba et se soldèrent par la destitution d’Angelelli comme évêque auxiliaire.
 
Le blog Wanderer avance en outre ce qu’il dit être un document du diocèse de La Rioja rédigé en juillet 1972 après une réunion présidée par Mgr Angelelli. Ce document reflète une volonté d’action politique du diocèse au côté du Mouvement des prêtres pour le tiers monde, avec un projet d’épuration des prêtres éloignés de ce mouvement et de « mentalisation » (changement des mentalités, sans doute) plutôt que d’évangélisation.
 

Une béatification qui suscite des interrogations

 
L’auteur de l’article publie par ailleurs, pour démontrer l’activité politique de l’évêque béatifié par le pape François, des extraits relatifs à la vie et à la mort de Mgr Angelelli tirés de l’Histoire politique de l’Église catholique du journaliste, écrivain et militant des droits de l’homme argentin Horacio Verbitsky, classé à gauche.
 
Mais pour savoir si les sympathies politiques de François ont joué dans sa décision de béatifier son compatriote, encore faudrait-il connaître tous les éléments du procès en béatification conduit par la Congrégation pour les causes des saints, et l’auteur argentin en convient lui-même. Seulement il a de gros doutes…
 

Olivier Bault