Alors que le gouvernement socialiste espagnol de Pedro Sanchez cherche à gommer autant que faire se peut le caractère sacré du Valle de los Caídos, le monument aux morts des deux camps de la Guerre d’Espagne érigé par décision de Francisco Franco en vue de la réconciliation après la guerre civile, le journal La Razón a publié mardi matin une information affirmant que les moines bénédictins desservant le sanctuaire approuvent l’accord entre le Vatican et le gouvernement espagnol, mais selon InfoVaticana, cette information est fausse. Le « re-signification » du monument – que l’on veut transformer en musée – ne passe pas. Pas plus que la « trahison » du Saint-Siège, désignée comme telle par le site Infovaticana, qui suit cette affaire de près.
Trahison ? Le mot désigne le pacte conclu par le Secrétaire d’Etat, le cardinal Pietro Parolin, et le ministre de la Présidence, Felix Bolaños, qui se sont réunis au Vatican le 25 février dernier pour redéfinir la nature du Valle de las Caídos et éjecter le prieur de la communauté bénédictine, le P. Santiago Cantera, qui se dressait avec vigueur contre les changements recherchés par le gouvernement laïciste espagnol.
Les Bénédictins du Valle de los Caídos victimes de mensonges et de trahisons
L’accord a été signé quelques jours plus tard avec la participation du jeune cardinal José Cobo, élevé à cette dignité peu après avoir été fait archevêque de Madrid par le pape François en 2023 : il prévoit le maintien de l’autel et du culte dans la grande église du sanctuaire, mais celle-ci sera en grande partie changée en musée, avec une décoration nouvelle pour laquelle un concours international doit être organisé.
Le quotidien La Razón assure donc désormais que les moines bénédictins eux-mêmes acceptent la chose, se sentant « sauvés ».
Infovaticana réplique : « Des sources proches de l’abbaye – et très bien informées – démentent catégoriquement que les moines aient accepté l’accord conclu par le Vatican avec le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez. “Les moines ne sont pas d’accord. Ils acceptent et respectent la situation actuelle parce qu’ils n’ont pas le choix, mais ils ne sont pas d’accord avec cela”, affirme cette source bien informée sur la façon dont toute cette affaire s’est développée. »
Cette source ajoute que les moines jugent l’article mensonger, destiné à les « manipuler ». Et si les religieux « essaient d’encourager les gens à prendre les choses avec calme… cela est une chose : une autre est d’être d’accord, car on ne les a en rien pris en compte », cite encore Infovaticana.
Au nom de la laïcité, une grande partie du Valle transformée en musée
Ce blog d’informations catholiques ajoute que le principal responsable de la situation actuelle n’est pas le cardinal Cobo, selon la source consultée, mais le cardinal Parolin : « Le secrétaire d’Etat du Vatican est plus coupable que Cobo. Celui-ci a un peu mis un frein à Rome, étant conscient de beaucoup de choses. » Parolin aurait d’abord envisagé la possibilité de désacraliser purement et simplement la basilique du Valle de los Caídos ; le maintien du culte serait donc le fruit de l’action du cardinal Cobo.
Le P. Santiago Cantera a quant à lui bien été remplacé par le P. Alfredo Maroto dont la nomination comme nouveau prieur a été ratifiée sur place par le Père Abbé de Solesmes, Geoffroy Kemlin, puisque les bénédictins du Valle sont rattachés à l’abbaye française.
Les Bénédictins persécutés au nom de Dieu
Dans une préface au tout nouveau livre sur les Cristeros (La Contrarrevolución cristera. La historia de los católicos que se alzaron contra la persecución. México 1926-1929) du prêtre argentin Javier Olivera Ravasi, le P. Santiago Cantera écrit :
« La cruauté déclenchée contre les “Cristeros” (nom que leur ont donné avec mépris les révolutionnaires ou “fédéraux”, mais que les catholiques insurgés ont assumé avec honneur, car ils se considéraient sans hésitation comme les défenseurs du Christ), en particulier dans la répression sauvage qui a suivi les malheureux Arreglos [les accords entre les autorités mexicaines et l’Eglise qui a demandé aux Cristeros de déposer les armes], ne s’explique pas par des raisons purement humaines, tout comme ne s’explique pas les actes de cruauté envers les chrétiens, catholiques et orthodoxes, que les révolutionnaires français ont perpétrés en Vendée, les communistes en Russie et les membres du Front populaire en Espagne, entre autres. Tous aspiraient à l’anéantissement total et radical de la foi et de l’Eglise dans ces territoires comme dans tous ceux où ils pouvaient répandre leur idéologie de haine, qui aspirait toujours à la création d’une utopie de l’homme sans Dieu. Les réactions viscérales, le radicalisme, la cruauté, la haine déchaînée dans toutes ces révolutions répondaient sans aucun doute à une inspiration diabolique, comme l’a explicitement exprimé le pape Pie XI dans plusieurs de ses documents pontificaux…
« Nous ne devons pas nous étonner de la montée de cette haine d’origine diabolique (que ses exécutants humains en soient conscients ou non), car, dans la compréhension théologique de l’histoire, comme l’a dit le pape-moine saint Grégoire VII, “plus les temps avancent, plus [le démon] s’efforce d’éteindre la religion chrétienne”. »
La déchristianisation du Valle de los Caídos s’inscrit à sa façon, de manière plus feutrée, dans ce combat contre Dieu et contre la vérité.