Bruel mis en examen : le précédent Polanski

 

L’acteur et chanteur Patrick Bruel vient d’être mis en examen pour viols, tentatives de viol et agressions sexuelles et placé sous contrôle judiciaire : aux yeux des quatre juges d’instruction, il existe donc suffisamment de charges graves et concordantes pour le faire, même si le prévenu reste présumé innocent. Laissons, comme on dit, la justice suivre son cours, tout en notant que l’homme n’est accusé ni de pédophilie, ni de brutalités, ni de menaces. L’unanimité de la réprobation qui s’abat sur lui contraste singulièrement avec la réaction du Tout Paris artistique en 2009-2010 lorsque Roman Polanski avait été arrêté en Suisse pour le viol commis en 1977 sur une fillette. Samantha Gailey avait treize ans au moment des faits : il l’a fait boire, l’a droguée, puis a usé d’elle et l’a reconnu, plaidant coupable pour éviter les griefs de viol et de sodomie. La victime a assuré que ces deux actes avaient bien été commis, puis a retiré sa plainte contre argent sonnant plusieurs dizaines d’années plus tard. Un procès au civil court toujours. La justice américaine a demandé en vain l’extradition de Polanski à plusieurs reprises. Après son arrestation en Suisse en 2009 sur mandat d’arrêt international, le gratin du cinéma international et de la culture française a pétitionné pour le faire élargir, de Bernard-Henri Lévy à Woody Allen en passant par Bernard Kouchner, Fanny Ardant, Isabelle Huppert, Olivier Assayas, Yasmina Reza, Pascal Bruckner, Danièle Thompson, etc. Cette levée de boucliers étonne : s’il avait porté une soutane, Polanski aurait été jeté en prison, puisque quatre-vingts pour cent des victimes des crimes « pédophiliques » reprochés à l’Eglise américaine sont des garçons appartenant à la tranche d’âge de Samantha Gailey. Mais Polanski jouit de soutiens dans tous les pays qui produisent ses films et ses deux nationalités, la polonaise et la française, lui évitent l’extradition vers les Etats-Unis. On en soupire de soulagement. Il faut laisser travailler librement les autorités morales.