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Un médecin, Frédéric Amant, découvre que la chimiothérapie pendant la grossesse peut sauver à la fois la mère atteinte d’un cancer et l’enfant

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Le magazine Cancer World a récemment rendu compte du travail pionnier d’un chercheur belge, Frédéric Amant, qui a permis de sauver à la fois la mère et enfant, de plus en plus souvent au cours de ces dix dernières années, alors que la découverte d’un cancer chez la mère est souvent synonyme du « sacrifice » de l’un ou de l’autre.
 
A l’heure actuelle, lorsqu’un cancer se déclare pendant la grossesse, l’enfant est souvent sacrifié – c’est-à-dire tué par avortement – pour permettre le traitement de la mère. Parfois, celle-ci refuse ce meurtre, acceptant d’attendre les traitements pour sauver la vie de son enfant et prenant le risque de voir son cancer l’emporter. Une solution à ce dilemme semble être en vue.
 
La déclaration d’un cancer est très rare pendant la grossesse d’une femme : un cas pour 1.000 à 2.000 grossesses. Mais leur nombre semble augmenter à mesure que les femmes retardent leurs grossesses.
 
Lorsque le docteur Frédéric Amant a obtenu son doctorat de l’Université catholique de Louvain en 2002, il regrettait qu’une trop faible attention soit accordée aux femmes enceintes atteintes de cancer, en raison de la rareté de leurs cas.
 

Frédéric Amant a découvert que la chimiothérapie pendant la grossesse permet de sauver la mère et l’enfant

 
Amant a donc décidé de se spécialiser dans la cancérologie gynécologique : son université ne proposait pas l’option et c’est en Afrique du Sud qu’il est parti l’étudier.
 
Son université d’origine s’est finalement arrangée pour lui permettre d’exercer, et c’est alors que le docteur Amant a réuni une équipe à Louvain, qui a, depuis lors, rassemblé un nombre suffisant de données et développé de nombreuses techniques qui ont permis d’éviter des centaines d’avortements.
 
Le docteur Amant a commencé par s’intéresser à la chimiothérapie, et s’est alors penché sur le cas d’une femme enceinte atteinte d’un cancer du col de l’utérus.
 
« Le traitement standard était de mettre fin à la grossesse en effectuant une hystérectomie », se souvient-il. La jeune femme avait déjà subi une fausse-couche et souhaitait plus que tout cet enfant. Le médecin a donc envisagé la chimiothérapie comme alternative, fort de l’idée qu’elle pouvait être menée sans mettre l’enfant en danger, grâce à la protection assurée par la barrière placentaire.
 

Le professeur Amant refuse de pratiquer l’avortement lorsque le cancer se déclare pendant les premiers mois de la grossesse

 
C’est grâce à ce professeur et à ces équipes qu’il existe désormais une liste de chimiothérapies qui peuvent être suivies pendant la grossesse. Les équipes du professeur Amant ont également anéanti l’idée selon laquelle la grossesse elle-même amenuise les chances de réussite d’un traitement contre le cancer. « A l’origine, admet le docteur, il était difficile d’arriver à obtenir les subventions pour réaliser ce travail puisque les financiers n’arrivaient pas à croire que ce soit réaliste. »
 
Pour le docteur Amant, un cancer qui se déclare en fin de grossesse oblige parfois à faire le choix atroce entre les deux vies… Mais lorsque la maladie se déclare dans les premiers mois de la grossesse, il refuse de pratiquer l’avortement, quel que soit l’avis de la mère ou des deux parents concernés.
 

La chimiothérapie est moins néfaste pour l’enfant in utero qu’un accouchement prématuré

 
Les équipes du professeur travaillent actuellement à établir les conséquences à long terme sur l’enfant porté pendant une chimiothérapie. Jusqu’à présent, aucune conséquence néfaste n’a été découverte. En revanche, la recherche a montré que le choix de déclencher un accouchement prématuré pour démarrer la chimiothérapie a bien des conséquences négatives pour l’enfant, contrairement à ce que l’on croyait.
 
Le docteur Amant n’espère désormais qu’une chose : que tous les médecins du monde aient connaissance des découvertes qu’il a faites, et qu’ils s’en servent pour éviter des avortements.
 

Béatrice Romée