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En Chine, on collecte l’ADN de monsieur Tout-le-Monde pour
« le maintien de la stabilité »

Chine ADN collecte
 
Ce n’est pas nouveau. Depuis 1989, la Chine recueille des informations génétiques, tous azimuts sur ses ressortissants. Le système totalitaire communiste doit pouvoir savoir et contrôler : 40 millions de Chinois sont ainsi fichés dans ce qui se trouve être la plus grande base de données au monde… Aujourd’hui le système se déploie tout particulièrement dans les zones « à risque » pour le régime, comme la région très musulmane du Xinjiang. C’est ce qui a fait vivement réagir l’ONG « Human Rights Watch »… qui publie un document à charge.
 
La police chinoise, elle, parle d’un souci de « maintien de la stabilité ».
 

10 milliards pour une collecte massive d’échantillons d’ADN au Xinjian

 
C’est dans un rapport publié lundi que « Human Rights Watch » a fermement dénoncé la décision des autorités de la province du Xinjiang au nord-ouest de la Chine de mener des collectes massives d’échantillons d’ADN auprès de personnes qui n’ont pas enfreint une loi. La campagne a débuté dans la région, en septembre dernier, sous le prétexte d’un « bilan de santé ». Tous les demandeurs de passeports ou autres pièces d’identité se sont vus aussi contraints à une prise de sang dans le cadre de leur demande.
 
L’enquête de l’ONG a même mis au jour deux appels d’offres du bureau de la police régionale du Xinjiang pour du matériel de séquençage et de génotypage (a priori américain), pour un montant de plus de dix millions de dollars… Une infrastructure de type grande échelle, qui confirme clairement la volonté étatique d’accélérer la collecte et l’indexation de l’ADN de ses ouailles : selon un spécialiste belge, cet équipement pourrait dresser un profil de plus de 10.000 échantillons d’ADN par jour et plusieurs millions par an.
 
Rappelons que cette région ethnique minoritaire, qui abrite quelques 10 millions d’Ouïghours
 
musulmans, porte un lourd passif de répression gouvernementale. En bordure de l’Afghanistan, la région voit grandir l’extrémisme religieux, une menace pour les communistes qui renforcent donc les moyens de leur contrôle.
 

Le concept éculé de « maintien de la stabilité »

 
Plus globalement, c’est un véritable système à l’échelle nationale qui se met en place, et pour Monsieur presque Tout-le-Monde. Plus de 40 millions de personnes ont leur ADN répertorié (pour comparaison, le FBI en indexe seulement 12,7 millions) – et seulement 1,5 million d’entre elles sont liées à des scènes de crime…. Les services étatiques parlent d’une « information de base ».
 
Les profils ? Ouïghours comme on l’a vu, mais aussi travailleurs migrants, dissidents, activistes, pétitionnaires, clients de cybercafés ou d’auberges de passe, prostituées ou serruriers… Des groupes larges aux barrières extrêmement floues, des « cibles de travail » dit la police, tout ce qui peut être considéré comme une menace potentielle. Une forme de « police préventive » en quelque sorte.
 
Sur les réseaux sociaux, les internautes racontent comment les agents viennent chez eux, dans les écoles ou sur les lieux de travail… « Human Rights Watch » évoque cet avocat qui, connaissant la loi (officielle), avait refusé de donner son sang pour qu’on prélève son ADN : quelques semaines après, il fut mis en cause dans une affaire criminelle pour que le prélèvement devint légal…. Dans les faits, les gens n’ont pas les moyens de refuser.
 
Publiquement, on invoque le souci d’un « maintien de la stabilité » – jolis mots qui fleurent bon la répression totalitaire. Ou encore la nécessité de construire « une société harmonique ». Harmoniquement communiste, oui, effectivement.
 

« La Chine transmet son système orwellien au niveau génétique »

 
Internationalement parlant, les bases de données d’ADN ne sont pas intrinsèquement illégales et sont justifiées « comme des outils d’enquête autorisés », fait remarquer « Human Rights Watch ». Mais dans le respect de la vie privée, tout mécanisme de collecte et de conservation de l’ADN doit être réglementé de manière précise et explicite, et suivre un souci de sécurité légitime. Même la Cour européenne des droits de l’homme, en 2008, avait interdit la collecte et la rétention indéfinie d’empreintes digitales, d’échantillons de cellules et de profils d’ADN…
 
Alors, on imagine dans un pays où les bases juridiques en la matière sont fort loin d’être claires et l’appareil judiciaire encore plus loin d’être indépendant… Il n’y a pas, en Chine, de protection légale des individus – faut-il rappeler à l’ONG ce que veut dire le mot « communiste » ?
 
Actuellement 3 % de la population chinoise est ainsi recensée. Et tout laisse à penser que ce chiffre est voué à augmenter de façon considérable. Cumuler les données biométriques des citoyens ordinaires est un formidable outil de contrôle et de surveillance. Pour Sophie Richardson, la Directrice de recherches sur la Chine chez « Human Rights Watch », « la Chine transmet son système orwellien au niveau génétique ».
 
Comme disait un internaute chinois confronté à une prise de sang obligatoire dans un poste de police, « même l’ADN appartient au Parti communiste chinois » !
 

Clémentine Jallais