Déclin dramatique de la natalité mondiale : chute inédite de la population depuis la Grande Peste

déclin dramatique natalité mondiale
 

Un « déclin dramatique ». C’est avec ces mots que la revue scientifique The Lancet décrit la chute prévisible, et inédite, de la population mondiale, annoncée aux termes d’une étude réalisée par l’Institute of Health Metrics de l’université de Washington. Pour l’IHME, c’est plié : d’ici à 2050, les trois quarts des pays du monde n’auront pas un taux de fécondité suffisant pour assurer le remplacement de leurs propres générations. Et cinquante ans plus tard, en 2100, il en ira de même pour 97 % des pays, tandis que le taux de fécondité global passera de 2,23 enfants par femme en 2021 à 1,8 en 2050 et à 1,6 en 2100, selon les projections réalisées selon des méthodes innovantes. Ne dites plus : « nation » !

Il faut 2,1 enfants par femme en âge de procréer pour assurer le simple renouvellement des générations dans les pays développés (et davantage dans les pays pauvres). Avec un taux de 1,6, le monde perdra un quart de sa population dans la génération suivante.

 

La chute de population s’accompagnera d’un vieillissement inédit

L’effondrement des naissances aura ainsi pour conséquence l’augmentation moins rapide qu’estimé jusqu’ici de la population mondiale, qui dépasse actuellement de peu les 8 milliards. Le pic de population est prévu pour 2080 environ, à 10,5 milliards, avec un rétrécissement dès avant la fin du siècle. Les prévisions de l’IHME ne dépassent pas l’an 2100. Mais il faut bien imaginer que la chute pourra s’accélérer alors que les générations plus anciennes disparaîtront parmi les populations les plus vieillies.

Ce sera alors la première fois depuis la Grande Peste que la population mondiale se rétractera. On estime en effet que la peste bubonique a fait passer celle-ci de 400 millions à 350 millions d’âmes au XIVe siècle – mais c’était parce que les êtres humains mourraient en grand nombre. Aujourd’hui, alors même que la faim et la misère sont bien moindres, ils ne naissent plus. On peut dire qu’une partie de ces « manquants » sont ceux qui ont été avortés. Mais ce n’est là qu’un aspect de cette tragédie du refus de la vie.

Comment l’IHME arrive-t-elle à de telles projections ? Il a eu recours à de nouvelles méthodes de prédiction de la mortalité et de l’évolution de la fertilité. Concernant cette dernière, il a tenu compte notamment du niveau d’éducation, de la demande actuellement inassouvie de « moyens contraceptifs modernes » (c’est le thème habituellement employé par les ONG qui font la promotion de la baisse de la natalité pour faire la propagande de la contraception), de la mortalité infantile, de la proportion de naissances vivantes et de l’évolution des lieux de vie dans un contexte d’urbanisation croissante.

 

La natalité mondiale en deçà du taux de remplacement presque partout en 2100

Pour compenser cette perte de population annoncée dans la très grande majorité des pays, le rapport ne voit que « l’immigration éthique et effective ». Et pour l’inverser, l’étude suggère le recours aux « politiques offrant un meilleur soutien aux parents », tout en soulignant que ce ne sera pas suffisant.

Tout au long des années qui nous séparent de la fin du siècle, nous ferons face à un « changement sociétal vertigineux », commente le principal auteur de l’étude, le Pr Stein Emil Vollset : « Le monde sera confronté simultanément à un “baby-boom” dans certains pays et à un “baby-bust” dans d’autres. Alors que la plupart des pays du monde seront confrontés aux graves problèmes de croissance économique posés par la diminution de la main-d’œuvre et à la nécessité de prendre en charge des populations vieillissantes, de nombreux pays d’Afrique subsaharienne aux ressources limitées devront résoudre la question de savoir comment prendre en charge la population la plus jeune et à la croissance la plus rapide de la planète dans certains des endroits les plus instables du monde sur le plan politique et économique, où la chaleur pèsera lourdement et où les systèmes de santé seront mis à rude épreuve. »

Son principal co-auteur, le Dr Natalia Bhattacharjee, est tout aussi alarmiste : « Ces tendances futures en matière de taux de fécondité et de naissances vivantes reconfigureront complètement l’économie mondiale et l’équilibre international des pouvoirs et nécessiteront une réorganisation des sociétés. La reconnaissance mondiale des défis liés aux migrations et les réseaux mondiaux d’aide seront d’autant plus importants que la concurrence pour attirer les migrants sera féroce pour soutenir la croissance économique et que le baby-boom de l’Afrique subsaharienne se poursuit à un rythme soutenu. »

Où l’on voit que c’est une nouvelle « grande peur » qui est agitée par l’IHME, récipiendaire en 2017 d’un don de 279 millions de dollars de la part de la Bill & Melinda Gates Foundation pour subventionner dix ans de recherches. En tête de la présentation de l’article du Lancet par healthdata.org, il est d’ailleurs question de favoriser « l’immigration ouverte » dans les pays riches et d’améliorer l’accès aux contraceptifs et à la formation des femmes pour « aider à faire baisser les taux de natalité », car même dans un monde dont la population diminue, la traque aux bébés reste d’actualité.

L’Afrique est dans le viseur : l’étude insiste sur le fait qu’en 2021, 29 % des naissances ont eu lieu en Afrique sub-saharienne ; en 2100, cette proportion aura atteint les 54 % selon l’étude – raison évoquée pour assurer l’accès à la contraception moderne dans ces pays.

 

La décroissance de la population mondiale devra s’accompagner de l’« immigration ouverte »

D’ici à 2100, seuls six des 204 pays et territoires (Samoa, Somalie, Tonga, Niger, Tchad et Tadjikistan) devraient avoir des taux de fécondité supérieurs à 2,1 naissances par femme, assure encore l’étude. Celle-ci annonce une chute persistante de la natalité dans les pays d’Europe, plaçant celle-ci sous la moyenne mondiale en 2050 comme en 2100, alors qu’elle est déjà insuffisante pour le renouvellement des générations.

Le taux de fécondité devrait passer de 1,53 enfant par femme en Europe de l’Ouest et 1,38 en Europe de l’Est aujourd’hui à 1,37 et 1,19 en 2100. Et carrément moins d’une naissance par femme en 2100 en Ukraine, en Serbie, en Macédoine du Nord, en Bosnie-Herzégovine.

Les taux de fertilité les plus bas, moins d’un enfant par femme, frapperont 13 pays, parmi lesquels le Bangladesh, le Népal, l’Arabie saoudite et le Bhoutan, inventeur de la notion de « Bonheur national Brut » pourtant, pour remplacer la mesure du PIB. Les rires d’enfants n’en feraient-ils plus partie ?

C’est ce que semble penser le Pr Vollset, qui a commenté : « A bien des égards, la dégringolade des taux de fécondité est une réussite, qui reflète non seulement une contraception plus efficace et plus facilement accessible, mais aussi le fait que de nombreuses femmes choisissent de retarder la naissance de leurs enfants ou d’en avoir moins, ainsi que les possibilités accrues en matière d’éducation et d’emploi. »

C’est bien cela, la « réussite » de la culture de mort.

 

Jeanne Smits