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Nuit du 4 août : les députés abandonnent leurs privilèges pour montrer l’exemple au peuple

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Cette année la nuit du 4 août est prolongée jusqu’au 9 et cela fait grogner les députés. Déjà qu’ils abandonnent leurs privilèges avec cette fichue loi sur la moralisation politique, en plus on leur rogne leurs vacances ! Mélenchon n’a plus de vie de famille ! Pourtant Macron est intraitable : il faut montrer l’exemple au peuple pour faire passer la pilule sociale de la rentrée.
 
C’est parce que le peuple se révoltait contre la classe politique d’alors, jugée comme aujourd’hui abusive, que les privilégiés d’alors eurent pour l’apaiser l’idée d’abandonner leurs privilèges la nuit du 4 août 1789. Le marquis de Foucault demanda dans sa motion que « le premier des sacrifices soit celui que feront les grands, et cette portion de la noblesse, très opulente par elle-même, qui vit sous les yeux du prince, et sur laquelle il verse sans mesure et accumule des dons, des largesses, des traitements excessifs, fournis et pris sur la pure substance des campagnes ».
 

Les députés abandonnent leurs privilèges, pas leur nature

 
Tels sont exactement les sentiments et la rhétorique qui ont amené la loi sur la moralisation de la vie politique, sur laquelle députés et sénateurs ont tant peiné à se mettre d’accord. Je ne sais pas si en empêchant les parlementaires d’employer leur famille on moralisera beaucoup la vie politique, je suis même persuadée du contraire, car rien ne les empêchera d’employer leurs amis ou leurs amants, mais il est flagrant que cela plait au peuple, qui voit dans cette forme d’abaissement des grands une satisfaction à son envie naturelle : le chef de gare qui fait entrer sa cousine à la SNCF se réjouit que les députés en ch… comme tout le monde. Telle est la nature humaine et nous ne la changerons ni vous ni moi – tout ce qui nous est donné de faire est de prier pour recevoir la grâce.
 

Nuit du 4 août ou suicide de la souveraineté du peuple ?

 
Quant aux autres articles de cette loi de moralisation, et tout ce qui touche au nouveau statut des députés et sénateurs, comme la suppression de la réserve parlementaire, je ne vois pas non plus en quoi cela moralisera la vie politique, je crains même que cela ne pousse des élus paupérisés à prendre ici et là les libertés qu’ils pourront avec la loi et à rechercher les occasions de corruption, mais tout le monde voit très bien, en revanche, à quoi cela aboutit sur le plan politique : à priver les parlementaires de leur lustre et de leur indépendance. Avant, ils étaient maîtres de l’argent qu’ils recevaient, donc de leur influence, maintenant on leur prend presque tout, et le juge pourra mettre le nez dans ce qui reste. Autrement dit, en abandonnant leurs privilèges, les députés abandonnent aussi leur pouvoir : il leur est demandé, ni plus ni moins, de se suicider avant de partir en vacances. Et comme la plupart sont novices, ils obtempèrent, en maugréant. Ici nous devons saluer la manœuvre grandiose du président Macron : sous couleur de donner satisfaction à une pressante volonté populaire, il affaiblit durablement l’un des derniers reliquats de souveraineté populaire. Chapeau, l’artiste.
 

Montrer l’exemple pour que les petits ne hurlent pas trop

 
Maintenant, le spectacle mis à part, à quoi sert cette mascarade démagogique ? Les dispositions sur les retraites l’expliquent je crois. Notamment la suppression de la gratuité sur la SNCF pour les députés ayant accompli au moins trois mandats. L’économie pour l’Etat est minime, mais le symbole est fort, comme naguère la réduction des avantages des anciens présidents de la république. Et le message est clair : plus de privilèges pour les anciens élus de la nation, qu’ils s’alignent sur le vulgum pecus ! Que les grands rentrent, quoi qu’il leur en coûte, dans le droit commun ! En donnant satisfaction au peuple, Macron pense faire oublier la réduction de l’APL, le grignotage des retraites par la CSG, en même temps qu’il justifie la loi travail qui vient d’être votée, et prépare les coupes sociales de la rentrée. Quand les députés se soumettent au régime ordinaire pour leur retraite, c’est pour montrer l’exemple : les fonctionnaires seront bien forcés de faire de même. Et ainsi de suite. Si les grands abandonnent leurs privilèges, c’est pour que les petits ne hurlent pas trop quand on va les tondre.
 

Pauline Mille