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DOCUMENTAIRE Nul homme n’est une île •


 
Nul homme n’est une île est un documentaire consacré à de multiples initiatives dans le domaine de l’agriculture durable en Europe. Le thème, très à la mode, repose sur une exploitation dite raisonnée des sols, avec peu, voire pas du tout d’engrais, et de machines, et des circuits commerciaux courts ou solidaires. Les circuits courts commandent de vendre les fruits, légumes, animaux, surtout des volailles, dans la ferme ou le marché de la ville voisine. Les circuits solidaires insistent la garantie d’un prix relativement élevé assurant un revenu décent au paysan : le consommateur final paie plus cher en toute connaissance de cause. Le titre Nul homme n’est une île, qui ressemble à un proverbe, insiste donc sur la notion de solidarité entre citoyens engagés, producteurs comme consommateurs. Pourquoi pas ? Ces deux démarches, voulues complémentaires, sont en soi sympathiques. On aurait aimé seulement des présentations chiffrées précises, plus que des discours : ces initiatives sont-elles encore très marginales, ou, bien qu’à l’évidence minoritaires, désormais significatives ? On aurait bien aimé le découvrir.
 

Nul homme n’est une île, trop long, peu clair et trop dans l’air du temps

 
Surtout, le problème majeur du film est que le commentaire dégouline en permanence d’une « bonne conscience » de gauche, et d’une gauche mélangeant écologisme au sens des Verts et une certaine forme d’anarchisme coopératif. A travers les nombreux exemples de coopératives agricoles, ou même sylvicoles, montrées de la Sicile à la Suisse, en passant par l’Autriche, on se surprend à découvrir la même idéologie, qui n’est surtout pas celle de paysans enracinés dans leurs terroirs. Ainsi, sont chantés aussi quelques couplets hors-sujet à la gloire des « migrants ». Certes, nous déplorerons aussi le saccage de beaux paysages ruraux méditerranéens ou alpestres. Nous souhaiterions aussi voir les paysans gagner correctement leur vie. Mais l’esprit général nous a semblé déplaisant. A quoi s’ajoute une complaisance incompréhensible au sujet de la mafia sicilienne, tout de même.
 
Il subsiste malgré tout deux intérêts majeurs dans ce documentaire : une explication, proposée en fin et début de film, érudite et précise, des paysages ruraux médiévaux de Toscane peints dans les fresques du Bon et du Mauvais Gouvernement dans le Palais Public de Sienne (Lorenzetti, 1339). A tort, les campagnes qui enserrent Sienne sont souvent bien moins décrites et commentées que la ville. Certains paysages ruraux, menacés on l’aura compris, sont encore très beaux : collines de Sicile avec la mer Méditerranée en toile de fond, ou Alpes avec leurs lacs. Mais Nul homme n’est une île est quand même trop long pour un propos peu clair et trop dans l’air du temps.
 

Hector JOVIEN