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DRAME HISTORIQUE/POLICIER Escobar ♥♥


 
Escobar (1949-1993) est le célèbre dirigeant du Cartel de Medellin, en Colombie. De nombreux films et feuilletons, de qualités très variables, ont été consacrés au personnage. Ces cartels colombiens – il est aussi question dans le film de celui allié ou rival selon les moments de Cali – sont des associations de trafiquants de drogue. En se cartellisant, plutôt que s’entretuer, ces criminels assurent avec efficacité la production – du paysan à la transformation en ateliers – et la distribution de cocaïne, dans la Colombie et bien au-delà, principalement aux Etats-Unis. Ces cartels ont fait concurrence à l’Etat colombien dans les années 1980. Escobar a été un élément-clef de leur croissance spectaculaire dans les années 1970 et le début des années 1980. Puis le personnage, mégalomane, incontrôlable et déraisonnable, trop bien connu alors que ce type d’activité criminelle commande plutôt la discrétion, a fini éliminé par la coalition de tous ses ennemis, les Etats-Unis, l’Etat colombien, les cartels rivaux, et même de nombreux éléments de son propre Cartel de Medellin, lassés de ses exigences et extravagances.
 
Escobar, pour un public adulte averti
 
Escobar, interprété par Javier Bardem, reconstitue en effet, de manière juste dans les grandes lignes, l’ascension et la chute de ce criminel. Il ne lui est cherché aucune excuse. Ce meurtrier de masse est tombé du fait de sa démesure. Meurtrier, débauché, il n’en aimait pas moins sa femme et ses enfants, ce qui n’en excuse nullement tout le reste. Quant à ses actions philanthropiques d’envergure à Medellin, il faut y voir un mélange de sympathie, pourquoi pas, pour les malheureux, et surtout une stratégie politique et maffieuse de recrutement de fidèles. Le film est tiré des mémoires de sa maîtresse, une vedette des années 1980 de la télévision colombienne, Virginia Vallejo (Penélope Cruz). Elle a fini par se venger, contribuant, peut-être, on ne partagera pas forcément la thèse du film, son plaidoyer, à sa chute : elle avait compris qu’elle ne remplacerait jamais sa femme, et était considérée comme une prostituée parmi d’autres.
 
En dépit de quelques excès romanesques ici ou là, Escobar confine au drame historique par la rigueur d’ensemble de la reconstitution. La terreur des cartels a été vaincue par une contre-terreur de l’Etat. Ces faits sont rappelés sans indulgence. On regrettera seulement le sabir bizarre anglo-espagnol de la VO : les acteurs principaux étant parfaitement bilingues, il aurait été préférable ou d’employer franchement l’espagnol, ou, même si la couleur locale y perd, l’anglais. Evidemment, avec un tel sujet, Escobar ne s’adresse qu’à un public adulte averti, du fait de nombreuses scènes violentes. Aujourd’hui, les cartels sont toujours puissants hélas en Colombie, et jouent un grand rôle dans l’économie, la société, la politique, de façon à peine voilée. Toutefois, il est clair qu’ils ont su seulement retenir la leçon d’Escobar, et se faire plus discrets.
 

Hector JOVIEN