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Des drones pour acheminer la contraception aux zones reculées d’Afrique

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Drone de la culture de mort avant tout.


 
On peut crever dans les zones les plus reculées d’Afrique faute de médicaments, mais il y a un type de molécule qui ne doit pas faire défaut. Jamais. Le Fonds pour la population des Nations unies, travaillant main dans la main avec des ONG, a mis sur pied un système d’acheminement de produits contraceptifs par drone pour que les populations dans les zones rurales isolées, parfois totalement coupées de tout soin médical par des inondations, puissent tout de même avoir accès aux pilules, préservatifs et autres impedimenta propres à la contraception. Partant de là, les fournisseurs ont décidé d’y ajouter d’autres produits pharmaceutiques. Mais l’accès à la contraception aura été le moteur de ce nouveau programme, l’accès aux médicaments est venu après coup.
 
Tout a commencé à la fin de 2014 : des experts de la santé et des représentants d’associations « philanthropiques » se demandaient comment améliorer l’accès à la contraception des femmes vivant dans les villages éloignés des grands centres urbains. Le nouveau système de livraison par drones que le géant de la vente à distance, Amazon, mettait justement en place, leur est apparu comme l’œuf de Colomb. Pourquoi ne pas détourner l’idée ?
 

Des drones pour acheminer la contraception au Ghana : la priorité des priorités

 
De là est né le « Project Last Mile » – le projet « derniers kilomètres » – mis en place depuis plusieurs mois, et qui permet de faire parvenir contraceptifs divers et préservatifs, ainsi que des médicaments réellement nécessaires pour soigner les populations, sur des drones d’un mètre et demi d’envergure dans les coins les plus abandonnés du Ghana.
 
Qui paie ? FNUAP – le Fonds pour la population de l’ONU – mais aussi Coca-Cola, la Fondation Bill et Melinda Gates et l’agence américaine USAID.
 
Le programme pilote, vu son succès, est en voie de mise en œuvre dans six autres pays d’Afrique subsaharienne. Ses responsables ne cachent pas leur espoir de « révolutionner » le secteur de la « santé des femmes » et du planning familial dans l’ensemble du continent. Il suffit de charger les drones dans les centres urbains et de les expédier vers les zones rurales où ils sont réceptionnés par un travailleur de la santé local.
 

Les zones reculées d’Afrique subissent la guerre contre les bébés africains

 
Lors de la conférence internationale sur le Planning qui se déroule actuellement à Bali, en Indonésie, Kanyanta Sunkutu, expert en santé publique du FNUAP, s’est félicité de la réussite du programme : « Auparavant, les livraisons aux zones rurales prenaient deux jours. Aujourd’hui, c’est 30 minutes. »
 
Les partisans du contrôle de la population – ce n’est pas la manière dont ils se désignent eux-mêmes – qualifient l’accès aux contraceptifs de « problème majeur » en Afrique subsaharienne, où moins de 20 % des femmes utilisent des « contraceptifs modernes », à leur grand regret. L’OMS estime à 225 millions le nombre de femmes dans les pays en développement qui souhaiteraient retarder une naissance, ou « cesser de procréer ». Elle avance le chiffre de 47.000 morts annuelles du fait d’avortements clandestins. Le nombre de morts maternelles liées au manque de soins convenables au moment de la grossesse et de l’accouchement est bien plus élevé : serait-ce un problème moins urgent ?
 

Pour atteindre les zones reculées d’Afrique subsahariennes : un drone et 15 dollars

 
On découvre au passage que l’ONU et ses partenaires ont pris soin de ne jamais parler de « drones » dans la mise en œuvre du « Project Last Mile », histoire de ne pas susciter peur et hostilité à l’égard des petits engins mieux connus en Afrique comme « drones de guerre ». Le mot a été expurgé des documents publics, remplacé par « véhicules aériens sans pilote ».
 
« Nous ne voulons pas de lien entre la guerre et ce que nous faisons », a déclaré Sunkutu dans un entretien. « Mais la résistance que nous craignions de rencontrer ne s’est pas produite. »
 
En attendant, c’est bien une guerre : une guerre contre la natalité africaine, une guerre contre les femmes encouragées par tous les moyens à utiliser des contraceptifs chimiques aux effets secondaires parfois très dangereux. Une guerre à bas prix, aussi ; chaque vol coûte 15 dollars, pas plus.
 
La Tanzanie, le Rwanda, la Zambie, l’Ethiopie et le Mozambique envisagent d’utiliser les drones aux mêmes fins.
 
Par la suite, on étendra sans doute le système à l’acheminement du matériel de vote, des sujets d’examens… les possibilités sont sans fin. Avec la contraception comme porte d’entrée. Tout un programme.
 

Anne Dolhein