Aux Etats-Unis, des programmes de surveillance mis en place dans les écoles grâce aux neurosciences et aux nouvelles technologies

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Alex Newman, du New American, publie une intéressante analyse des nouvelles modes (et modalités !) de surveillance qui envahissent peu à peu le système éducatif américain. Psychologique, émotive, cognitive, la surveillance s’appuie sur les nouvelles technologies et a déjà fait sa discrète entrée dans les écoles, en attendant un « grand bond en avant » qui fera du monde scolaire le lieu par excellence où « Big Brother » pourra « littéralement s’immiscer dans la tête des enfants », comme l’annonce l’article de Newman. Les neurosciences ne sont pas en reste.
 
Le prétexte ? Mieux suivre l’enfant et mieux cibler l’enseignement en le mettant en accord avec ses talents propres… air connu. Mais cette apparente sollicitude passe par une évaluation complète de la personnalité des élèves et par l’enregistrement incessant de données qui relèvent de la vie privée, voire intime. Un récent article – non critique – d’Education Week explique ainsi que les nouvelles technologies permettent de connaître les « émotions individuelles, les processus cognitifs, les attitudes mentales et les traits de caractère et de personnalité » de chaque élève.
 

La surveillance des élèves grâce aux nouvelles technologies

 
Sans doute un bon instituteur et professeur est-il mieux capable que n’importe quelle machine de jauger l’état d’esprit, les qualités et les défauts d’un enfant qui lui est confié… Avec les nouveaux moyens technologiques, on donne des allures scientifiques à ces jugements et on a toute possibilité de les coller à la peau de l’élève, que leurs parents soient d’accord ou non.
 
Les « Systèmes de tutorat intelligent » permettent ainsi d’évaluer, de consigner et d’exploiter les réactions émotionnelles et physiologiques des élèves au prétexte que l’état émotif joue fortement sur la « cognition » : mesurer le pouls à partir d’une webcam, par exemple, est déjà possible et donne des résultats convenables.
 
C’est une tendance qui est fortement appuyée par l’administration Obama. Le National Education Technology Plan du Département de l’Education prône ainsi l’apprentissage sur des dispositifs électroniques capables de produire des évaluations, « qui pourraient être utilisées pour manipuler les enfants – même au point de modifier leurs personnalités », avertit Newman.
 

Big Brother se sert des neurosciences

 
Il s’agit en effet de suivre les « compétences non cognitives », qu’on appelle également « l’apprentissage social et émotionnel » ; de façonner des « attitudes favorables au bon fonctionnement à l’école, au travail, et dans la vie », comme l’affirme un rapport ministériel. Il ne s’agit pas d’une formation du caractère et de la conscience qui est le propre de l’éducation – celle qui incombe aux parents – mais d’un formatage selon les critères sociologiques définis par un pouvoir de plus en plus tyrannique…
 
Cela se fait déjà par le biais des programmes officiels : Arne Duncan, ancien secrétaire à l’Education récemment parti à la retraite, s’est vanté d’avoir utilisé les écoles d’Etat – non sans l’aide de l’UNESCO – pour transformer les petits Américains en « citoyens verts et globaux ».
 
L’objectif n’a pas changé, mais il est désormais soutenu par des nouveautés techniques inquiétantes. Ainsi, sous prétexte d’améliorer l’apprentissage, on travaille aujourd’hui sur des moyens qui permettent d’enregistrer les réponses des élèves à divers stimuli, en analysant sourires et renfrognements, les variations de la dilatation des pupilles, le suivi des mouvements oculaires, la fréquence cardiaque, pour ensuite « tailler sur mesure l’expérience d’apprentissage » pour chacun.
 

Les écoles publiques des Etats-Unis, lieux d’endoctrinement et de décervelage

 
Le suivi des mouvements oculaires est déjà utilisé de manière plus artisanale pour vérifier que les enfants qui apprennent à lire procèdent par saccades oculaires et non par progression linéaire : ainsi s’assure-t-on d’une lecture globale et rapide, non consciente, qui inhibe la parole et interdit l’analyse… Jusqu’où ira-t-on demain ?
 
En fait, tout cela a déjà commencé : un programme fédéral finance des systèmes de tutorat qui reposent sur l’analyse des expressions faciales, la posture corporelle enregistré par un siège « intelligent » et des capteurs sur la peau pour mesurer la « frustration » de l’élève. Les données sont moulinées informatiquement. Un autre programme, similaire, s’associe avec des données démographiques pour « prédire » les résultats scolaires ou le comportement futur de l’enfant.
 
Les possibilités de manipulation sont multiples. Un article professionnel intitulé Frontiers of Affect-Aware Learning Technologies propose ainsi d’embrouiller délibérément, « stratégiquement » les élèves selon un système développé par les auteurs dans le cadre de « informatique affective », puisqu’il existe quelques raisons de penser que la « confusion peut créer des occasions d’apprendre ».
 
Le lien avec la neuroscience, avec ses dispositifs de plus en plus précis de mesure et d’évaluation du fonctionnement du cerveau, offrent un potentiel dont les responsables de l’éducation nationale aux Etats-Unis ne cachent pas qu’ils souhaitent s’en saisir. De plus en plus, les sciences de l’éducation, associées aux nouvelles technologies, vont permettre non seulement d’évaluer des comportements mais aussi de les induire. Et le champ est vaste : il va de l’endoctrinement au contrôle du comportement.
 
Nul doute que tout cela sera facilité par le décervelage délibérément mis en place par le recours aux méthodes globales d’apprentissage, qui fabriquent des élèves peu aptes à l’analyse, au vocabulaire étique, pour qui la concentration est une torture et le sens critique raisonné une quasi impossibilité. Les tenants de la révolution culturelle à la façon de Gramsci n’avaient pas tort : elle est bien plus efficace que la révolution sanglante.
 

Anne Dolhein