A l’occasion de la fête de Pâques orthodoxe, des prêtres du patriarcat de Moscou ont investi, le 12 avril dernier, l’église des Saints-Pierre-et-Paul de la ville ukrainienne de Tokmak aujourd’hui occupée par la Russie. Selon The Pillar Catholic ils avaient au préalable expulsé les fidèles grecs-catholiques pour leur empêcher l’accès au sanctuaire en pleine célébration de Pâques. L’archevêque majeur de Kiev, Mgr Sviatoslav Chevtchouk, y a vu un acte de « blasphème contre le Seigneur ressuscité et Prince de la Paix », au jour même de Pâques.
L’occupation russe y dure depuis février 2022. La petite ville de Tokmak, 30.000 âmes, est ainsi sous contrôle russe depuis le début de l’invasion. Si les autorités russes assurent respecter la liberté religieuse dans les zones occupées, l’Eglise grecque-catholique ukrainienne affirme que nombre de ses membres ont été arrêtés, torturés ou déportés par l’occupant, et que ces agressions n’épargnaient pas le clergé.
Mgr Chevtchouk dénonce la manœuvre orthodoxe à Tokmak
Parmi les 23 Eglises catholiques orientales en pleine communion avec Rome, l’Eglise grecque-catholique ukrainienne est la plus importante, avec quelque 4 millions de membres vivant dans la seule Ukraine, le plus souvent dans sa partie occidentale. Lors de son message vidéo hebdomadaire à cette communauté uniate, Mgr Sviatoslav Chevtchouk a déclaré, le 19 avril :
« C’est avec un cynisme délibéré que notre église a été saisie le jour de Pâques ; nos fidèles ont été expulsés – des personnes qui, bien qu’elles n’aient pas eu la possibilité d’assister aux offices faute de prêtre attitré, avaient pris soin de cette église, la nettoyaient et la fréquentaient. Elles ont été expulsées, et l’église a été investie par le clergé de l’Eglise orthodoxe russe et des unités paramilitaires. »
L’exarchat de Donetsk, dont dépend cette église de Tokmak, s’est également exprimé. Dans un communiqué le 16 avril, il accusait le clergé orthodoxe russe d’avoir arbitrairement saisi le sanctuaire en empêchant les fidèles du lieu d’y prier. Il salue à cette occasion la bravoure d’une fidèle, Svitlana Loy, qui, selon l’exarchat, a tenu bon face à la menace et à l’intimidation pour continuer non seulement de nettoyer l’église, mais d’y prier. L’exarchat accuse des personnes qui ne sont en rien paroissiennes des lieux de se présenter comme telles dans le cadre d’actions visant à expulser l’Eglise ukrainienne gréco-catholique des zones occupées par la Russie.
L’Eglise orthodoxe minimise l’affaire de l’église occupée en Ukraine
Les médias proches de l’Eglise russe orthodoxe ont au contraire accusé les responsables grecs-catholiques d’appliquer le « deux poids, deux mesures » en dénonçant la saisie de l’église de Tokmak sans avoir jamais condamné l’occupation d’une église dépendant sur le patriarcat de Moscou à Kolomia, en Ukraine occidentale, en 2017. Les Russes ont également affirmé que l’église de Tokmak avait été « abandonnée » par l’Eglise grecque-catholique ukrainienne.
Il est à noter que l’incident a eu lieu après qu’un groupe international d’universitaires et de responsables ecclésiastiques a lancé un appel, fin mars à l’Université catholique d’Amérique, pour demander la fin de la persécution religieuse dans les zones occupées d’Ukraine. Cet appel fait état de 737 lieux de culte endommagés ou détruits à la fin 2025 du fait de l’agression russe, tandis que 67 membres du clergé de toutes dénominations ont été tués.
Quoi qu’il en soit des dénégations russes, des cas d’incarcération de prêtres catholiques dans les zones occupées ont bel et bien été attestés depuis l’invasion.











