Les statistiques britanniques montrent que le fait d’avoir plusieurs enfants est désormais un signe extérieur de richesse au Royaume-Uni : alors que le taux de natalité ne cesse d’y diminuer – il plafonne désormais à 1,4 enfant par femme en âge de procréer, alors qu’il en faut 2,1 pour assurer le remplacement des générations –, plus les revenus d’une personne y sont élevés, plus il y a de chances qu’il ait au moins deux enfants. L’office national des statistiques a constaté que chez les individus ayant un revenu annuel de 40.000 à 50.000 livres (46.000 à 57.700 euros) on compte en moyenne 1,6 enfant dépendant ; ce taux atteint 1,8 enfant chez les individus qui gagnent entre 110.000 et 120.000 livres (127.000 à 138.00 euros) par an.
Si les statistiques ne disent rien des foyers, où les disparités de revenus peuvent être importantes, il est clair que la question économique pèse particulièrement sur les classes moyennes, les plus riches et les plus pauvres étant celles qui ont le plus de chances d’avoir trois enfants ou davantage.
La richesse corrélée avec un plus grand nombre d’enfants
Cela ne devrait d’ailleurs pas durer puisque la recherche de Charlie McCurdy de la Resolution Foundation indique que parmi les personnes de 32 ans vivant au Royaume-Uni, les 25 % les plus pauvres sont deux fois plus nombreux que le quart le plus riches à affirmer qu’ils n’auront jamais d’enfants et ce par intention délibérée. Il a déjà pu constater l’augmentation de la proportion de femmes de 25 à 29 ans sans enfants parmi celles n’ayant pas de formation universitaire, passée de 33 % en 2011 à 54 % aujourd’hui. Elles ont également moins de chances d’être mariées ou en couple.
Dans le même temps, plus d’un tiers des hommes de 20 à 34 ans vivent encore chez leurs parents, faute de pouvoir payer un logement, contre un peu plus d’un cinquième des femmes de cette tranche d’âge.
Ainsi le fait d’avoir des enfants est perçu comme un privilège…
Les chiffres sont d’autant plus remarquables qu’il a été longtemps établi que le niveau d’instruction des femmes et la richesse étaient des facteurs de réduction de la taille des familles. Cette corrélation est en train de disparaître, et pas seulement au Royaume-Uni : aux Pays-Bas, entre 2008 et 2022, des revenus plus élevés étaient de plus en plus associés à un taux de fertilité plus important. Au terme d’une étude de grande envergure, cela était particulièrement vrai pour les parents ayant eu leur premier enfant pendant cette période. Comme si un fort revenu était un prérequis nécessaire à la fondation d’une famille. Le responsable de l’étude, Daniël an van Wijk, en conclut qu’il y a probablement un désir d’enfants non assouvi chez les personnes moins fortunées.
Signe extérieur de richesse : mais quelle richesse ?
De même aux Etats-Unis, les couples ayant bénéficié d’un haut niveau d’instruction ont plus de chances que les autres d’avoir des enfants en tant que tel, et aussi d’avoir un deuxième enfant.
Les jeunes semblent vouloir attendre d’avoir une bonne formation, un travail correctement rémunéré et un logement stable avant d’avoir des enfants, ce qui semble tomber sous le sens – il s’agit d’avoir les moyens de vivre décemment – mais la chose devient de plus en plus difficile, eu égard à l’appauvrissement des classes moyennes dans les pays développés et de la cherté des logements et des dépenses incompressibles. Les revenus réels n’ont pas augmenté en moyenne depuis plus de quinze ans.
Ainsi au Royaume-Uni, 45 % des familles ayant des enfants mineurs n’en ont qu’un seul et la part des familles ayant trois enfants ou davantage est passée de 17 % à 14 %, et seuls deux enfants y naissent pour trois enfants désirés.
Les dernières statistiques d’Eurostat viennent éclairer ces réalités à leur façon : en 2025, 22,1 % des personnes vivant dans un foyer comprenant des enfants à charge risquent d’être en situation de pauvreté ou d’exclusion sociale – un pourcentage qui atteint même 29,9 % en Espagne. Il frise les 24 % en France où le risque est voisin de 18 % seulement pour ceux qui n’ont pas d’enfants à charge. Ainsi le fait d’avoir des enfants est-il corrélé avec un appauvrissement.
On voudrait déprimer la démographie des pays occidentaux, on ne s’y prendrait pas autrement.











