Les Français plébiscitent la liberté et le chèque scolaires dans un sondage IFOP pour la Fondation pour l’école

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C’est une excellente idée qu’a eue la Fondation pour l’école — qui soutient les écoles indépendantes en France sur de nombreux plans — de commander un sondage à l’IFOP sur les souhaits des Français pour l’école. A un an de l’élection présidentielle, le moment est bien choisi. Dans un contexte de baisse du niveau dont viennent témoigner les résultats de plus en plus mauvais de la France aux évaluations PISA et autres tests de lecture (tests en eux-mêmes d’un niveau médiocre, il faut l’ajouter), l’aspect le plus remarquable de ce sondage est le « consensus massif » qu’il révèle. Ce sont les mots de Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion à l’IFOP présent lors du colloque de la FPE au Sénat lundi pour venir en présenter et commenter les résultats. Ce consensus s’affirme très largement en faveur d’une diversification de l’offre éducative. Pas moins de 64 % des sondés pensent ainsi que l’on « ferait diminuer l’échec scolaire si l’Etat encourageait la diversification des pédagogies et des styles éducatifs ».

C’est un pavé dans la mare de l’Education nationale dont le modèle unique, laïque et obligatoire s’impose si largement, avec ses pédagogies et programmes imposés eux aussi, en limitant la proportion d’élèves scolarisés dans les écoles libres sous contrat à 20 % du total, et tolère à peine, tout en les harcelant d’inspections bien plus fréquentes qu’ailleurs, les écoles hors contrat ou indépendantes.

 

Un sondage IFOP montre que l’école libre est enviable

Réalisé auprès d’un échantillon de 1.003 personnes représentatives de la population française et comprenant 256 parents d’enfants scolarisés, le sondage confirme une idée préconçue que se font les Français de la liberté scolaire. 82 % des Français pensent qu’aujourd’hui, seules les familles aisées ont la possibilité effective de choisir l’école dans laquelle leur enfant sera scolarisé. Une écrasante majorité des parents du public – 89 % – en sont même persuadés.

Cela a été longtemps l’argument pour dénoncer la liberté scolaire, que ce soit pour le hors-contrat ou le contrat d’association avec l’Etat. Les parents de l’école libre sont ici considérés comme des nantis, et le mythe de Procuste ayant la vie dure, la réponse a souvent été une dénonciation de cette inégalité et une volonté de ramener chaque enfant dans le creuset commun de l’école publique, à la fois pour des raisons d’unification idéologique et d’élimination des différences d’éducation.

Le sondage commandé par la Fondation pour l’école n’a pas pris les choses sous cet angle. Au contraire, il a suggéré aux Français des moyens de sortir de cette situation en évoquant les moyens de permettre aux parents d’avoir un vrai choix qui ne soit pas dicté par leurs possibilités économiques. Là encore, les sondés se sont montrés très favorables. Deux Français sur trois souhaitent ainsi que l’Etat mette en place un dispositif (bon scolaire, chèque éducation, crédit d’impôt) permettant à chaque famille de financer la scolarité de ses enfants, quel que soit l’établissement choisi.

 

La liberté scolaire par le chèque éducation ? 66 % sont pour

Parmi les parents du public, cette proportion atteint même 71 %. On devine que pour eux, l’école publique ne répond pas à sa mission et qu’ils seraient heureux de pouvoir en sortir. Dans un même ordre de grandeur, 72 % des sondés issus des catégories populaires approuveraient un tel dispositif : on passe du nivellement par le bas à l’accès possible au meilleur.

Après la présentation de Jérôme Fourquet, une table ronde a réuni Laurence Bernard, maire du Pecq de 2012 à 2026, Marie des Neiges Guillotel, présidente de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement libre, David Vauthrin, président du groupe scolaire hors contrat Tarsisius-Trinité et Augustin Yvan, ancien professeur et directeur d’école Espérance Banlieues, aujourd’hui chargé du développement de la Fondation pour l’école.

Les deux derniers ont souligné, chacun à sa façon, que les Français qui choisissent le hors-contrat le font souvent au prix de nombreux sacrifices financiers. Ils renoncent à bien des choses que les parents ne payant pas de scolarité peuvent se permettre… Ces parents financent l’Education nationale à travers leurs impôts, tout en scolarisant leurs enfants dans des écoles qui ne vivent que des contributions des familles et de dons. Il faut ajouter, comme cela a été précisé au cours des débats par Michel Valadier, directeur général de la Fondation pour l’école, qu’un enfant dans le public coûte en moyenne 10.000 euros par an. L’école sous contrat est sensiblement moins chère, mais le hors contrat détient la palme avec un coût de scolarisation de moins de 4.000 euros par an.

Qu’est-ce qui fait le succès des écoles indépendantes qui, dans un contexte de dénatalité visible même dans le sondage (puisqu’il y a 20 ans, un tiers des sondés d’un échantillon similaire avait des enfants à l’école) recrute de plus en plus largement tandis que le public ferme des classes ? Un thème récurrent, notamment lors de la table ronde, fut celui de l’autonomie des directeurs d’école : leur capacité à choisir et faire respecter un projet pédagogique partagé à la fois par les parents, la direction et le corps enseignant.

 

84 % des Français favorables aux pouvoirs renforcés des directeurs d’école, selon l’IFOP

Le sondage IFOP a confirmé l’intérêt des Français pour le renforcement des pouvoirs des chefs d’établissement : à 84 %, ils souhaitent voir les directeurs disposer de pouvoirs renforcés en matière de discipline, d’organisation des enseignements et de gestion de l’équipe. Cela est vrai pour 80 % des parents du public et 92 % des parents du privé. C’est un vrai plébiscite qui s’étend d’ailleurs à la question du recrutement des professeurs. 95 % des parents du primaire estiment ainsi que le directeur d’école devrait pouvoir recruter lui-même ses instituteurs.

C’est ce plébiscite en faveur de directeurs dotés de vrais pouvoirs qui a été particulièrement souligné par Jérôme Fourquet, notant qu’à ce niveau-là, il n’y a plus de marge d’erreur qui tienne. Cela confirme un diagnostic partagé de l’échec scolaire, plus important chez les parents du primaire et du lycée. Il a été marqué par le fait qu’un sondé sur trois se soit dit « très » favorable à l’évolution des pouvoirs des directeurs.

C’est cette autonomie qui est revenue également lors de la table ronde animée par la journaliste Aziliz Le Corre. C’est « l’humain » – à travers l’autorité et la liberté – qui est attendu au premier chef, ainsi qu’en a témoigné une maman d’enfant trisomique qui n’a pu trouver que dans le hors-contrat un cadre permettant à sa fille de progresser réellement. Cela signifie apprendre à lire et à écrire, ce qui lui était refusé dans le cadre public.

 

La liberté scolaire à l’heure du décervelage des enfants

Le colloque fut l’occasion de mettre en évidence des difficultés actuelles de l’école. Les uns et les autres, au cours de la table ronde, ont noté une certaine démission des parents, qui attendent trop de l’école en oubliant qu’ils sont les premiers éducateurs de leurs enfants, comme l’a souligné Michel Valadier en conclusion. Laurence Bernard, dont la commune accueille – au sens plénier du mot – le groupe scolaire hors contrat Saint-Dominique, a expliqué que la diversité des enfants, des familles, des catégories sociales et des formes d’école offre des richesses, mais révèle aussi des problèmes particuliers comme celui des enfants « allophones » extra-européens auxquels ne peut répondre « un système scolaire uniforme ». Augustin Yvan, avec son expérience de directeur d’école Espérance Banlieues au Val-Fourré, a insisté sur l’importance d’une pédagogie structurante pour tous, comme la logopédagogie d’Elisabeth Nuyts qui insiste sur le sens (on pourrait ajouter : qui humanise et civilise).

Un aspect important n’a guère été abordé à l’occasion de cette présentation d’une réelle vision d’avenir pour l’école, plébiscitée par les Français : c’est d’abord celui des raisons idéologiques qui ont présidé au décervelage des jeunes depuis des décennies. Ce n’était certes pas le sujet ; mais il faut avoir à l’esprit que ce que veulent les peuples et ce que veulent les parents ne pèse pas grand-chose quand il s’agit d’imposer une anthropologie destructrice. Mais enfin, il est bon de compter les troupes et de parler de ce qui est si largement tabou.

La question de l’intelligence artificielle a quant à elle été abordée, y compris dans le sondage IFOP, à travers l’inquiétude que le sujet suscite : 66 % des sondés estiment que l’IA pourrait avoir un impact négatif sur le développement de l’esprit critique et l’apprentissage des fondamentaux. C’est une petite partie de la question, mais elle est importante. On a semblé hésiter encore entre la « menace » et l’« opportunité » qu’elle représente. Le député RN Roger Chudeau, présent dans la salle, s’est même montré lénifiant à son sujet, lui qui fait partie de la mission parlementaire sur l’IA dans l’éducation : il y voit avant tout un moyen d’étendre le préceptorat, l’enseignement taillé sur mesure, sous la conduite de professeurs humains.

C’est passer à côté du bouleversement inimaginable que représentera la quatrième révolution industrielle constituée par la conjonction de l’IA et des robots. Assurément, l’humanisation des enfants à travers un enseignement humain de qualité constituera une résistance indispensable face à l’IA.

 

Jeanne Smits