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La France dépêche ses policiers à la frontière européenne en Grèce

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Des migrants arrivent sur l’île de Lesbos le 22 mars 2016.


 
Dans le cadre de l’accord signé entre l’Union européenne et la Turquie sur la gestion de la crise migratoire, cinquante CRS français sont arrivés samedi sur l’île grecque de Lesbos pour « aider la Grèce à faire face à la crise migratoire ». C’est un communiqué du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve qui nous apprend que la France prend ainsi sa part dans le contrôle de la frontière européenne. « Ils seront suivis, précise le ministre, par 22 policiers de la préfecture de police de Paris et 50 gendarmes qui arriveront sur l’île de Chios les 3 et 4 avril. »
 
Quoi que l’on puisse en penser par ailleurs, la France met donc en place, à son niveau, les dispositions prévues par l’accord signé entre Bruxelles et Ankara. L’objectif, nous explique-t-on, est de « renforcer les rangs de l’agence Frontex en Grèce pour mieux contrôler les frontières extérieures de l’Union européenne, faire face à la crise migratoire, lutter contre le trafic des êtres humains et contre la fraude documentaire, dont on sait qu’elle est pratiquée à grande échelle par les organisations terroristes et Daech en particulier ».
 

La France dépêche ses policiers en Grèce

 
C’est effectivement une bonne chose dans le principe, puisque ledit accord a pour but de couper l’afflux migratoire passant par la Turquie, chemin emprunté par près de 150.000 migrants entrées en Europe depuis le début de l’année. Et par 850.000 l’année dernière – du moins si l’on s’arrête aux chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations. Les personnels policiers ainsi envoyés doivent donc aider la Grèce à organiser le renvoi en Turquie des arrivants sur ses îles, devenues, de par leur proximité avec la côte turque, l’un des principaux d’entrée des migrants dans « l’eldorado » européen.
 
L’opération appelle tout de même à se poser quelques questions. Tout d’abord, celle de l’efficacité, et du coût. La Commission européenne estime en effet que quelque 4.000 agents seront nécessaires pour cette opération, dont un millier de « personnel de sécurité et militaire » et 1.500 policiers, grecs et européens ; le tout pour un budget estimé à 280 millions d’euros sur les six prochains mois.
 

La frontière européenne, c’est bien ? Et la frontière française ?

 
On ne sait si le chiffre de six mois est donné en espérant qu’il corresponde à un délai – ce qui serait franchement optimiste –, ou s’il s’agit simplement de ne pas affoler les citoyens-contribuables par des chiffres trop élevés.
 
Ensuite, l’on sait que, en contrepartie, les Européens se sont engagés, pour chaque migrant renvoyé, à « réinstaller » dans l’Union européenne un Syrien actuellement retenu en Turquie. Ainsi, dans son communiqué, le ministre de l’Intérieur annonce-t-il que « la France vient de donner son accord à l’accueil de 81 syriens actuellement réfugiés en Turquie. Ils arriveront en France dans les prochaines semaines et d’autres arrivées suivront ».
 
Une fois de plus, renvoyer des migrants illégaux pour les remplacer par des réfugiés (éventuels mais légaux), ce n’est pas une contrepartie. Cela consiste à augmenter, en réalité, le nombre d’étrangers migrants en France. A l’heure où un certain nombre de questions de société demeurent sans réponse satisfaisante, comme le chômage et la sécurité, l’opération est-elle judicieuse ?
 

Un jeu clandestin ?

 
Enfin, l’on peut se poser la question d’une arrivée grandissante de clandestins à compter de maintenant, qui permettront, en les renvoyant, de faire entrer sur le territoire européen, autant d’autres migrants légaux – ou les mêmes légalisés ?
 
Il ne semble pas, en l’espèce, que nos politiques s’inquiètent beaucoup, à ce compte, des frontières françaises, puisque l’on savait déjà que le personnel policier était insuffisant pour les surveiller, et que, au contraire, on est en train de le réduire en le dispersant. Qui donc surveillera les frontières de notre pays ? Les policiers grecs ?
 

François le Luc