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A la gare d’Asnières, récompenser le mérite rend les employés de la SNCF allergiques

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Scandale absolu. Une affiche en gare d’Anières annonçait aux employés qu’une pause de vingt minutes serait accordée au mérite, à ceux qui se seraient distingué. Les syndicats, allergiques à toute sanction, positive ou négative, ont hurlé, la SNCF s’est excusée. Une récompense est une discrimination.
 
Tout le monde se souvient de cette planche de Gaston Lagaffe où son chef Prunelle cherche et trouve la cause de l’allergie qui l’a enrhumé : chaque fois qu’on prononce le mot « effort », Gaston est pris de crises d’éternuements irrépressibles. Les Français sont pris aujourd’hui de telles allergies devant certains mots. A l’Education nationale : sélection, zéro. Au travail, dans la fonction publique, notamment, mais pas que : sanction, progression au mérite. Pour la SNCF, lagaffienne à fond, toute tentative d’améliorer le service par un système de récompenses est une véritable hérésie.
 

A la gare d’Asnières, on sanctionne le mérite

 
Sauf à gare d’Asnières. Un cadre inconscient, ou suicidaire (son nom n’a pas encore été communiqué), a placardé une affichette offrant aux employés méritants de faire une pause de vingt minutes prise sur leur temps de travail dans une salle de repos aménagée à cet effet. Un cadeau à tous, discriminatoire pour personne, en échange d’une petite amélioration de la qualité : la pause était réservée à ceux qui la méritent. Et l’affiche de décrire quelques exemples de « gestes métiers » passibles de récompense : bonne prise en charge lors d’une situation perturbée, excellente note à une ECM, au-delà de 5 mails par journée de service par agent, participation à « nos agents ont du talent ». Le texte précisait que le mérite et sa récompense étaient « à l’appréciation de l’équipe managériale ».
 

Sud-Rail rend les employés de la SNCF allergiques à l’effort

 
Tout ça n’a pas plu à Anasse Kaz, aiguilleur et militant du syndicat Sud-Rail qui s’est distingué déjà dans les glorieuses grèves du printemps contre la réforme de la SNCF. Il a posté ce tweet : « Voilà comment les agents SNCF à Asnières sont traités par la direction. Une pause accordée en fonction des bons points que les chefs donnent à l’agent… Une honte. L’esclave qui avait récolté le plus de coton avait droit à une pause. »
 
On imagine mal Guillaume Pépy en planteur paternaliste, mais la SNCF a immédiatement reconnu qu’exhorter ses employés à mieux produire était indigne, qu’évaluer leur travail était épouvantable, que sanctionner le mérite par une récompense est proprement insoutenable, bref que le négrier qui avait pondu la note-affiche était nauséabond. Elle a présenté ses excuses et précisé que cette initiative était personnelle et isolée. Ouf. On respire. S’il vous plaît, ne prononcez plus le mot effort !
 

Pauline Mille