Guerre en Iran : récit absurde, négociations secrètes

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L’observateur sans préjugés est frappé par le récit absurde des médias sur la guerre contre l’Iran : on a d’abord laissé croire que l’armada US pouvait être un élément de bluff dans la négociation avec l’Iran (alors que l’amener sur place coûte des milliards), puis on s’étonne que l’Iran riposte et bloque le détroit d’Ormuz : tout cela était évidemment prévu par les stratèges de Tel Aviv et Washington. Maintenant, quant aux buts de guerre, dont la presse française ne dit rien, ils se dessinent à travers les tractations et interventions secrètes dont parle la presse américaine. Des milices kurdes se préparent pour une attaque au sol afin de vraiment changer de régime, tandis que les services secrets iraniens proposeraient des négociations de paix – dont Israël ne veut pas, ce qui expliquerait les déclarations contradictoires de Donald Trump sur « la paix presque faite ».

 

Coup de bluff, détroit d’Ormuz : un « récit » absurde

Israël n’a pas engagé une opération si lourde et si risquée pour s’arrêter en chemin. Il est décidé à aller jusqu’au bout pour éliminer la menace que fait peser sur lui l’Iran, en changeant le régime à Téhéran et en éliminant le Hezbollah au Liban. Pour cela il avait besoin d’abord du soutien des Etats-Unis, qu’il a obtenu, massif, et dans une moindre mesure de celui de l’Union européenne, qu’il a obtenu aussi, une coalition européenne s’installant en Méditerranée orientale autour de la force aéronavale française et des bases autour de l’Arabie. C’est « purement défensif », mais cela pèse dans l’équation. Israël s’est même assuré la neutralité bienveillante de la Russie, qui retape son économie en écoulant plus de pétrole plus cher.

 

Un « narratif » pour justifier la guerre au sol

Maintenant, le récit autour des contre-attaques de l’Iran dans tout le Proche-Orient, et sur le blocage du détroit d’Ormuz qui met en péril l’économie mondiale, prépare l’opinion à une guerre au sol, au moins pour s’assurer de la rive iranienne du détroit. Or la base MAGA ne permettrait pas à Trump d’y envoyer en force la troupe US et la troupe israélienne est déjà engagée ailleurs. C’est pourquoi les stratèges israéliens et américains ont pensé aux milices kurdes. Selon CNN, « la CIA s’efforce d’armer les forces kurdes dans le but de fomenter un soulèvement populaire en Iran. L’administration Trump a mené des discussions actives avec des groupes d’opposition iraniens et des dirigeants kurdes en Irak afin de leur fournir un soutien militaire ». L’idée serait de forcer les gardiens de la révolution iraniens à combattre les Kurdes, de sorte que le peuple iranien puisse s’emparer pacifiquement ou presque des grandes villes. Cependant ces actions (qui devraient avoir pour contrepoids des promesses précises) sont pour l’instant tenues secrètes, démenties tant par le ministre américain de la guerre Pete Hegseth, que par les Kurdes d’Irak.

 

Trump et Israël n’ont pas le même but de guerre en Iran

Quoi qu’il en soit de la tactique qui sera finalement choisie par les Israéliens, ils ont besoin de temps pour « finir le travail », Benyamin Netanyahu ne l’a jamais caché, à la différence de Donald Trump dont les déclarations varient. Les deux hommes n’ont pas les mêmes contraintes. Le Premier ministre israélien doit, pour se maintenir, vaincre et atteindre tous ses buts de guerre ; pour le président US, qui a fait toute sa campagne sur les Américains d’abord et plus jamais la guerre, il faut que la guerre engage le moins de GIs possible et qu’elle soit très courte. Selon le secrétaire d’Etat Marc Rubio, l’attaque des Etats-Unis fut en quelque sorte défensive, destinée à se mettre hors d’atteinte des représailles de l’Iran nécessairement entraînées par l’attaque israélienne : « Nous savions qu’une action israélienne était imminente, que cela déclencherait une attaque contre les forces américaines, et que si nous ne les prenions pas par précaution avant qu’ils ne lancent ces attaques, nous subirions des pertes plus importantes, voire un nombre de morts encore plus élevé. »

 

Négociations secrètes révélées par le New York Times

Cela pourrait expliquer l’impression de flottement que donne la politique américaine, à la différence de l’israélienne. Cela explique surtout les divergences entre les deux pays à propos des offres iraniennes de négociations. Le New York Times a révélé que des responsables des services de renseignement iraniens avaient secrètement contacté la CIA au sujet d’un accord mettant fin à la guerre : « Des agents du ministère iranien du renseignement ont contacté indirectement la CIA pour lui proposer de discuter des conditions d’une fin du conflit. » Le New York Times ajoute qu’Israël a « exhorté les Etats-Unis à ignorer cette approche » et que « pour l’instant, cette offre n’est pas prise au sérieux à Washington ». Elle n’en inquiète pas moins à Tel Aviv. Le site américain bien informé Axos affirme que Netanyahu a appelé Washington, de peur que ne soit donné suite à la démarche de l’Iran : « Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a demandé des éclaircissements à la Maison Blanche en début de semaine après avoir appris que des responsables de l’administration Trump pourraient communiquer avec le régime iranien. » On l’a rassuré. Aucun pourparler n’est en route. Pour l’instant.

 

Pauline Mille