Le Billet : L’hôtesse, la Palestine et la compétence politique

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A l’atterrissage en Israël d’un vol venant d’Italie, une hôtesse de Ryanair a dit au micro : « Tous les passagers sont priés de regagner leur siège car l’avion est sur le point d’atterrir à Tel-Aviv en Palestine occupée ». Pour mémoire, et pour les étourdis, Tel Aviv est la capitale d’Israël internationalement reconnue. L’hôtesse a répété la phrase, en anglais et en italien, suscitant la surprise, puis le mécontentement de plusieurs passagers israéliens devant cette sortie politique inattendue, qui ne relevait pas directement de sa compétence. Des excuses lui furent demandées, qu’elle s’est refusée à présenter.

 

Avec la Palestine, l’hôtesse est sortie de sa compétence

Bien qu’Israël soit un Etat reconnu par la communauté internationale (dès 1948 par le Royaume Uni, la France, les Etats-Unis et l’URSS, en 1994 par le Vatican), il est loisible à chacun (et chacune) d’avoir sur la question du Proche-Orient l’opinion de son choix. C’est vrai ici et c’est vrai ailleurs : pourquoi de pas considérer que Kaliningrad se situe en Prusse-Orientale occupée ? Mais ces questions, qui peuvent agiter militants ou érudits lors des discussions post-prandiales, doivent conserver un caractère strictement privé. On demande à une hôtesse de l’air qu’elle montre les procédures de sécurité, qu’elle annonce les horaires, la température, la vitesse, la pression, bref, qu’elle fasse son travail, et non qu’elle s’aventure sur le domaine ô combien miné de la politique étrangère.

 

L’opinion politique d’un sportif ou d’une chanteuse fait autorité

L’agacement des passagers israéliens est donc légitime, même si l’on peut déplorer que certains aient voulu prendre le badge de l’hôtesse en photo pour la dénoncer. Elle a en effet une excuse : tout le monde se croit aujourd’hui autorisé à sortir de son domaine de compétence pour faire une profession de foi politique, plus, on s’y trouve encouragé massivement par les médias. C’est tel footballeur, tel chanteur, telle danseuse, tel médecin ou commerçant dont sollicite l’opinion pour donner du crédit à la cause du climat, de la lutte contre la haine, ou telle autre diaprure de l’arc-en-ciel. Que l’hôtesse pense que Tel Aviv est en Palestine occupée est son affaire, mais ne relève pas plus de sa compétence que la guerre en Ukraine de celle de Kilian M’Bappé. Et si l’une de ses consœurs, atterrissant à Jérusalem, avait annoncé « la capitale d’Israël » (ce qu’elle n’est pas, aux yeux de l’ONU), elle aurait émis une opinion politique personnelle dont les passagers n’ont rien à faire. De mon temps, on disait : chacun son métier et les vaches seront bien gardées. Mais c’était avant.

 

Pauline Mille