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Japon : Shinzo Abe devra évoquer l’histoire de la Seconde Guerre mondiale sans froisser la Chine et la Corée du Sud

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Diplomatiquement parlant, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a une mission de taille cette année : prononcer un discours pour les 70 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale en composant avec les versions disputées de l’Histoire japonaise. Un discours aux conséquences si lourdes que Shinzo Abe a réuni la semaine dernière un groupe d’experts pour le conseiller sur la position à adopter : prolonger les excuses faites par l’ancien Premier ministre à propos des agressions japonaises contre Chine et des règles coloniales imposées à la Corée du Sud ou bien minimiser les accusations en donnant raison à ceux qui les disent exagérées, voire totalement inventées…
 
Shinzo Abe, connu pour ses positions révisionnistes, va devoir trouver un juste milieu afin de ne pas irriter la Chine et la Corée du Sud, et même les Etats-Unis.
 

Le Premier ministre Shinzo Abe tente de concilier plusieurs versions de l’histoire du Japon

 
Dans le groupe d’experts réunis pour conseiller le Premier ministre, plusieurs visions de l’Histoire japonaise s’affrontent. Des révisionnistes nient totalement ou partiellement les horreurs dont le Japon est accusé. C’est le cas de Masashi Nishihara, directeur d’un think tank sur la sécurité nationale japonaise. Il écrivait en 2013 que l’accusation selon laquelle le Japon tenait des bordels où travaillaient des esclaves sexuelles pendant la guerre était « une invention de la Corée du Sud ». Une vision révisionniste partagée par Terumasa Nakanishi, professeur de politique à l’Université internationale de Kyoto, qui accuse par ailleurs les Alliés d’avoir « imposé » une constitution à la fin de la guerre qui a privé le Japon de sa souveraineté et de son armée.
 
Il affirme aujourd’hui que la polémique est entretenue par la Chine et la Corée du Sud pour intimider le Japon et l’empêcher de revoir sa constitution. De son côté, l’entrepreneur Yoshito Hori avait affirmé en 2012 qu’il ne fallait pas qualifier trop facilement la guerre d’auto-défense japonaise de « guerre d’agression ». Tous ont adressé un conseil au Premier ministre Shinzo Abe : revenir sur les excuses prononcées par son prédécesseur.
 

Une position japonaise sur l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale lourde de conséquences diplomatiques

 
D’autres experts conviés par Shinzo Abe appellent en revanche à un discours plus modéré sur les actes japonais. C’est le cas du président du National Graduate Institute for Policy Studies de Tokyo, Takashi Shiraishi qui a appelé le Premier ministre a la prudence, soulignant qu’il n’y avait « aucune place pour des pensées révisionnistes sur la scène internationale ». Sans évaluer le fond du problème, ce dernier a été clair avec le Premier ministre : « Nous ne devons pas oublier que les remarques et actions faites par des officiels japonais à propos des problèmes historiques peuvent détruire la confiance internationale dont bénéficie le Japon ».
 
Le prince hériter japonais, Prince Naruhito, a encouragé le Japon a enseigner une Histoire « correcte » aux générations futures, sans toutefois préciser la nature de cet enseignement : «  Je suis né moi-même après la guerre et je ne l’ai pas vécue, mais aujourd’hui, alors que les mémoires de la guerre s’effacent peu à peu, je crois qu’il est important de regarder l’Histoire humblement et de raconter correctement les expériences tragiques et le passé historique japonais », a-t-il déclaré, encourageant sans doute le Premier ministre a reconnaître certaines erreurs commises.
 
L’ancien Premier ministre Japonais Tomiichi Murayama a de son côté encouragé le Premier ministre Shinzo Abe à s’approprier les excuses de ses prédécesseurs afin de protéger l’avenir du Japon et regagner la confiance de ses voisins, à la veille du 70e anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale.
 

La Chine et la Corée du Sud appellent le Japon à reconnaître ses « massacres » et ses crimes

 
A l’inverse, le discours est très clair du côté chinois, qui accuse le Japon d’avoir perpétré des massacres pendant six semaines dans la ville chinoise de Nanjing. L’agence de presse officielle chinoise Xinhuanet a par ailleurs fustigé la position adoptée par un journal de droite japonais qui a récemment nié « la véracité de l’horrible massacre de Nanjing ». Quelques jours plus tôt, le journal avait en effet cité d’anciens vétérans qui affirmaient être arrivés dans une ville vidée de ses habitants alors que la Chine parle de 300.000 morts…
 
De l’autre côté de la frontière japonaise, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye a exhorté hier le Japon à faire face à l’histoire avec courage et sincérité pour écrire une nouvelle page en tant que futur partenaire de la Corée du Sud. Des mots prononcés lors d’une cérémonie marquant le soulèvement national de 1919 en Corée du Sud contre le régime colonial japonais de 1910-1945. La présidente de la Corée du Sud a réaffirmé sa version des faits : plus de 200.000 jeunes femmes, dont beaucoup de Coréennes, auraient servi d’esclaves sexuelles dans des bordels militaires japonais au cours de la Seconde Guerre mondiale.
 
Ces débats qui continuent à animer le Japon et la prudence des autorités japonaises prouvent une chose : la puissance de la Chine qui pousse les Japonais à débattre non pas tant sur l’histoire elle-même que sur les conséquences du discours prononcé.