
Scientifique et futurologue français, JoĂ«l de Rosnay est bien connu du public en tant que vulgarisateur. Il vient de publier un nouveau livre dans lequel il salue les Ă©volutions technologiques qu’il avait dĂ©jĂ entrevues dans d’autres Ĺ“uvres : optimiste, il prĂ©voit une vĂ©ritable mutation anthropologique qu’il appelle de ses vĹ“ux. Il ne craint pas la rĂ©volte des robots ou l’Ă©limination de plus en plus rapide de l’homme par les objets techniques qui le remplaceront. Il croit en l’Ă©mergence d’une « intelligence collective augmentĂ©e », ce qu’il qualifie d’« hyperhumanisme » par opposition au transhumanisme de plus en plus prĂ©sent dans les mĂ©dias, et dont le commun des mortels a peur. L’espèce humaine au seuil d’une nouvelle RĂ©vĂ©lation ?
Dans un entretien qu’il vient de donner Ă La Tribune Ă propos de ce livre,  Je cherche Ă comprendre… les codes cachĂ©s de la nature, JoĂ«l de Rosnay rĂ©vèle sa croyance qui n’a rien de religieux, ou Ă tout le moins rien qui l’inscrive dans les religions connues, vraie ou fausses. Toutes les nouvelles technologies, estime-t-il, vont permettre l’Ă©mergence d’une sorte d’intelligence en rĂ©seau dont chacun pourra tirer profit. A l’opposĂ©, les transhumanistes ont une vision Ă©litiste oĂą le progrès ne sert qu’Ă quelques-uns, et s’accompagne du risque majeur d’aboutir Ă la disparition de l’humanitĂ©.
La mutation anthropologique fera de nous moins que des hommes…
Devant cette crainte lĂ©gitime, JoĂ«l de Rosnay propose des « solutions alternatives ». « PlutĂ´t que l’intelligence artificielle, nous pouvons opter pour une intelligence augmentĂ©e collective de rĂ©flexion et de spiritualitĂ©. » Celles-ci deviendraient ainsi la porte de sortie d’un monde terrifiant, le passage obligĂ© oĂą attirer les hommes dĂ©semparĂ©s face aux mutations technologiques. Qui oserait le refuser ?
On comprend Ă travers ses rĂ©ponses que l’« avenir positif » dont il rĂŞve passe par la destruction des structures hiĂ©rarchiques, par la destruction des catĂ©gories que sont « la vision catĂ©gorique, sĂ©quentielle, analytique, pyramidale ». Il voudrait rattacher Ă son idĂ©e Ă la montĂ©e de ces formes de travail nouvelles dont les jeunes sont friands, eux qui travaillent volontiers pour plusieurs employeurs, souvent Ă leur compte. Cette marche vers une responsabilisation et une plus grande autonomie de l’entrepreneur est-elle vraiment le signe de la montĂ©e d’une « gĂ©nĂ©ration mondiale » prĂŞte Ă faire quelque chose ensemble » ? Ce n’est pas si sĂ»r. Au fond, JoĂ«l de Rosnay surajoute Ă des nouvelle pratiques qui peuvent ĂŞtre intelligentes, astucieuses, Ă©conomes d’Ă©nergie parce que des gens audacieux ont dĂ©cidĂ© de les mettre en place d’eux-mĂŞmes, une dimension spirituelle et philosophique dont on doute qu’elle en fasse vraiment partie, ou alors de manière dĂ©voyĂ©e.
Joël de Rosnay et la spiritualité laïque
Les rĂ©seaux, les Smartphones, l’interconnexion vont selon JoĂ«l de Rosnay permettre de dĂ©cupler les capacitĂ©s des hommes. « Nous devenons plus que nous-mĂŞmes… nous sommes Ă la veille d’une mutation de l’espèce humaine qui va advenir dans le siècle qui vient. » Il dĂ©signe en rĂ©alitĂ© l’accès Ă des donnĂ©es de plus en plus nombreuses, ce qui ne dit rien quant Ă la valeur de l’homme lui-mĂŞme, qui dĂ©pend de sa relation avec Dieu et dont la valeur se mesure Ă l’aune de son accueil de la grâce.
Faux spiritualisme vaguement millĂ©nariste, la pensĂ©e de JoĂ«l de Rosnay croit aux lendemains qui chantent : « Aujourd’hui, ce potentiel est occultĂ© par la concurrence, la compĂ©tition, la volontĂ© de pouvoir… mais l’empathie, l’altruisme, la reconnaissance de la diversitĂ©, le partage, l’art, l’amour… permettraient de faire Ă©merger cette nouvelle espèce humaine. » On nage en plein New Age : les progrès informatiques et Internet deviennent ici des facilitateurs d’une nouvelle ère de bonheur pour tous.
On retombe brutalement par terre en lisant dans la suite de l’interview si bienveillante pour les nouvelles gĂ©nĂ©rations : « Seuls Emmanuel Marcon et NKM sont d’une gĂ©nĂ©ration qui a comprit la montĂ©e au pouvoir de la jeunesse et exprime une confiance en eux et en leur dynamisme », rĂ©pond de Rosnay. Avec le plus grand sĂ©rieux.
L’espèce humaine sans le péché originel
EmerveillĂ© par « l’harmonie de la nature », JoĂ«l de Rosnay est un adorateur de l’homme plutĂ´t que de Dieu qu’il refuse de voir derrière cette harmonie. « Je ne suis pas dans une approche religieuse, du rite, du dogme », mĂŞme s’il s’incline devant le « mystère inexplicable, mais prĂ©sent ».
« Dans mon livre, je fais rĂ©fĂ©rence Ă la tapisserie de la licorne. La plupart des gens ne voient que le rĂ©sultat, sublime. Mais les scientifiques ou les philosophes vont voir derrière la tapisserie pour essayer d’interprĂ©ter les motifs. Je ressens un sentiment de spiritualitĂ© laĂŻque, Ă©mergeant de l’unitĂ©, qui m’incite Ă donner du sens Ă ma vie et Ă transmettre », conclut le scientifique.
Une spiritualitĂ© laĂŻque, partagĂ©e par tous dans cette humanitĂ© collectivement augmentĂ©e, bĂ©nĂ©ficiant d’une mutation anthropologique ? VoilĂ comment la technique pourrait ĂŞtre utilisĂ©e pour favoriser un syncrĂ©tisme nĂ©cessairement relativiste et fonctionnant aux bons sentiments, tendance guimauve, global – « globalitaire ». Cela n’est possible qu’en niant le pĂ©chĂ© originel et la nature dĂ©chue de l’homme, pour rĂŞver une sorte de paradis terrestre oĂą tout le monde se comprend sans ĂŞtre entravĂ© par les limites de la condition humaine.
C’est un monde dĂ©sespĂ©rĂ©ment horizontal.



























































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