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Kim Jong Un, Trump et le nucléaire : contes et légendes des deux Corées

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Depuis des décennies, Kim Jong Un et ses ascendants étaient pour nos médias des fous jouant avec le nucléaire. C’est maintenant un prince charmant tendant la main à l’autre Corée en échange de la paix et de l’aide de Trump. Cela me rappelle la collection « Contes et légendes » de mon enfance.
 
Depuis 1960 et la Détente, la convergence des blocs Est et Ouest vise à produire un hybride de socialisme et de capitalisme capable d’évacuer les ruines du monde construit au fil des siècles par l’Europe et bâtir le Nouvel Ordre Mondial qu’est venu chanter Emmanuel Macron dans sa romance avec Donald Trump à Washington. En 1990, l’Est et l’Ouest se sont rencontrés à Berlin, et les deux Allemagnes se sont réunies. On n’en est pas encore là pour les deux Corées, mais Kim Jong Un a fixé pour objectif au Sud et au Nord de « devenir un ». Comment ? En transformant « leurs différences pour qu’elles ne deviennent qu’un seul et même élément ». Bref, au lieu d’une réunion brutale, une fusion à froid et à long terme.
 

Deux Allemagnes, deux Corées : la situation n’est pas la même

 
Cette progressivité n’est pas la seule différence évidente entre les deux situations historiques. En 1990 le bloc de l’Est était en capilotade, épuisé par ses contradictions internes et la compétition économique et militaire imposée par les Etats-Unis de Donald Reagan. Aujourd’hui Donald Trump essaie de restaurer la puissance américaine, mais le bloc que forment la Chine et ses vassaux, dont fait part la Corée du Nord, est loin d’être en capilotade. Or, même en capilotade, après la chute du mur de Berlin, l’Est imposa à l’Allemagne apparemment triomphantes de garder ses frontières héritées de la seconde guerre mondiale, c’est-à-dire tracées par Staline. Qu’en sera-t-il de l’avenir des deux Corées avec un bloc du Nord fort, sinon dominateur ?
 

De l’ogre fou Kim Jong Un à Kim Jong Un l’homme qui sourit

 
Nos médias donnent de la chose une vision plus qu’optimiste, presque idyllique. Nos télévisions ont montré Kim Jong Un et son homologue de Corée du Sud (je n’écris pas son nom, je n’arrive pas à me le rappeler et c’est significatif, la notoriété mondiale de Kim Jong Un doit égaler celle de Hitler alors que l’autre joue en quatrième division, c’est Nestlé contre ma crémière) faisant chacun trois petits pas au-dessus de la frontière qui sépare depuis près de soixante-dix ans deux pays frères irréconciliables après une guerre terrible qui mit la planète au bord de l’incendie nucléaire. Et ils souriaient, souriaient! Comment peut-on sourire autant ?
 

Dans ces contes et légendes roses, un maillon faible : Trump

 
Des décennies durant, on nous a joué Le dictateur en version jaune, la Corée du Nord était le plus inquiétant des Etats Voyous, le plus insolite, les plus caricatural, le plus retors. Maintenant Kim Jung Un est devenu un bon gros impeccable, plein d’un grand bon sens au fond, vous me promettez la paix, je vous promets la fin du nucléaire et les vaches seront bien gardées. En prime et en guise de symbole, pour montrer ma bonne volonté, je mets mes pendules à l’heure de Séoul, dont je m’étais distingué en 2015. J’étais méchant, je suis devenu gentil. 
 
Ça convient parfaitement à la mentalité occidentale qu’on a amputée de sa capacité logique et habituée à la pensée magique : abracadabra, il n’y a plus de problème. La seule difficulté résiduelle, c’est Donald Trump : on le présentait comme un fou dangereux lui aussi, et voilà qu’il serait en passe de réussir ce que tous ses prédécesseurs ont raté. Mais les contes de fées et les légendes de bonnes femmes ont toujours leur côté obscur.
 

Le nucléaire, la capacité nucléaire, les inspections nucléaires

 
La droite américaine, elle, ne croit pas à cette histoire. Elle pense qu’un dictateur jaune reste un dictateur jaune et qu’il a plus d’un tour dans son sac. Comment va-t-on le forcer à tenir sa promesse de jeter son arsenal nucléaire à la poubelle. Il acceptera des inspections ? Et alors ? Pensez-vous qu’il sera assez bête pour qu’elles soient sincères et complètes ? Kadhafi et Saddam, qui n’avaient pas de nucléaire, ont été éliminés, croyez-vous que Kim Jong Un va se priver de son bouclier nucléaire ?
 
Oui, j’y crois. Il lui coûte très cher et rien ne dit qu’il soit opérationnel. Et je crois le raisonnement de cette droite américaine très peu solide. L’empire du Bien a dégommé Kadhafi et Saddam parce qu’ils n’avaient pas les moyens de se défendre et parce qu’il y trouvait son intérêt. Mais il a laissé en paix les Kim en Corée parce qu’il n’avait aucun intérêt à les attaquer, au contraire, ils fournissaient un prétexte à rhétorique « démocratique » des Occidentaux.
 

Pourquoi Trump et ses prédécesseurs n’ont jamais attaqué la Corée

 
Ils ont laissé la Corée du Nord en paix en outre parce qu’elle n’est pas seule. La vraie question, la vraie menace, pour l’Amérique et pour Trump dans le coin, c’est la Chine. La gratouiller en Corée était impossible et le demeure. Le panda n’est pacifique que dans les films d’animation de Hollywood. Dans le vrai monde, il n’apprécie pas qu’on lui chipe ses pousses de bambou ou qu’on marche sur ses théières (ainsi nomme-t-on les plantations de thé). Les Occidentaux ont pu vérifier en Syrie, dans un conflit désastreux qui s’éternise, et où les a entraînés une vue erronée de leurs intérêts et de leurs capacités, la véracité des paroles de la chanson d’Henri Garat : « Avoir un bon copain, c’est ce qu’il y a de meilleur au monde ». Bachar el Assad, qu’ils avaient décidé d’éliminer et contre lequel ils ont mis le paquet, en propagande, en financement, en armement, et en aide militaire aux rebelles divers, est toujours là. Grâce au soutien de son bon copain Poutine.
 

Les Corées roses, épisode des contes et légendes du mondialisme

 
Sans doute l’armée chinoise ne vaut-elle pas l’armée russe, mais Donald Trump, qui n’est pas plus fou que vous et moi, n’a jamais sérieusement envisagé d’attaquer Kim Jong Un sur le glacis même de l’empire du Milieu. Il visait deux choses par ses paroles vigoureuses : se donner de l’air en politique intérieure, et tenter d’imposer à la Chine impérialiste un certain équilibre en Extrême-Orient. S’il parvient à arracher aux Chinois des garanties en mer Jaune, et d’une manière générale pour le Japon et le Sud-Est asiatique, rien ne s’oppose à la paix en Corée. A la légende du fou dangereux Kim Jong Un succèdera le conte des deux Corées amies.
 
L’autre crainte d’une certaine droite américaine est que le cœur du président de Corée du Sud penche à gauche, et que la neutralisation nucléaire des Corées n’entraîne leur neutralité politique, les tirant vers le socialisme. Bonne question, mais elle doit se poser aussi pour l’Europe et l’Amérique elle-même. La menace ici n’est pas le nucléaire, nord-coréen ou chinois, c’est le génie du mondialisme, son logiciel comme on dit. Les contes et légendes de la propagande officielle le présentent comme une version hard du libéralisme, mais c’est un bluff, nous le savons bien. Le nouveau mondialisme issu de la convergence des blocs, comme son prédécesseur soviétique, a pour modèle le socialisme.
 

Pauline Mille