Le Mot : Comportements discriminatoires

Le Mot Comportements discriminatoires
 

Les fêtes de fin d’année ont été l’occasion d’un véritable festival de deux poids deux mesures, i.e. de comportements discriminatoires, de la part de l’ARCOM, l’autorité de régulation de la communication audiovisuelle censée surveiller l’impartialité et la légalité des contenus de la radio et de la télévision. Le 29 décembre, elle condamnait CNews pour une interview de Marie-Hélène Thoraval, maire de Romans-sur-Isère d’où étaient partis les meurtriers du jeune Thomas Perotto le 19 novembre 2023 à Crépol. Elle avait eu le malheur de relever le « caractère culturel » des attaques au couteau aujourd’hui en France, dont les auteurs auraient « souvent », par leur origine, un « lien avec l’islam ». Pour l’ARCOM, de « tels propos imputent aux personnes d’origine immigrée et de confession musulmane, dans leur ensemble, des comportements graves, voire pénalement répréhensibles ». Cette phrase est comique, elle décrit des coups de couteau en comportements graves, voire pénalement répréhensibles. Et elle est sotte : ce n’est pas parce qu’une grande partie des attaques au couteau sont le fait de jeunes issus d’une communauté musulmane que tous les immigrés musulmans sont des adeptes de l’égorgement ! Tout absurde qu’elle est, elle a pourtant justifié une mise en demeure de l’ARCOM à CNews. Et en même temps, l’ARCOM n’a pas adressé le moindre reproche à France Culture qui, en novembre 2023 avait décrit ainsi l’angoisse des jeunes de banlieue : « Ils ne peuvent plus se promener comme ils veulent dans la ville, ils sont obligés de sortir à plusieurs, ils sont obligés parfois de sortir avec des armes parce qu’ils ont peur de faire la mauvaise rencontre. » Voilà qui imputait au port d’arme un caractère culturel sans choquer l’ARCOM. Donc un comportement discriminatoire de sa part.

Ce n’est pas le seul. Le 11 septembre 2025, Caroline Roux, l’une des présentatrices politiques les plus en vue de l’audiovisuel public recevait dans son émission l’Evénement, sur France 2, monsieur Mathieu Pigasse, énarque, cadre supérieur dans la banque d’affaires et militant d’extrême gauche (NFP, Mélenchon), qui, outre ses activités chez Lazard Frères et Centerview et son passage aux cabinets de Strauss-Kahn et Fabius, a grenouillé dans la presse, organisant l’achat de Libé par les Rothschild, mettant la main sur le Monde et le Nouvel Obs, achetant les Inrockuptibles et Radio Nova. Il se rêve en Bolloré de gauche sans avoir fait vraiment fortune, et a fondé à cet effet Mediawan (société d’investissement à vocation spécifique) dont la vocation est d’influencer les médias. Mediawan finance notamment sur France 5, toujours l’audiovisuel public, C dans l’air, que Caroline Roux a repris depuis 2018. Or, en donnant la parole sans modération à Mathieu Pigasse dans l’Evénement, Caroline Roux l’a présenté simplement en chef d’entreprise. En omettant son engagement politique d’une part et sa participation à Mediawan de l’autre : en somme elle interviewait son patron d’extrême gauche sans le dire.

Saisie par un spectateur agacé, l’ARCOM, dans un avis émis le 26 novembre 2025 et publié le 5 janvier 2026, a « considéré que la présentation à l’antenne de M. Pigasse en sa seule qualité de chef d’entreprise, alors qu’il avait déjà fait publiquement état de prises de positions politiques et qu’il est cofondateur de la société Mediawan qui produit certains des programmes emblématiques de France Télévisions, ne satisfaisait pas pleinement aux exigences d’honnêteté et de rigueur de l’information ». Et a simplement « rappelé à la chaîne la nécessité de donner au spectateur toute précision utile ». Sans mise en demeure ni la moindre sanction. Tels sont aujourd’hui dans l’audiovisuel les comportements discriminatoires.