Le Mot : Prévisibilité

Le Mot Prévisibilité
 

Emmanuel Macron n’était pas mécontent de lâcher un nouveau mot tout en faisant la nique à Donald Trump, l’autre jour à Tokyo : « La prévisibilité a de la valeur, et nous, nous l’avons montrée toutes ces dernières années, et oserai-je dire encore ces dernières semaines : nous sommes là où vous savez que nous irons. C’est pas mal, par les temps qui courent, croyez-moi. » Le ton a changé depuis les hurlements hystériques de la campagne de 2017 (« Parce que c’est notre projet ! »), la posture aussi. Avec ses pattes qui blanchissent et son profil qui se décharne, le chef de l’Etat pose au vieux sage de l’Europe, par opposition aux caprices d’un hégémon américain qui non seulement ne prévient pas ses alliés quand il part en guerre, mais paraît changer de stratégie et d’objectifs tous les jours.

Le mot prévisibilité pèche cependant par sa forme et par son sens. Par sa forme : la langue française n’autorise pas n’importe qui à tirer un nom d’un adjectif, pas plus qu’un adverbe d’ailleurs. Oui, l’Europe est prévisible, mais parler de prévisibilité fatigue toute oreille un peu fine – de même que ne disent « possiblement » que les ilotes amateurs d’anglais transcrit. Par son sens : en politique, pas plus qu’à la guerre, ce n’est un atout d’être prévisible. Le PS est prévisible, par exemple, on sait qu’il passera par Mélenchon pour faire élire des maires. L’Europe est prévisible, elle se plaint à juste titre des manières de l’Amérique, mais elle achète ses armes, accepte ses jugements et s’en laisse bousculer. Elle est prévisible hélas pour bien d’autres choses. Sa justice est dure aux victimes et douce aux délinquants, à beaucoup de criminels même, sa laïcité terrible naguère pour les catholiques, est accueillante à l’islam, elle ne fait plus d’enfants et se laisse envahir, elle se livre à toutes les folies par crainte des phobies, islamophobie, homophobie, transphobies, etc. Tout cela est prévisible, presque quantifiable. Et la France d’Emmanuel Macron est hélas la plus prévisible de tous. Fondatrice et protectrice du Liban, elle est depuis Giscard incapable d’y remplir sa mission. Bien d’autres pays y sèment le désordre et la mort. Israël en fait partie aujourd’hui mais n’est pas le seul, loin de là. Or Paris condamne, Paris se lamente, mais n’agit pas. Ni contre l’Iran qui manie le Hezbollah, ni contre Tel-Aviv dont l’armée, non contente de ravager le pays sous couleur d’en chasser son ennemi, multiplie les actes hostiles inqualifiables contre l’armée française. Pauvre Macron ! Il est dans tout cela complètement prévisible. Humilié, offensé, piétiné. Si cela pouvait le convertir.