Léon XIV / FSSPX : Dialogue Impossible

Léon FSSPX Dialogue Impossible
 

Au sortir de son repos à Castelgandolfo, le pape Léon XIV a déclaré, à propos du sacre de quatre évêques que la FSSPX projette en juillet sans son mandat : « J’envisage de faire un nouvel appel en disant : ne faites pas cela, essayons de vivre la communion de l’Eglise. » La presse en général y voit une dernière « main tendue » avant le schisme, une tentative de renouer un dialogue que « les lefevbristes », que « les traditionnalistes » refuseraient. Or c’est autre chose, comme l’analyse de la totalité de sa déclaration va le montrer : une fin de non-recevoir aux demandes d’audience faites par la FSSPX, une condamnation et l’annonce de la rupture. La Rome actuelle refuse tout dialogue pour la simple raison que le dialogue est impossible entre ce qu’elle veut et ce que veut la tradition représentée par la FSSPX.

 

Léon XIV pense au schisme et l’impute à la FSSPX

Voici l’intégralité des paroles de Léon XIV : « J’envisage de faire un nouvel appel en disant : ne faites pas cela, essayons de vivre la communion de l’Eglise. Mais c’est leur choix. Il faut réaliser ce que cela signifie pour eux et pour l’Eglise. Certes, la division parmi les chrétiens est un point douloureux. Cependant, ils refusent d’accepter certains éléments fondamentaux de l’Eglise, à commencer par plusieurs points du Concile Vatican II. S’ils prennent cette décision, je le regrette mais nous devons avancer. » Il faut réaliser ce que cela signifie pour eux et pour l’Eglise : un schisme. C’est leur choix : la responsabilité du schisme incombera à la FSSPX. S’ils prennent cette décision, je le regrette mais nous devons avancer. Je n’ai pas d’aversion pour les traditionnalistes mais ne perdons pas plus de temps, l’Eglise synodale compte tout d’abord (avec peut-être ce sous-entendu diplomatique : j’ai besoin d’un schisme avec la FSSPX pour combattre celui de l’Allemagne).

 

Les signes que Léon XIV refuse tout dialogue

S’il avait recherché le dialogue, Léon XIV avait pourtant l’embarras du choix. Il aurait pu recevoir le supérieur de la FSSPX. Ou confier le soin de négocier avec la FSSPX à quelqu’un d’autre qu’au cardinal Victor Manuel Fernandez, moderniste maximaliste et ennemi revendiqué de la tradition. Sans doute est-il préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi (qu’il n’ait pas été débarqué est un signe inquiétant de continuité avec François), mais le Vatican connaît les moyens de nouer des contacts discrets pour contourner quand il le faut l’institution officielle. Il aurait pu surtout, pour résoudre la crise… autoriser les sacres ! Rien ne l’empêchait. Il aurait pu aussi se taire, et fermer les yeux, comme il l’a fait pour les sacres d’évêques chinois dans l’Eglise patriotique, sacres décidés par le PCC ! Or il a préféré, par le biais notamment des médias catholiques, entrer dans la problématique terrifiante du schisme.

 

La FSSPX obligée d’accepter une messe qui n’existe pas

Du côté de la FSSPX, le supérieur et plusieurs membres connus avaient pourtant donné toutes les assurances pour éviter d’en arriver là, protestations solennelles d’attachement à Pierre, volonté affichée de ne pas fonder de nouvelle Eglise et de ne pas donner de juridiction territoriale aux évêques, les sacres ayant pour seul objet, dans un moment d’urgence pour les âmes chrétiennes, de perpétuer la validité des sacrements. Cela pouvait fournir, selon les cas, une bonne base de dialogue, ou de silencieux assentiment. Léon XIV a choisi l’affrontement, la sanction. Etonnant, dans une Eglise qui dit regretter sa prétendue raideur dans l’affaire Luther (où elle avait raison), et qui fait preuve de rigidité dans l’affaire des sacres (où la cause est beaucoup moins claire). Etonnant aussi pour une Eglise qui supporte non seulement les sacres chinois, mais un délire synodal qui dure depuis des années. Cela surprend une paroissienne qui, comme moi, assiste la plupart du temps aux messes de Paul VI : elles ne sont jamais les mêmes et ressemblent parfois très peu à ce que Paul VI institua. Léon XIV exige donc de la FSSPX une acceptation perinde ac cadaver de quelque chose qui n’existe pas en fait, il n’y a plus d’unité de la messe !

 

Rome doit préciser pourquoi le dialogue est impossible

Aussi fait-on passer à Rome la question liturgique au second rang dans le différend avec la tradition. Le Saint Père l’a dit plus haut : « Ils refusent d’accepter certains éléments fondamentaux de l’Eglise, à commencer par plusieurs points du Concile Vatican II. » Selon Léon XIV, la désobéissance menant au schisme porte donc le concile Vatican II. C’est vrai, mais paradoxal, puisque Vatican II se voulait essentiellement concile pastoral et n’a défini aucun nouveau dogme. Quels sont donc les « éléments fondamentaux » que la FSSPX « refuserait d’accepter » (sic), et que Vatican II imposerait dans la profession de foi (« à commencer par » n’est à l’évidence qu’une figure de style) ? C’est à Rome de le dire, dans la mesure où elle enseigne et où elle exige l’obéissance.

 

Au commencement était le Verbe, et le Verbe s’est fait chair

Un ancien séminariste de la FSSPX, qui l’a quittée comme d’autres au moment des sacres de 1988, l’abbé Jacquemin, a été commis pour expliquer aux chrétiens de sensibilité traditionnelle pourquoi ils doivent admettre que la FSSPX a choisi le schisme. Docteur en droit canon, il montre beaucoup d’érudition et de finesse dans cette tâche mais pèche par un point capital : il oppose l’Eglise d’avant à l’Eglise de maintenant, et partant le dépôt de la foi à ce que prétend déterminer un peuple de Dieu mis en marche par des bureaucraties cléricales. C’est idiot. Il n’y a qu’une foi, et les arguties savantes que secrète le Vatican semblent à cet égard de la mauvaise paille. Moi qui ne suis qu’une évaporée, je conseille à cet abbé de relire le prologue de l’Evangile selon Saint Jean. Que Rome ait le courage, pour obéir au Divin Verbe, d’éteindre les lampions du Monde dont beaucoup font leur lumière et de suivre l’Etoile du matin. Ça n’a rien d’impossible. Le tralala autour du schisme disparaîtra tout seul, et la FSSPX, perdant sa raison d’être, retrouvera la voie de l’humilité et de l’obéissance. (On ne peut d’ailleurs écarter l’espoir que cela sera un jour la stratégie de Léon XIV, une fois le danger synodal passé.)

 

Pauline Mille