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Loi Claeys-Léonetti : les tribunes de la dernière chance des médecins et des représentants religieux

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C’est aujourd’hui que commencent à l’Assemblée les débats sur le projet de loi des députés Alain Claeys (PS) et Jean Léonetti (UMP) qui entendent légaliser dans un texte de onze articles un nouveau « droit des malades » face au « devoir des médecins », en consacrant « le bien mourir » à travers une « sédation profonde » voulue. L’Académie nationale de médecine a elle-même relevé, le 6 mars dernier, l’ambiguïté du texte proposé, l’« interprétation erronée, abusive ou tendancieuse du terme sédation ». Un boulevard peut s’ouvrir. C’est bien un protocole euthanasique qui se met en place. A la veille de ces débats, deux tribunes, signées de médecins et de représentants religieux, ont jailli des médias pour crier « au loup ». Bien tard.
 

Des médecins à la tribune

 
175 médecins ont co-signé dans Le Figaro une tribune s’inquiétant d’un potentiel « changement de paradigme ». Les deux modifications apportées à la précédente loi sont essentielles. Les médecins relèvent ces « directives anticipées » du patient devenu client, rendues contraignantes pour le médecin et valables sans limites de temps. Ainsi que cette institution du « droit à la sédation » avec arrêt obligatoire de tous les « traitements » les maintenant en vie – y compris la nourriture et l’hydratation. Pour ne pas prolonger inutilement la vie… « Depuis quand l’utilité d’une vie intervient-elle dans la décision médicale ? » se demandent-ils.
 
La pente est bien celle de l’euthanasie. « Le but classique d’une sédation est de diminuer la perception de la douleur, le risque d’abréger la vie étant accepté mais non voulu». Dans cette nouvelle rédaction, il peut clairement l’être.
 

Les représentants religieux enfoncent le clou

 
« L’homme se croit-il en mesure de décerner – pour lui-même ou pour autrui – des brevets d’humanité ? » Dans Le Monde, ce sont les représentants des trois grandes traditions religieuses monothéistes qui sont montés au créneau : Mgr Philippe Barbarin, François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, Mgr Emmanuel, métropolite de France, Haïm Korsia, grand rabbin de France et Mohammed Moussaoui, président d’honneur du Conseil français du culte musulman.
 
Dans un texte assez ferme, ils rappellent la loi Leonetti, du 22 avril 2005, selon laquelle « rien ne pourra jamais justifier le droit de donner la mort à un homme ». Et lancent clairement « un appel commun, inquiet et pressant, pour qu’une éventuelle nouvelle loi ne renonce en aucune façon à ce principe fondateur : toute vie humaine doit être respectée spécialement au moment où elle est le plus fragilisée. Nous demandons que cette loi civile soit civilisatrice, c’est-à-dire qu’elle aide à vivre et à mourir, sans jamais écourter la vie, sans jamais décider de donner la mort. (…) La moindre équivoque en ce domaine générera, à terme, la mort d’innombrables personnes sans défense. »
 
Un ton qui change quelque peu de la déclaration de Mgr Pierre d’Ornellas, président du groupe de travail de la Conférence des évêques de France sur la fin de vie, qui avait trouvé en ce nouveau texte un « meilleur accompagnement de nos concitoyens vulnérables »… L’imminence éclaircirait-elle les consciences ?
 

Loi Claeys-Léonetti : un débat verrouillé

 
La chose est entendue : « ce serait un acte d’euthanasie ». Mais encore ? Est-ce maintenant qu’on se réveille ? Qui ne voit qu’il n’y a plus de débat « en soi », que la pente est inexorablement glissante, façonnée par des années de maturation au sein des media, au sein de la société ? Chaque semaine, une lettre déchirante réclamant l’euthanasie pour des cas évidemment douloureux, défraie la chronique, comme celle de cette jeune femme demandant il y a quelques jours à Hollande d’endormir « sans qu’elle s’en rende compte » sa petite sœur atteinte d’une maladie génétique grave, muette, aveugle, tétraplégique, souffrant de plusieurs tumeurs… Si l’attaque est aujourd’hui lancée, c’est que le terrain est d’ores et déjà propice, que le fruit est mûr. Et ce ne sont pas les sursauts de dernière minute, les barouds d’honneur – sincères ou pas – qui changeront malheureusement quoi que ce soit.
 
Alors on glose sur le fait que ce texte de loi ne satisfait pleinement personne. Que les uns sont déçus de sa tiédeur : 122 députés PS soutiennent un amendement pro-euthanasie qui légitime le suicide assisté. Que les autres sont réellement inquiets – ils peuvent – des conséquences à court et surtout à long terme d’une telle approbation : des élus de l’Entente parlementaire pour la Famille ont déposé quelque 1000 amendements au projet. Tous dénonçant, en fin de compte, sous un angle opposé, une loi « hypocrite et inhumaine »…
 
Mais le processus ira au bout. Il y avait pourtant une autre réponse à ce faux débat, celle des soins palliatifs. La France n’a jamais mis l’accent sur ces prises en charge, ces vrais droits reconnus par la loi, laissant dans une situation d’abandon un très grand nombre de personnes en fin de vie. Le consensus, il est là.