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Marine Le Pen en Egypte chez Al-Sissi : au service de la restructuration de l’islam ?

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Après sa visite discrète en Russie, Marine Le Pen a accompli un autre voyage à la tonalité diplomatique : elle a été reçue, en Egypte, aussi bien par le grand imam d’al-Azhar Ahmed al-Tayeb – dirigeant de l’université cairote qui donne le ton à l’islam sunnite – que par le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et son Premier ministre Ibrahim Mahlab. La présidente du Front national n’a pas ménagé ses éloges à l’égard d’al-Sissi et sa volonté de combattre l’extrémisme islamique (reinformation.tv en a parlé dès le 17 février dernier, ici). Marine Le Pen approuve ainsi la « restructuration » de l’islam qu’al-Sissi appelle de ses vœux – et augmente du même coup son crédit parmi les dirigeants mondiaux qui œuvrent à ce rapprochement des « grandes religions » autour des « valeurs » de progrès.
 
Marine Le Pen a déclaré lors d’une conférence de presse que le président al-Sissi est l’un des leaders du monde qui affiche les positions les plus claires contre l’extrémisme. « Le choix du Front national est clair : il est de soutenir les pays qui combattent le fondamentalisme, à commencer par l’Egypte », a-t-elle déclaré.
 

Marine Le Pen salue le « courage » d’al-Sissi

 
Elle a répété, lors d’un entretien avec Sky Arabic TV, samedi, que le « courage » des déclarations d’al-Sisi avait motivé sa visite à l’Egypte, en précisant : « Je voulais à travers cette visite clarifier le malentendu que nous avons à propos de notre vision du monde arabe et des événements qui s’y produisent, et pour discuter des efforts pour combattre l’extrémisme. »
 
Bref, c’est un rapprochement en bonne et due forme où Marine Le Pen n’a pas, toutefois, renoncé à sa vision d’une société laïque, où le voile est interdit, ni à son refus de voir progresser l’« immigration illégale » sous prétexte de meilleure compréhension de l’islam. Une visite malvenue, pour certaines sources « droitsdel’hommistes », puisqu’elle apparaît comme soutien du pouvoir égyptien qui multiplie les poursuites à l’égard des Frères musulmans et que les condamnations à mort de ces opposants sont nombreuses.
 
Elle a expliqué par la suite avoir voulu, lors de cette visite non officielle, sans l’appui de l’ambassade de France, prendre en compte « l’importance vitale des 10 millions de Coptes chrétiens » qui paient un lourd tribut « à l’intolérance islamique », mais aussi pour promouvoir le rôle d’« équilibrage » que la France et l’Egypte peuvent jouer au Proche-Orient.
 

Marine Le Pen chez le Sheikh al-Azhar, qui tarde à restructurer l’islam

 
Le Middle East Monitor estime que Marine Le Pen a également joué un rôle dans la tentative de l’imam al-Tayeb de s’obtenir les bonnes grâces du président égyptien. Il tarderait trop, au goût d’al-Sissi, à mettre en place des changements dans l’enseignement dispensé à al-Azhar et dans l’entreprise de « renouvellement » de l’islam que le président veut voir mis en œuvre. Au point qu’al-Tayeb a été rappelé à l’ordre par al-Sissi et que la presse favorable à ce dernier réclame sa démission.
 
En acceptant de rencontrer Marine Le Pen – sans voile  – le Sheikh al-Azhar a simplement voulu montrer son ouverture à « l’Autre » et mettre en pratique les vrais enseignements de l’islam, a assuré le vice-doyen de l’université, le Dr Abbas Shuman. Cela prouve selon lui que l’islam sunnite est bien avancé par rapports aux tendances politiques qui dominent dans le monde, spécialement en Occident.
 
Quelles sont ces tendances politiques ? Le relativisme, le refus d’une religion qui se présente comme vraie, la multiplication des droits pour ceux qui étaient autrefois marginalisés, le souci de la planète, l’intégration régionale – en attendant qu’elle devienne mondiale, le libre-échangisme absolu : toutes « valeurs de progrès » qui ne peuvent cohabiter avec l’islam sous sa forme actuelle.
 

L’“aggiornamento” de l’islam : en Egypte, cela justifie la condamnation des Frères musulmans

 
C’est dans cette perspective qu’il faut lire la volonté de restructuration de l’islam affichée par le président al-Sissi : une mise au goût du jour qui certes, pourra assurer quelque paix aux chrétiens qui subissent le joug d’un islam radical, intégral, littéral, mais qui vise en réalité toute religion constituée et qui se dit (ou plus souvent : prétend) vraie.
 
Restructurer l’islam signifie relire le Coran et les Hadiths à la lumière du monde contemporain, afin qu’il se modifie en choisissant parmi son héritage. S’il s’agit simplement de soumettre l’islam et ses textes fondateurs à la critique de la raison, on aboutit à une négation de l’islam par leurs contradictions internes et leur non-conformité à une partie de la loi naturelle… Ce questionnement critique, interdit en islam, est du plus haut intérêt, mais ce n’est pas cela qui est recherché.
 
Ce que vise la restructuration de l’islam, c’est une modification interne, un aggiornamento qui sauvegarde l’existence de l’islam pour autant qu’il accepte de se soumettre à la modernité. Pour qu’il sorte du Moyen-Age, en quelque sorte…
 

Marine Le Pen au service de la modernisation des religions ?

 
L’ennui avec cette expression, c’est que l’on justifie cette dialectique de progrès en donnant le faux exemple de la modernité chrétienne. On présente le monde occidental tel qu’il est aujourd’hui comme le lieu où la religion qui l’a façonné, le christianisme, aurait réussi à se débarrasser de ses oripeaux : intolérance, Inquisition, discrimination, etc. L’islam n’aurait plus qu’à faire la même chose. Et ainsi les deux religions « traditionnelles », une fois la rupture avec leur traditions consommée, pourraient se fondre dans la nouvelle religiosité maçonnique qui s’accommode volontiers des figures du Christ ou de Mahomet, pourvu qu’elles n’interfèrent pas avec le « bien » que l’homme est aujourd’hui assez grand pour définir lui-même. A commencer par le bien de la Planète…
 
Or il y a là une escroquerie. Le christianisme, ou plus exactement la religion catholique depuis sa fondation il y a deux mille ans, n’a rien changé de ses dogmes ou de sa foi, et si abus il y a eu de la part des hommes qui la composent, c’est en contradiction avec son enseignement. La vérité n’a nul besoin d’aggiornamento, tout au plus ses modes d’expression peuvent-ils changer et se développer comme le montrent le développement du dogme et l’enrichissement des spiritualités au sein de l’Eglise.
 
Marine Le Pen se fait-elle l’alliée objective, au nom d’une juste volonté de contrer la violence de l’islam, de cette tendance qui porte en elle le germe de nouveaux assauts contre les religions traditionnelles – à commencer par le christianisme ?
 

Anne Dolhein