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Mistral : la France s’oppose à la Russie sur l’indemnisation

Mistral : la France s’oppose à la Russie sur l’indemnisation
 
Qui l’emportera dans la bataille des chiffres – sonnants et trébuchants – qui oppose aujourd’hui Paris et Moscou ? Depuis que la France a prétendu punir la Russie pour son rôle dans la guerre ukrainienne en rompant unilatéralement le contrat de construction et de livraison de navires de guerre Mistral, les deux pays n’ont cessé de s’opposer. Moscou a finalement accepté que le contrat soit annulé. La discussion porte désormais sur le montant de l’indemnisation : centaines de millions ou milliard ?
 
En l’espèce, la Russie réclame aujourd’hui 1,163 milliard d’euros d’indemnisation à la France pour l’annulation du contrat portant sur deux porte-hélicoptères Mistral.
 
Selon la presse russe, Moscou aurait refusé une proposition française d’un remboursement de 785 millions d’euros, soumis, qui plus est, à l’acceptation préalable par la Russie de la revente effective des Mistral à un pays tiers avant règlement de l’indemnisation.
 

La France s’oppose à la Russie sur l’indemnisation

 
Cette accumulation de conditions n’a, on le comprendra aisément, pas satisfait les responsables russes qui s’estiment d’autant plus lésés qu’ils ne sont pas à l’origine de la rupture du contrat.
 
En ce qui concerne tout d’abord le montant de l’indemnisation, Moscou considère que la somme de 1,163 milliard d’euros est déjà légèrement inférieure à la valeur du contrat. Conclu en 2011 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, celui-ci est, de fait, estimé à 1,2 milliard d’euros.
 
Mais, malgré la différence importante de calculs entre les deux pays, Moscou n’entend pas faire de ce montant un casus belli. Le Kremlin n’y voit pas un sujet de désaccord majeur. Selon l’un de ses porte-parole, Dmitri Peskov, la question importante est la résolution du conflit dans un sens qui ne lèse pas son pays. « Le principe est le suivant : soit les bateaux, soit l’argent. »
 

Mistral et sécurité nationale

 
En outre, Moscou n’entend pas que ces Mistral fabriqués initialement pour son usage soient revendus à un pays tiers. « Pour le moment », précisent les Russes, qui mettent en avant des questions de « sécurité nationale ».
 
Or, aux prises avec une situation économique délicate, les Français aimeraient bien avoir conclu une nouvelle vente avant de rembourser le premier acheteur.
 
Si la chose peut se comprendre, il est tout aussi clair que Moscou n’a aucune raison d’accéder à cette demande. D’une part, observe le Kremlin, la rupture du contrat n’est pas de son fait ; d’autre part, il n’y a aucune raison pour que la Russie finance, fût-ce partiellement, l’économie française.
 
Enfin, souligne-t-on au ministère russe de la Défense, la sécurité nationale n’est pas un vain mot pour les Russes : « Les deux porte-hélicoptères Mistral ont été construits pour la marine russe, pour nos hélicoptères, nos systèmes de contrôle, notre infrastructure. Ces bateaux ne peuvent en aucune circonstance être cédés à un pays tiers pour le moment, c’est une question de sécurité nationale. »
 

Amabilité et considération

 
Côté français, on assure que les discussions se poursuivent « à l’amiable ». Ce n’est pas précisément ce qu’on aura compris du commentaire du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui déclarait vendredi : « Ce qui concerne la politique étrangère, notamment le degré de fiabilité de nos partenaires, a été éclairci depuis longtemps. A présent, il s’agit d’une question purement juridique et commerciale. » Le propos manifeste très exactement le peu de considération qu’on a en général à l’étranger pour les autorités françaises en général, et pour François Hollande en particulier.
 
Mais enfin, amiable ou pas, il faudra bien que, à un moment ou à un autre, Paris s’exécute. D’autant que l’Elysée n’est pas en mesure, loin s’en faut, de dicter ses conditions au Kremlin…
 

François le Luc