L’OMS a tenu son deuxième sommet sur la médecine traditionnelle : shamans bienvenus

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C’est à la mi-décembre que l’Organisation mondiale de la santé a tenu en Inde son deuxième sommet global sur la médecine traditionnelle, un événement lancé à l’initiative de l’Inde en 2023 pour mettre à l’honneur toutes sortes de pratiques ancestrales (ou non, puisque l’homéopathie en fait partie) très largement utilisées dans le monde. La méfiance envers l’allopathie « occidentale », aggravée par la réponse délirante de refus de soins face au covid et la vaccination quasi forcée, couplée avec la glorification de la « sagesse des peuples premiers » ont créé le contexte ; dans les faits c’est un mélange invraisemblable de données de l’expérience et de remèdes de grand-mère et de pratiques plus ou moins occultes. A New Delhi, The Bharat Mandapam Convention and Exhibition Centre, les shamans étaient les bienvenus.

On notera que l’appel de Narendra Modi a trouvé écho auprès du G20, des BRICS et au-delà, sous le slogan « Une seule Terre, une seule santé ». Tout cela a abouti à une Stratégie mondiale pour la médecine traditionnelle de l’OMS pour la période 2025-2034 qui, à la faveur de la rencontre de décembre, a vu l’entrée en service de la Bibliothèque mondiale de l’OMS sur la médecine traditionnelle, plateforme mondiale qui entend protéger à la fois les droits de la propriété intellectuelle et l’accès facile des responsables de santé à travers le monde à cet outil de « gestion mondiale des savoirs traditionnels ».

C’est en 2034 que l’OMS entend publier sa liste « définitive » des médecine traditionnelles efficaces, ou non.

 

Le 2e sommet global de la médecine traditionnelle a invité des shamans

Dans son discours de clôture, le 19 décembre, le Directeur général de l’OMS, Tedros Ghebreyesus, a salué toutes ces initiatives en insistant sur « l’équilibre entre les humains et la nature ; l’accent mis sur la prévention plutôt que sur la guérison, et la santé en tant que responsabilité partagée », sans compter les « soins centrés sur la personne, ancrés dans la culture et holistiques ». La médecine « holistique » mérite qu’on s’y attarde, nous y reviendrons.

A la surface, l’objectif de la rencontre mondiale pourrait paraître intéressant : promouvoir l’évaluation des médecines ancestrales à travers une recherche sérieuse et des essais cliniques afin de vérifier leur efficacité. La chose semble d’autant plus nécessaire qu’une part de la population mondiale n’a aucun accès à autre chose, avec des pratiques parfois dangereuses : ainsi en va-t-il des petites incisions devant permettre une meilleure pénétration des substances actives de mélanges d’herbes qu’on utilise volontiers dans des pays comme l’Ouganda ou le Bénin… au risque de faciliter des infections, notamment par le virus du sida, faute de stériliser le matériel utilisé.

Mais derrière cette bienveillance se tapit bel et bien une ouverture à l’occultisme et à des pratiques que jadis, on n’aurait pas hésité à mettre sur le compte de la sorcellerie ou du paganisme et de l’idolâtrie. Plus précisément, dans le cadre onusien de l’OMS, c’est une nouvelle manifestation de la spiritualité globale qui s’infiltre de manière à peine dissimulée dans le discours, la pratique et la préférence des institutions mondiales. Où l’on voit s’introduire des séances de yoga, de méditation pleine conscience ou encore d’incantations chamaniques.

 

L’OMS promeut la méditation pleine conscience, le yoga, l’ayurveda

Maeve Cullinan, journaliste du Telegraph spécialisée dans les questions de santé était sur place à New Delhi lors du sommet de l’OMS. Elle raconte des choses vues qui permettent de vérifier cette paganisation promue par l’organisme onusien : la présence de « chamanes mongoles frappant des tambours en osier pour appeler les esprits des ancêtres », la prestation d’un Péruvien portant une coiffe indigène et lançant un « ululement perçant », la présence de maîtres de yoga, des praticiens de l’ayurveda et des enseignants de méditation censée apporter au corps « équilibre et guérison ». Le « bien-être » et le « développement personnel » ont largement droit de cité.

Elle note qu’au-delà de la découverte de la médecine par les plantes (l’aspirine n’est jamais qu’une déclinaison moderne d’une substance que les Sumériens, Egyptiens et Romains de l’Antiquité utilisaient déjà pour faire passer la fièvre et le mal de tête) ou les huiles essentielles, les délégués présents « ont été invités à participer à des sessions allant des “Expressions interculturelles de la guérison” – au cours desquelles des chefs spirituels colombiens présents à la conférence “reconnectent les participants avec la nature” – à une “expérience de compresses aux herbes Chingdug” où les invités sont “détoxifiés” à l’aide d’herbes bhoutanaises ».

Mais qu’en est-il donc de l’approche « holistique » mise en avant lors de ce sommet ? Sachant que l’homme est corps et âme, et qu’il peut sembler judicieux de ne pas l’ignorer comme le fait une médecine scientifique qui à force de spécialisation, considère quasiment le patient comme un kit fait de pièces détachées, il est tentant de la juger positive.

 

Le sommet sur la médecine traditionnelle de l’OMS et l’« holisme »

On lit cependant cette mise en garde sur le site sosdiscernement, réalisé par un prêtre du diocèse du Mans, l’abbé Dominique Auzenet, qui connaît en profondeur les phénomènes sectaires et occultes et évalue les phénomènes à la mode dans ce domaine avec un regard vraiment catholique :

« Mais la préoccupation holistique, qui a le mérite d’interroger sur l’urgence de prendre en compte l’unité de la personne, conduit paradoxalement à la confusion, car il n’y a plus de distinction entre l’ontologique, le théologal, le psychologique, le spirituel, etc. ; la distinction des ordres, au sens pascalien du terme, a disparu. L’holisme est un système de pensée – on pourrait dire : une idéologie – réducteur. Tout est confondu et inclus dans un ordre homogène et indifférencié. »

Et il décrypte :

« L’holisme est un des axiomes fondateurs du courant du “NOUVEL AGE”, qui postule :

– une conception panthéiste de l’univers : tout est divin ; le divin est énergétique, impersonnel ;

– un holisme : toutes choses émanent de ce divin, et sont donc divines par nature ;

– l’homme est par conséquent lui aussi divin par nature, et n’a donc nullement besoin d’un Sauveur ;

– la doctrine de la réincarnation est supposée expliquer le cheminement de l’étincelle divine à travers les différents niveaux de la manifestation divine, depuis la pure énergie divine jusqu’à la matière (involution) et retour (évolution).

“Tout est dans tout et réciproquement”. Il s’agit de dépasser toute notion de dualité ou d’altérité puisque l’expérience suprême consiste à diluer sa conscience personnelle dans une conscience holistique. Les distinctions entre matériel et spirituel, homme femme, infiniment grand et infiniment petit… ces distinctions, même les plus opposées deviennent illusoires.

(…)

Chaque fois que l’on rencontre le mot “holistique”, au-delà du juste souci de ne pas compartimenter l’être humain, on va donc se trouver dans la mouvance du “nouvel âge”, avec tous les degrés d’appartenance possibles du plus ténu au plus totalitaire. »

On peut lire tout l’article sur l’holisme ici, c’est passionnant.

 

L’OMS a tenu son sommet à New Delhi : place à l’ayurveda

Puisque le sommet de l’OMS sur les médecines traditionnelles s’est déroulé en Inde, l’ayurvéda était très présent. Sur le même site sosdiscernement, cette pratique est analysée : bien plus qu’une médecine par les plantes il s’agit d’une pratique religieuse :

« La médecine ayurvédique est étroitement liée à l’hindouisme, plus particulièrement aux Vedas, qui constituent les écrits sacrés de cette religion : les maladies auraient une origine spirituelle : elles seraient dues à une perte de confiance dans l’atman – c’est-à-dire dans le divin immanent, selon la conception panthéiste de l’hindouisme. »

A côté de soins traditionnels du domaine propre de la médecine, à travers le diagnostic reposant sur l’observation et l’administration de remèdes ou de lavements et la prescription de régimes alimentaires, « l’ayurveda fait également appel à des techniques qui relèvent davantage des pratiques spirituelles de l’hindouisme, telles que le Prânâyâma – méthode de contrôle du souffle (prâna) empruntée au Yoga, visant à développer l’énergie vitale par la maîtrise de la respiration – ou encore la méditation, la visualisation et certains rituels visant à canaliser les énergies occultes », met ainsi en garde le P. Joseph-Marie Verlinde, cité par sosdiscernement.

Cette approche prudente n’est pas celle de l’OMS, ses invités et ses ateliers le prouvent. Comme le note Maeve Cullinan, l’Organisation mondiale de la santé est aujourd’hui plus que jamais sous la coupe de la Chine et de l’Inde, les Etats-Unis de Trump ayant retiré leur financement, et ces deux pays ont fortement subventionné la promotion de leurs médecines traditionnelles : c’est une vision politique qui prime, et qui prétend s’imposer pour gérer la santé du monde entier.

 

Jeanne Smits