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Le pape François au secours des cultures indigènes

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Le pape François a reçu la semaine dernière le Forum des peuples indigènes qui tenait à Rome sa troisième rencontre sous l’égide de FIDA, le Fonds international de développement agricole, institution spécialisée de l’ONU. A cette occasion, sous les applaudissements des médias, le pape a dit son soutien aux cultures indigènes, venant au secours de leurs droits au consentement préalable pour toute opération de développement au titre de la protection de leur identité et de leur terre.
 
Les représentants indigènes ont été reçus en audience avec des égards particuliers, et ils en ont été ravis, telle Myrna Cunningham, activiste Miskita au Nicaragua et ancienne présidente du forum permanent de l’ONU sur les questions indigènes, affirmant que son discours avait largement dépassé ses attentes.
 
Le pape François a salué ceux qui se sont « rassemblés en vue d’identifier les moyens permettant de donner une autonomie économique plus grande aux peuples indigènes », affirmant la nécessité de « réconcilier le droit au développement, à la fois sociale et culturelle, avec la protection des caractéristiques particulières des peuples indigènes et de leur territoire ».
 

Le pape François salue les cultures indigènes

 
Le pape a particulièrement désigné la « relation ancestrale vis-à-vis de la terre » parmi les valeurs à protéger, raison pour laquelle il a demandé que « leur consentement préalable et éclairé » soit toujours une condition pour la mise en place d’activités économiques susceptibles d’y porter atteinte. La relation ancestrale avec la terre renvoie aux spiritualités panthéistes et animistes des peuples primitifs – c’est en tout cas en ce sens que l’a compris Myrna Cunningham qui a vu dans la déclaration pontificale plusieurs messages principaux, dont celui-ci : « La nécessité de réconcilier le droit au développement avec les spécificités spirituelles et culturelles et les territoires des peuples indigènes. » Le pape a-t-il donc pris la défense des religions primitives ? Pas explicitement. Mais le mouvement indigéniste leur est indiscutablement lié.
 
Ayant plaidé pour une meilleure reconnaissance de la voix des peuples indigènes, notamment des jeunes et des femmes, le pape François a de nouveau salué, de manière un peu confuse, leur relation à la terre : « Et vous, dans votre tradition, dans votre culture – car ce que vous apportez à l’histoire, c’est la culture – vous vivez le progrès en y intégrant un soin particulier à l’égard de la Terre mère. Aujourd’hui, alors que l’humanité commet un péché grave en ne prenant pas soin de la terre, je vous exhorte à continuer d’en témoigner ; et de ne pas autoriser les nouvelles technologies – qui sont légitimes et bonnes – mais de ne pas autoriser celles qui détruisent la terre, qui détruisent l’environnement et l’équilibre écologique, et qui finissent par détruire la sagesse des peuples. »
 

Comme dit l’ONU : les indigènes ont droit au consentement éclairé

 
Le journal de gauche britannique The Guardian souligne que les paroles du pape ont été interprétées par de nombreux médias comme un commentaire discret sur la construction très contestée du pipeline Dakota Access aux Etats-Unis, chose démentie par un porte-parole du Vatican. Le journal ajoute que de nombreux projets actuels d’extraction de ressources naturelles pouvaient d’ailleurs être visés. Il voit surtout dans les paroles de François une rupture avec les bulles papales qui depuis le XVe siècle ont cherché à promouvoir et à justifier « la conquête et le vol des terres et des ressources des peuples indigènes dans le monde entier et dont les conséquences font encore sentir ».
 
L’un des participants, l’Australien Les Malezer, a donc profité des quelques paroles qu’il a pu échanger avec le pape pour lui demander de « revoir la doctrine des découvertes qui a été suivie de nombreux cas de génocide des peuples indigènes et de la saisie de leurs terres ». On ne sait si le pape François répondu.
 
En revanche, celui-ci a bien fait comprendre l’étendue de son soutien aux prétentions de l’ONU de réglementer les rapports entre pouvoirs publics des nations souveraines et peuples indigènes considérés comme ayant des droits antérieurs et supérieurs sur les terres de leurs ancêtres.
 
Il ne semble pas que le dispositif doive être étendu – par exemple – aux chrétiens d’Orient. Pas assez primitifs ?
 

Anne Dolhein