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Le patriarche maronite inquiet pour l’avenir des chrétiens d’Orient

Le patriarche maronite inquiet pour l’avenir des chrétiens d’Orient
 
Répondant aux questions de l’Aide à l’Eglise en Détresse, le patriarche maronite Bechara Raï s’inquiète tant pour l’avenir des chrétiens d’Orient que pour celui de son pays, le Liban. En termes très forts, il pointe du doigt les responsabilités de la Communauté internationale, dont l’apathie, tant politique que religieuse, conduit à la catastrophe.
 
L’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) a publié mardi le compte-rendu d’un entretien que le cardinal Bechara Boutros Rai, le patriarche maronite, lui a accordé, au Liban, le 19 mars dernier. Le chef de l’Eglise maronite s’y montre inquiet notamment pour l’équilibre religieux du Liban, dont il souligne qu’il est gravement remis en cause par l’arrivée massive de plus d’un million et demi de réfugiés syriens, à majorité sunnite (pour quatre millions d’habitants). Pour autant, ce n’est pas à Damas que le patriarche ménage ses critiques, mais bien à la Communauté internationale qui, au nom d’une démocratie qu’elle respecte d’ailleurs fort mal, joue dans ces pays aux apprentis-sorciers.
 
Ce déséquilibre religieux n’est ni anodin, ni vaine spéculation. « L’année dernière, souligne en effet le patriarche, lors de la première confrontation entre l’armée libanaise et l’Etat islamique, l’armée a été attaquée par des sunnites armés syriens. A long terme, c’est une bombe à retardement. La guerre en Syrie et en Irak doit cesser afin que les gens puissent retourner dans leur pays. Le temps qui passe ne joue pas en notre faveur. »
 

L’avenir des chrétiens d’Orient

 
Il souligne les conséquences déplorables d’une telle situation, tant sur le plan économique – les Syriens travaillant à des tarifs « inférieurs à ceux des Libanais – que social et culturel. « A long terme, s’interroge-t-il, que restera-t-il du Liban et de la culture libanaise, si plus d’un million et demi de Syriens vivent dans notre pays ? »
 
Cette situation est grave, délétère, tout spécialement pour les chrétiens d’Orient, ne cesse de souligner le patriarche Raï, fin avril à Paris et à l’Unesco, ou à l’AED. « Evidemment, ces changements ne restent pas sans conséquences pour les chrétiens du Liban, explique-t-il ainsi à ses représentants. Les chrétiens veulent la liberté et une vie normale. C’est pour ça qu’ils vendent tous leurs biens et émigrent. Le risque s’accroît que tout le Proche-Orient perde lentement sa présence chrétienne. L’Occident doit prendre conscience de la gravité de la situation. »
 

Une question tout à la fois religieuse et politique

 
Car c’est, tout autant, et bien évidemment, une question politique, dont les Européens, les Occidentaux portent la responsabilité. « Les responsables politiques doivent comprendre que la guerre en Syrie doit s’arrêter. La communauté internationale doit cesser de fomenter la guerre et de l’alimenter. Le trafic des armes doit cesser. Ils devraient faire fi de leur fierté et tous s’asseoir autour d’une table pour trouver une solution politique. Mais leur fierté le leur interdit. En effet, cette fierté dissimule des intérêts économiques qui visent le gaz naturel et le pétrole.  »
 
En deux phrases, le cardinal a parfaitement résumé la question. Et, faisant foin du politiquement correct, il souligne que les groupes extrémistes islamiques qui ravagent la région ne sont pas « tombés du ciel » – ou remontés des enfers – mais ont été créés et soutenus par des Etats occidentaux et arabes, en vue d’intérêts économiques et politiques qui ne sont pas ceux des populations locales. Et « maintenant, ajoute-t-il, ils représentent une arme contre le monde entier » !
 
Mais ils ne sont pas, expliquent-ils, les premiers responsables. Car ils n’entendent parler que « de la guerre, de la haine, de la persécution, des assassinats, des déplacements, du fondamentalisme ». Alors qu’ils ont « besoin du contrepoison de l’Évangile de Jésus-Christ ».
 

Les inquiétudes du patriarche maronite

 
Evoquant la Syrie, par laquelle doit passer la solution politique, le patriarche maronite met les pieds dans le plat. « Pourquoi Assad n’est-il pas tombé comme Moubarak en Egypte ou Ben Ali en Tunisie ? Dans ces pays, la population entière était contre eux. Mais pas en Syrie. Là, la population est du côté du président. Récemment, des élections s’y sont déroulées, qui ont confirmé le mandat d’Assad. L’Occident ne veut pas reconnaître ces élections. On dit qu’elles auraient été truquées. Au nom de la démocratie, l’Occident n’accepte pas la démocratie !  »
 
Et d’ajouter de façon très claire : « Il faut parler avec Assad. Le dialogue entre le gouvernement et l’opposition est décisif. En France par exemple, on m’a dit que les politiques ne voulaient pas discuter avec Assad. Mais avec qui voulez-vous qu’ils parlent sinon pour résoudre le conflit ? »
 
Au Liban aussi, il faut envisager de prendre des décisions politiques. Dimanche dernier, dans son homélie, Bechara Raï a, une nouvelle fois, appelé les députés libanais à élire un président de la République, dont le poste est vacant depuis près d’un an, « sur lequel toutes les parties politiques soient d’accord ». Une question particulièrement importante pour le patriarche maronite, le chef de l’Etat étant choisi au sein de sa communauté depuis l’adoption du Pacte national en 1943.
 

François le Luc