Entre transition énergétique et « renouvelables », la pénurie d’électricité menace aux Pays-Bas

pénurie électricité menace Pays-Bas
 

La pénurie d’électricité pourrait se manifester plus rapidement que prévu aux Pays-Bas selon le gestionnaire du réseau TenneT. Les raisons sont liées à la transition écologique : d’un côté, la demande d’électricité augmente énormément à mesure de l’électrification générale décidée au nom du zéro net émission carbone. De l’autre, la part croissante des énergies intermittentes (l’éolien et le photovoltaïque) dont la production est liée aux conditions météorologiques fait craindre des moments de manque d’électricité par rapport à la demande. On pensait n’atteindre ce seuil critique qu’en 2030, mais les nouveaux calculs le ramènent à 2028. En clair, ils ont eu tout faux.

L’avertissement a été adressé au ministère des Affaires économiques et du Climat dans le rapport annuel de TenneT : ce ne sont pas les infrastructures qui sont en défaut, mais bel et bien la production d’électricité. La demande croît en effet fortement, aussi bien dans les entreprises qui quittent le gaz pour l’électricité que chez les particuliers qui s’équipent en voitures électriques et en pompes à chaleur. (Sans compter l’IA…) Sous l’impulsion, il faut bien le dire, d’une propagande sans merci sur le caractère « vertueux » de ces choix.

 

La transition vers les renouvelables est directement liée aux pénuries d’électricité

Dans le même temps, la dépendance à l’égard du soleil et du vent s’intensifie. Cette transition énergétique est loin d’être totale, puisque les Pays-Bas conservent des centrales au gaz et au charbon. Mais malgré ce filet de sauvetage bien encombrant (eu égard au fait qu’il est censé intervenir en cas de besoin seulement), la situation reste complexe et « le risque de pénurie d’électricité s’accroît de manière significative », avertit Maarten Abbenhuis, directeur de TenneT. Il ajoute qu’il est urgent de mettre en place des normes gouvernementales imposant le maintien de la disponibilité des centrales au gaz.

Certes, les normes néerlandaises sont strictes. Statutairement, le manque d’énergie est défini par une moyenne de 4 heures par an d’insuffisance de courant par rapport à la demande. Selon les derniers scénarios envisagés, ce seuil pourrait être dépassé dès 2028. TenneT s’attend à des dépassements structurels des seuils dès 2030, principalement en raison de l’insuffisance de disponibilité des centrales à gaz prêtes à fonctionner immédiatement en cas de besoin.

Et voilà encore une bonne nouvelle pour le portefeuille des usagers et contribuables ! TenneT a imaginé un mécanisme de capacité qui permettrait aux propriétaires des centrales au gaz de pouvoir facturer leur disponibilité à fournir du courant en cas de manque de production. Le cabinet (le gouvernement) a déjà fait savoir qu’il est prêt à mettre un tel système en place. Mais il faudra que ce soit fait avant l’hiver 2029-2030, insiste TenneT.

 

La pénurie d’électricité chez les voisins

Le réseau national reconnaît qu’il est également possible de se fournir auprès des voisins. Cependant, ces voisins (la Belgique, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Danemark) se trouvent en réalité dans à peu près la même situation. Les importations ne peuvent donc pas tout régler.

Mais dans cette gigantesque usine à gaz sans gaz – enfin, en principe – de la transition énergétique, il faut inventer d’autres moyens, coûteux eux aussi, pour que les choses continuent de fonctionner. Il est ainsi question de se tourner vers des mégabatteries capables de stocker l’énergie éolienne et photovoltaïque. Et tant pis pour les terres rares, les matériaux utilisés, l’acheminement et les usines qu’il faut pour les produire. Il y a du CO2 vertueux et du CO2 qui ne l’est pas.

Les gros utilisateurs industriels pourraient aussi recevoir une compensation financière s’ils réduisent leur consommation au moment de très fortes demande, selon TenneT. L’idée est que chacun soit incité à adapter sa consommation en fonction de l’offre et de la demande.

Mais bien sûr, toute cette histoire de l’offre fluctuante de l’énergie est le résultat direct de la guerre contre les moyens de production d’énergie sûrs et stables.

 

Anne Dolhein