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Podemos veut profiter du boulevard ouvert par l’abstention socialiste qui laisse Mariano Rajoy former un nouveau gouvernement en Espagne

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Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy à Bruxelles le 20 octobre 2016.


 
Dix mois de crise politique en Espagne ont abouti dimanche dernier à un compromis au Parlement en vue de permettre au Premier ministre de droite libérale, Mariano Rajoy, de former un gouvernement. Il a fallu pour cela que le parti socialiste espagnol, le représentant historique de la gauche dans le pays, consente à son corps défendant à annoncer son abstention lors du vote de confiance qui doit avoir lieu samedi. Pour Le Monde, c’est le signe que la « révolution douce » que constituerait la fin de l’alternance entre le Parti populaire de Rajoy (PP) et le PSOE, n’aura pas lieu. Les jeunes mouvements qui commencent à s’installer plus durablement dans le paysage politique, les centristes de Ciudadanos et la gauche radicale et populiste de Podemos, ne feront pas partie de la solution. Mais Podemos pourrait bien tirer profit de la situation sur le plus long terme. L’abstention socialiste lui ouvre un boulevard.
 
Podemos a profité de la colère des Espagnols sous le régime d’austérité imposé par l’Union européenne pour la conservation du sacro-saint euro et pour faire payer au pays le renflouement suite à l’explosion de la bulle immobilière et l’aggravation sans précédent du déficit de l’Etat. Le parti, lancé en janvier 2014 par le biais de manifestations gigantesques, voit dans ce qu’il appelle la démission du PSOE une occasion de se présenter comme une véritable opposition, représentant légitime des idées de gauche.
 

Podemos, le mouvement d’extrême gauche qui veut profiter de la crise espagnole

 
Le leader du parti, Pablo Iglesias, ainsi que son équipe accuse ouvertement les socialistes du retour au pouvoir de Rajoy et, par conséquent, des mesures d’austérité qui vont continuer, et ce dans un contexte de scandale de corruption.
 
Lors d’un premier débat parlementaire jeudi, Iglesias a martelé : « Nous n’allons pas nous aligner. Nous voulons que les choses soient faites d’une manière différente, nous voulons les changer. Ce sera peut-être difficile pour vous de le reconnaître, mais vous êtes plus proches du PP que de nous », a-t-il lancé aux socialistes.
 
Podemos a les moyens de rendre la vie dure pour le gouvernement minoritaire de Mariano : le groupe qu’il a constitué avec l’ancien parti communiste aujourd’hui appelé Izquierda Unida (gauche unie) compte 71 parlementaires, et il a déjà apporté la preuve de sa capacité de mobilisation populaire dans les rues. Pour samedi, une manifestation est d’ailleurs déjà prévue auprès du parlement sous la houlette de cette gauche populiste. La menace de la grève générale plane déjà.
 

L’abstention socialiste dont Mariano Rajoy a besoin pour former un gouvernement

 
Comme dans d’autres pays européens, et d’ailleurs comme dans d’autres pays du monde, les politiques « atypiques », de Trump aux Etats-Unis à Duterte aux Philippines gagnent en influence – il faut y ajouter Marine Le Pen en France. Ils présentent un profil commun, l’opposition au mondialisme ou l’opposition à une certaine forme de mondialisme, plus ou moins profonde selon les cas, dans un contexte où les grandes institutions supranationales réfléchissent à haute voix sur la manière de rendre le globalisme acceptable par des populations qui en voient les effets désastreux.
 
Nombre d’entre eux proposent soit plus d’interventionnisme étatiste dans une optique plus ou moins nationaliste, soit davantage de socialisme global. Les variantes sont multiples et les idées peuvent être de droite comme de gauche, mais ce qui semble évident, c’est que le mondialisme puisse vouloir exploiter ces sentiments populaires pour gauchir la politique et hâter l’avènement du socialisme mondial.
 
Dans le cas de Podemos, la coloration laïciste, et pourtant ouverte à des formes de spiritualité tendance New Age du mouvement, est particulièrement frappante.
 

En Espagne, Podemos, entre laïcisme et New Age, marque des points

 
Le parti a connu une montée fulgurante en trois ans, réussissant notamment lors des dernières élections en décembre 2015, puis en juin, à prendre des millions de voix au parti socialiste espagnol. Aujourd’hui, a déclaré Iglesias au journal El Diario, son objectif est de confirmer son enracinement populaire en « creusant des tranchées dans la société civile », par le renforcement de mouvements « anti-établissement ».
 
Selon un récent sondage, 20 % des électeurs déçus du PSOE pourraient migrer vers la gauche populiste de Podemos, qui joue sa propre carte en menaçant de retirer son soutien à divers gouvernements des régions socialistes qui seraient dès lors contraints de rechercher une alliance avec le PP.
 
Lors des manifestations étudiantes contre le PP cette semaine, Podemos a soutenu les mouvements autonomes qui les ont organisées, tandis que ceux-ci se défendaient d’en « dépendre » ou de promouvoir ses intérêts. Il est intéressant de noter que le média russe rt.com en espagnol leur donne longuement la parole, appuyant visiblement la mobilisation « anti établissement ».
 

Anne Dolhein