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La question des migrants oppose Paris et Rome

La question des migrants oppose Paris et Rome
 
Depuis que les migrants s’entassent à la frontière franco-italienne, la tension s’est exacerbée entre les deux capitales, chacun accusant l’autre de ne pas respecter la loi ou ses engagements, selon le jour et l’humeur. Mais, si cette question oppose Rome et Paris, il serait faux de croire à une simple difficulté binaire. En fait, et de plus en plus au fur et à mesure que la foule de ces migrants, clandestins ou non, s’accumule, quatre points de vue se font jour, sans espoir aucun de conciliation, le temps ne faisant qu’aggraver la situation.
 
Il y a d’abord celui, assez simple, des migrants : ils souhaitent, ils veulent passer. Pas forcément venir, mais passer. Pour s’arrêter là où l’eldorado semblera correspondre à l’image d’Epinal qu’ils en ont ; là du moins où l’herbe sera plus verte.
 
Il y a ensuite celui, plus tendu, des pays récepteurs, au premier rang desquels l’Italie, qui n’en peut plus d’être la porte ouverte aux flots des miséreux, d’autant que celui-ci paraît devoir s’arrêter dès la porte franchie.
 
Parce que, en troisième lieu, il y a les autres pays de l’Union européenne, très empressés à voter toute décision humanitaire, mais peu enclins à les appliquer. Que les migrants demeurent dans ces sas européens que constituent l’Italie ou la Grèce satisfait à la fois leur idéologie et leur tranquillité.
 

La délicate question des migrants

 
Il y a enfin l’avis de Bruxelles, qui prétend tout régenter, au grand mécontentement de quasiment tout le monde…
 
Lundi, cette tension qui n’a de diplomatique que le nom, a franchi une nouvelle étape lorsque le gouvernement français a appelé l’Italie à respecter la législation en matière d’accueil des migrants, en acceptant la mise en place de « centres d’attente » chez eux.
 
Or, par définition, l’attente n’est pas une solution, et, en l’espèce, plutôt l’aveu de son absence. Rome sait à quoi s’en tenir sur les trémolos humanitaires qui accompagnent cet appel, l’espèce de CDD envisagé ayant vocation à se transformer en CDI, sans qu’on voie le lien avec quelque élément de la législation que ce soit.
 

Rome contre Paris, et contre Bruxelles

 
Aussi le président du Conseil italien Matteo Renzi a-t-il réclamé une nouvelle fois une modification des règles du droit d’asile en Europe, reprochant à ses partenaires européens d’avoir abandonné l’Italie face à ce délicat problème.
 
Tout le reste, à commencer par le discours de notre ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, fut-il teinté de juridisme, n’est que du baratin ! C’est à peu près ce qu’a rétorqué son homologue italien Angelino Alfano, en fustigeant la lâcheté des pays européens. Evoquant les images des migrants qui se pressent à Vintimille, il a même évoqué « un coup de poing dans la figure de tous les pays européens qui veulent fermer les yeux ».
 
La presse italienne n’est pas tendre avec ce qu’elle appelle une « trahison française », avec, comme illustration, le « mur anti-immigrés » qui se dresse à Vintimille. Et Matteo Renzi exige des mesures concrètes, pour que chaque pays ayant signé le traité de Dublin en partage les délicates conséquences. Faut de quoi, il menace, purement et simplement, de le déchirer…
 

François le Luc