L’offensive générale visant à discréditer le rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public et son principal auteur Charles Alloncle, se poursuit, s’accentue et se diversifie. L’écrit se joint aux radios et aux télévisions dans ce combat, et cette frénésie synergique montre trois choses. 1. Le rapport décrit des vérités gênantes pour la caste au pouvoir que celui-ci doit absolument occulter. 2. Le problème ne se limite pas à l’audiovisuel public, mais à l’ensemble des médias, où le pluralisme n’est plus assuré. 3. Ce qu’on nomme pluralisme par antiphrase est au contraire un système verrouillé pour mieux diffuser la pensée unique. L’analyse d’un article sur le rapport Alloncle dans le quotidien gratuit 20 Minutes en donne une très bonne image, et le mécanisme de l’emprise totalitaire d’une caste s’y trouve révélé.
Le « pluralisme » flingue le rapport Alloncle tous azimuts
Avant de faire un zoom révélateur sur 20 Minutes, rappelons le tableau d’ensemble des menées du système visant à discréditer le rapport Alloncle. Attaques politiques par la gauche, Lecornu et Yaël Braun-Pivet. Accusations de « fake news », d’instruction à charge, mensonges, diffamations, etc. Alloncle jugé controversé, dans un projet politique d’extrême droite. Racisme. Refus systématique de répondre des auditionnés. Organisation de fuites faisant dire au rapport ce qu’il ne dit pas. Plainte pour « prise illégale d’intérêt » contre le rapporteur – fantaisiste mais bruyante. Etc. Chaque jour ajoute une nouvelle attaque, un nouveau reproche. En escomptant que le public lassé finisse par penser qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Et qu’ainsi il ne s’intéresse plus aux questions qui ont motivé la commission d’enquête sur l’audiovisuel public : celui-ci est-il politiquement orienté ? L’argent public est-il gaspillé ? Y a-t-il dans la manière dont il est géré et distribué des conflits d’intérêts ? Le rapport donne à ces questions quelques réponses que la caste au pouvoir n’a pas du tout envie que le public connaisse. L’une des préconisations du rapport en particulier gêne le petit monde parisien : elle propose d’interdire aux salariés de l’audiovisuel public d’être en même temps à la tête d’une société de production, et de mettre fin au système des animateurs-producteurs.
20 Minutes très cool avec Mediawan
Voilà située la question en gros. Mais comme souvent quand les choses sont compliquées, l’analyse détaillée d’un petit fait significatif permet de mieux éclairer le mécanisme d’ensemble. Commençons donc notre enquête-zoom sur le quotidien 20 Minutes. Dans son édition du 6 mai, il titre : « Audiovisuel public : La commission d’enquête a occulté les “sujets de fond”, selon le patron de Mediawan. » Mediawan est une boîte de production qui vend notamment des émissions C à vous et C dans l’air à France Télévisions. Le corps du papier donne la parole à son président Pierre-Antoine Capton, lequel regrette « que cette commission (n’ait) pas abordé les ans sujets de fond ». Lesquels, toujours selon Capton, seraient « l’intelligence artificielle, la conquête des publics jeunes, très compliquée, la place de la création française, la concurrence des plateformes ». C’est, toujours selon ce monsieur, « de tous ces sujets qui sont des sujets importants » qu’auraient dû s’occuper la Commission et son rapporteur Charles Alloncle.
20 Minutes renchérit sur le PDG de Mediawan
A aucun moment le rédacteur de l’article ne relève que cette opinion, propre à Capton, est hors-sujet : nommée après le scandale Legrand-Cohen, la commission avait pour objet d’enquêter sur l’orientation politique de l’audiovisuel public et sa gestion, non sur des questions techniques qui intéressent les maisons de productions, si passionnantes soient-elles. Non seulement le rédacteur avale tout cru ce que lui dit le patron de Mediawan, mais il renchérit sur lui et lui fait dire quelque chose qu’il n’avait pas dit : il emploie le mot « occulté », qui sera repris dans le titre. Or « ne pas aborder » ne signifie pas « occulter ». Occulter signifie cacher ou dissimuler. Ce qui était dans la bouche de Capton une erreur devient sous la plume de 20 Minutes un méfait.
Enquête sur les petits moyens du pluralisme
Le parti-pris de l’article contre Charles Alloncle et en faveur de Mediwan est donc flagrant. Il irrigue le texte, quant à la forme et au fond. Sur la forme, pas de conditionnel dans le titre : la commission d’enquête a occulté les « sujets de fond ». Dans le sous-titre, accolé au rapport Alloncle : « coup dans l’eau ». Les intertitres : « Des sujets jamais évoqués », « Mediawan sur le grill », « La montagne a-t-elle accouché d’une souris ? ». Sur le fond, Alloncle est présenté en méchant. Ses travaux ont été « émaillés d’incidents », il a « mis en cause pour leur supposé manque de neutralité » responsables et actionnaires de Mediawan. A tel point que Xavier Niel, l’un de ses actionnaires, a parlé de « cirque ». Et l’article de continuer : « “Le débat a laissé sa place à de la caricature, ça a été extrêmement compliqué de pouvoir débattre”, a détaillé sur France Inter Pierre-Antoine Capton, selon qui dix heures d’auditions ont été consacrées aux dirigeants et actionnaires de Mediawan, sans grand résultat. »
Rapport sur quelques « détails » occultés par 20 Minutes
Si 20 Minutes avait voulu informer ses lecteurs, il aurait été nécessaire de mentionner quelques détails omis, et, pour le coup, peut-être occultés. Mediawan, dont le capital est aujourd’hui assez difficile à lire, a été fondée en 2015 par Capton, et deux autres actionnaires. D’abord Mathieu Pigasse, ancien dircab de Strauss-Kahn puis associé gérant de Lazard Frères, par ailleurs propriétaire de Radio Nova et des Inrockuptibles : il a voté Mélenchon, se rêve en « Bolloré de gauche », et souhaite « peser le plus possible sur la présidentielle de 2027 » selon ses dires. Et Xavier Niel, qui a fait fortune dans le Minitel Rose, lancé Free, et semble plus exclusivement intéressé par l’argent. Le journaliste aurait dû aussi noter que ni Pigasse, ni Niel, ni Mediawan n’étaient invités à « débattre » avec Charles Alloncle, mais obligés par la loi à répondre précisément à ses questions, ce qu’ils n’ont pas fait, et qu’il leur faut après cela un sacré culot pour déplorer que le rapport, en ce qui les concerne, manque de matière !
20 Minutes, maillon d’une chaîne de pluralisme humaniste
Mais cela, l’article de 20 Minutes ne pouvait pas le faire, car il est lui-même le petit triangle qui, dans un grand orchestre, donne sa note au moment venu. C’est là qu’il faut examiner 20 Minutes pour comprendre. 20 Minutes est un quotidien gratuit. Or rien n’est jamais gratuit. Une édition papier coûte très cher, même avec de grosses recettes de publicité. 20 Minutes a dû mettre la clef sous la porte en 2024, mais, la marque étant bien implantée, continue en ligne. Elle revendique plus de cent millions de visites par mois. C’est donc un gros outil d’influence. Il est de ce fait important de connaître son capital. Il est aujourd’hui détenu par moitiés égales. L’une appartient au groupe belge Rossel, propriétaire historique du Soir, grand quotidien historique franc-maçon bruxellois et bien implanté dans le nord de la France.
L’actionnariat très particulier du pluralisme humaniste
L’autre actionnaire est le groupe Sipa Ouest France. Ce géant, qui comprend Ouest France, le Groupe actu et les journaux de la Loire, est unique en France par la constitution de son capital : il est la propriété de l’Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste, association de type 1901. Elle a été fondée en 1990 par François-Régis Hutin afin de mettre le groupe à l’abri de tout rachat. Hutin expliquait alors : « Cette association est la gardienne du temple. Le temple, c’est l’esprit du journal. » Et d’ajouter : « Nous sommes une association à but non lucratif et ne distribuons pas de dividende. Il n’y a pas d’actions. » Cette association prétend garantir « l’indépendance » et le « pluralisme » des titres qu’elle détient. Elle compte 60 membres cooptés. On y trouve deux anciens piliers du Monde Eric Fottorino et Bruno Frappat, passé ensuite à La Croix, et Michel Camdessus, ancien directeur du FMI.
20 Minutes et le pluralisme condamnent le vote des Français
On ne s’étonne pas dans ces conditions de la ligne éditoriale de 20 Minutes. Un quotidien gratuit, comme un régional, s’affiche pluraliste pour être mieux vendu à tout le monde : il parle de la météo et des concours de pétanque, et pour le reste, se veut « mainstream » avec un ton mi-chèvre mi-chou propre à ne heurter personne. Sous cette enveloppe captieuse, il sait être plus chèvre que chou quand il le faut et faire passer le bon message. Ainsi a-t-il pris parti nettement lors du référendum de 2005 sur la constitution européenne, que les Français ont rejetée. Le directeur de la rédaction les en a tancés : « C’est la France du repli, la France recroquevillée sur ses craintes qui a gagné ce referendum. Elle a succombé à des mois d’un discours social-pleurnichard dans lequel la réalité des faits avait cédé le pas à l’émotionnel collectif. » Deux ans plus tard, les élites humanistes dont 20 Minutes est le haut-parleur à l’usage des masses rectifiaient le mauvais vote de l’émotionnel collectif par le traité d’Amsterdam.
Le pluralisme humoriste piétine Molière en visant Alloncle
On voit par là que le problème du pluralisme dépasse le seul audiovisuel public. C’est tout le système d’information et du spectacle qui va autour, qu’on appelle improprement culture, qui est aux mains de l’humanisme arc-en-ciel. La récente cérémonie des Molière en a fourni une illustration, avec les prestations « d’humoristes » de tout poil et tout genre, mais baignant dans un même conformisme humaniste : ils ont instruit d’une manière qui se voulait drôle le procès de la commission Alloncle. Et la presse, en ligne ou sur papier, 20 Minutes vient de le montrer, partage la même unanimité dans le pluralisme. Un souvenir personnel en donnera l’explication. J’ai appris le métier avec un vieux journaliste qui avait participé en 1986 à la reprise de Minute par Patrick Buisson. Voici ce qu’il m’a dit.
Alloncle menace le système, donc c’est un fasciste
Jouissant d’un réseau d’amitiés, Buisson entendait se débarrasser de certains excès et dépendances son journal pour faire un magazine dans le genre du Point, avec des faits de société, des spectacles, etc., et l’union des droites pour ligne éditoriale. Il s’était assuré de puissants concours tels Charles Pasqua et Jean-Claude Gaudin, qui pesaient lourd à l’époque dans le paysage politique. Il entendait non seulement gagner des lecteurs comme il faut, mais aussi des recettes publicitaires. Il avait engagé un professionnel à cet effet. Celui-ci se cassa les dents : pas un centime. Rien. Les budgets dépendent des plans médias décidés par les acheteurs d’espace et ceux-ci savent ce qui est fréquentable au point de vue idéologique et politique. Cela ne dépend pas d’étiquettes partisanes, de maladresses ou d’excès : du moment qu’on défend la nation et l’ordre naturel chrétien, on se désigne comme ennemi. Il ne faut pas prendre le système pour un imbécile. Quand on l’attaque, il se défend. Et c’est ainsi que Charles Alloncle est désigné au mépris public. Au nom du pluralisme humaniste, bien sûr.











