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Droit dans ses bottes, Edouard Philippe mène la révolution des 80 kilomètres heure

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Décision apparemment secondaire et arbitraire, la limitation de vitesse à 80 kilomètres heure touche en réalité toute la société française, d’où de très intenses réactions. C’est une véritable révolution globale qu’Edouard Philippe, droit dans ses bottes façon Juppé, impose à nos compatriotes.
 
Etonnant Edouard Philippe ! Cette longue asperge barbichue aura volé la vedette ce week-end à Mbappé et aux tacles virils des Danois. En imposant, contre vents et marées, à des Français déjà agacés par la SNCF, une limitation de la vitesse à 80 kilomètres heures sur les routes sans séparateur central, juste avant les vacances. La provocation est si manifeste qu’elle mérite qu’on l’analyse.
 

Le droit à connaître les secrets de la sécurité routière

 
Pour mettre un peu d’ordre dans les mille choses qu’on pourrait dire sur les 80 kilomètres heure, distinguons la circulation, l’homme, Edouard Philippe, et enfin la Révolution. Le problème des transports tel qu’il est posé résulte du mythe du risque zéro, et de l’affirmation du gouvernement, selon laquelle limiter la vitesse à 80 kilomètres heure sauvera trois cent vies par an. J’ai dirigé dans une vie antérieure les informations générales d’un grand quotidien, et à toutes les enquêtes que nous avions lancées, jamais la Sécurité routière n’a daigné répondre sérieusement, c’est-à-dire fournir ses séries statistiques, en donnant son interprétation précise et permettant de la discuter. Même si l’on nourrit une grande bienveillance pour Edouard Philippe, on considérera ses certitudes avec circonspection. Chacun sait que l’accident le plus simple résulte de la coïncidence de tant de facteurs qu’il n’est pas toujours aisé d’en faire l’analyse.
 

En 1902, la vitesse était limitée à 12 kilomètres heure

 
Ordinairement la sécurité routière, le gouvernement, et les associations qui leur servent de picadors, jettent la lumière sur deux facteurs préférés, la vitesse et l’alcool. Il y en a d’autres, l’état des routes, les stupéfiants, l’état de santé, l’âge (le jeune, avec sa trop grande fougue, le grand, avec sa caducité), l’adresse, l’intelligence, le sens civique : qui osera dire que beaucoup de permis de conduire ne devraient pas être attribués ou devraient être retirés ? On peut en conclure que la décision d’Edouard Philippe est infondée, qu’elle sera très probablement inefficace. Des considérations générales du type « la vitesse est un facteur aggravant » n’ont strictement aucun intérêt. A ce compte en effet, où fixer la limite ? Une étude suédoise assure qu’il faut descendre au-dessous de 12 (douze) kilomètres heure pour éviter à coup sûr l’accident mortel. J’en accepte l’augure, tout en demeurant persuadée qu’on trouvera bien un imbécile pour se tuer quand même, et je note que c’était la limitation de vitesse fixée par la préfecture de police de Paris en 1902.
 

Droit dans ses bottes, Edouard Philippe nous fait le coup du Titanic

 
Alors je sais bien que des gens de bon sens et de bonne volonté vont me dire : mais enfin, vous n’allez pas controverser pour deux minutes sur un trajet de quarante kilomètres (tel est en effet l’effet théorique de la limitation), il s’agit de vies humaines, tout de même ! Justement si. Dès qu’un discours officiel me parle de vies humaines, ou d’enfants, ou de femmes, je me dis qu’on veut me faire le coup du Titanic. On remue mon petit cœur pour faire passer une pilule quelconque. Et l’on inverse la charge de la preuve. C’est eux qui passent de 90 à 80 kilomètres heure, ce n’est pas à moi de justifier le maintien à 90 kilomètres heure. Ils disent que, subsidiairement, cela va économiser du carburant et limiter la pollution. Qu’ils publient donc en détail les données disponibles sur le périphérique parisien, et que chacun puisse en discuter.
 

Roule à 80 kilomètres heure et fais ce que tu veux

 
Si j’avais le cœur à la controverse sans fin, j’observerais que dans la lointaine province où je vis, où les nuques sont parfois dures à incliner, l’obséquieuse obéissance à la limitation de vitesse, ou, plus difficile encore, l’abstinence alcoolique, induit en compensation les conducteurs à d’improbables fantaisies, en leur donnant une sorte de permis de dangerosité routière. Tels sont les effets secondaires que ne sauraient prévoir les échalas technocratiques.
 
On pourrait ajouter que tout problème insoluble incite à chercher des solutions ailleurs : la politique routière du gouvernement, sa haine du Diesel, ses ralentisseurs, ses ronds-points, ses radars, ses 80 kilomètres heures maintenant, mèneront les Français à préférer autre chose, le train, le vélo – ou la voiture autonome, ainsi nommée par antiphrase parce que le système aura réussi grâce à elle à rendre l’individu complètement dépendant de lui.
 
Assez parlé de circulation, parlons hommes. Edouard Philippe. Droit dans ses bottes depuis le berceau. A avalé tous les parapluies de la maison Juppé et Juppé dès sa sortie de l’ENA. Il « n’est pas là pour emmerder les gens », mais le résultat est le même. C’est le casse-pieds droit dans ses bottes qui passe son temps à ch… dans celles des autres. Il « assume ». Assumant. Assommant. Il s’est choisi un genre. Une politique. Une stratégie de communication. La démagogie de l’impopularité. Subtil. Je suis em. comme la pluie, donc je suis sérieux. Comme l’abricot à joue rouge ou la laitue brune, c’est forcément bon. Je vous fais mal, donc c’est pour votre bien. Le côté clystère du personnage, le barbu le plus barbant du PAF. Même feu Jean Royer était plus rigolo. C’est du théâtre, mais ce n’est pas un rôle de composition. Dans le cassant péremptoire, Edouard est d’un naturel ! C’est comme ça puisque je vous le dis, que ma volonté vous serve de raison. Vous pouvez me haïr pourvu que vous me craigniez. Il a fait l’ENDS, l’Ecole nationale de la dictature soft.
 

Edouard Philippe, élu meilleur appariteur de la Révolution 

 
La politique, maintenant. Edouard Philippe est un révolutionnaire. Comme tous les hommes en gris qui peuplent les palais de la république et du CAC 40. Chirac disait de Juppé : « C’est le meilleur d’entre nous ». Edouard Philippe, c’est Juppé en un peu plus poilu, ce petit côté boxeur. Le meilleur d’entre eux. Mais qui ça, eux ? Qui ça, nous ? Réponse, les technocrates préposés à mener la Révolution par le haut, du FMI à l’OMS, de Bruxelles à Francfort, New York et Matignon. Les appariteurs de la Révolution globale. Ce sont des garçons éminemment intelligents. On dit, pourquoi nous fait-il et se fait-il braire, Edouard Philippe, avec les 80 kilomètres heures, juste au moment où l’on brique la caravane pour descendre au camping, il veut se scier les pattes, ou quoi ? Naïfs que nous sommes ! Doudou droit dans ses bottes nous donne une leçon de politique et de révolution.
 

Pendant qu’on parle des 80 kilomètres heure, on ne parle pas du reste

 
D’abord, et de un, pendant qu’on parle des 80 kilomètres heure, on ne parle plus ni SNCF, ni tarifs du gaz (à votre santé !) ou du tabac, ni de rien. Partout en Europe, quand on a fini de regarder la coupe du Monde, on parle d’immigration, en Allemagne, en Italie. En France, on cause 80 kilomètres heure. Chapeau la diversion. Mais ce n’est pas tout. Accessoirement, ça va faire rentrer un peu d’argent dans les caisses, et conséquemment, cela va nourrir la polémique sur l’Etat-vampire, question amusante mais adjacente. En prime, la controverse va permettre d’opposer les automobilistes aux cyclistes et aux piétons, et la Révolution a besoin, comme tout un chacun, de diviser pour régner.
 

La botte secrète d’Edouard Philippe pour faire la Révolution

 
J’ai gardé pour la fin le plus important. Le pouvoir. Une Révolution est une usurpation au profit d’une inversion. Il s’agit de prendre le pouvoir de nommer bien le mal et inversement. La Révolution par le bas élevait des barricades et mettait quelques riches au bout d’une pique. La Révolution par le haut se drape dans la toge du devoir et du droit, même si elle a la douleur de déplaire au grand nombre. « La loi est la loi, et elle va être appliquée », nous a dit Caton Philippe. Nul n’a le droit de rire, et nul n’a même songé à le faire. Partout en France, la loi est contournée, niée, bafouée, avec le consentement plus ou moins complaisant du gouvernement, mais, attention, sur les 80 kilomètres heure, on ne rigole plus. Edouard Philippe a pris la pose de Jupiter tonnant. L’infantilisation des conducteurs est le dernier moyen d’autorité qu’il reste à l’Etat pour demeurer maître du peuple. Roule, Doudou lapin, mène-nous doucement au volant du char de l’Etat vers l’irénique paradis du totalitarisme macronien.
 

Pauline Mille